L’Astoria va retrouver son lustre d’antan

La façade de l’Astoria est classée, comme d’autres parties  de l’hôtel. En médaillon, la chambre témoin.
La façade de l’Astoria est classée, comme d’autres parties de l’hôtel. En médaillon, la chambre témoin. - le soir.

C’était un temps où Bruxelles dansait. Construit à l’instigation de Léopold II (qui décédera avant l’ouverture), l’hôtel Astoria brillait de mille feux le long de l’avenue Royale, l’une des plus prestigieuses de la capitale. Les plus grandes personnalités du monde descendaient dans ce qui était considéré comme l’un des établissements majeurs à travers le monde.

Inauguré en 1910, année de l’Exposition universelle de Bruxelles, l’Astoria se retrouve aujourd’hui, plus de cent ans après sa naissance, dans un piteux état. Impossible, ici, de retracer toute son histoire. Sachez cependant qu’il fut détenu un temps par de grandes familles belges (les Devillers et Goossens Bara), qu’il fut racheté en 2007 par un fonds basé dans le Golfe, que les premières démolitions intérieures furent même entreprises avant de voir ce fonds effectuer une courbe rentrante en réduisant fortement ses investissements dans le secteur hôtelier.

C’est alors qu’entra dans la danse le groupe Corinthia. Fondé à Malte en 1962 par Alfred Pisani, ce groupe s’est forgé au fil des années une solide expérience dans l’hôtellerie de luxe au point de posséder aujourd’hui dix structures de la marque « Corinthia » à travers le monde. Déserté depuis plus de dix ans, l’Astoria fut racheté il y a deux ans et demi et il fut décidé d’injecter 80 millions d’euros (achat de l’hôtel compris) pour le voir renaître de ses cendres.

On en sait aujourd’hui un peu plus sur l’avancement des travaux. Ils vont débuter début 2019 pour s’achever en 2021, date prévue pour l’ouverture de ce qui s’appellera le « Corinthia Grand Hotel Astoria », un cinq-étoiles +, une catégorie équivalant à celle réservée aux palaces, mais inexistante en Belgique.

A la barre des travaux, on rencontre Sébastien Giordano, un Toulousain qui travaille pour QP Management, la branche qui s’occupe de donner vie sur le terrain aux projets de Corinthia. Le défi qui l’attend ne lui fait pas peur. « On veut que l’hôtel soit ce qu’il était à l’origine, c’est-à-dire une destination unique à Bruxelles. Il viendra s’inscrire dans la lignée des grands hôtels parisiens ou londoniens. En clair, nos clients pourraient, pourquoi pas ?, loger au Crillon à Paris, séjourner une nuit au Corinthia Astoria et puis s’en aller réserver une suite au Savoy à Londres… », sourit-il.

Notre interlocuteur en est sûr : la nouvelle destination bruxelloise amènera dans la capitale une clientèle différente, à la recherche de ce genre de produits très haut de gamme. « Les membres du show-business, les touristes de luxe, qu’ils viennent d’Asie, du Moyen-Orient ou des Etats-Unis, mais aussi les délégations diplomatiques seront intéressés par le nouvel Astoria, insiste-t-il. Quand Trump est venu à Bruxelles, il a dormi à l’ambassade des Etats-Unis. Macron vient quant à lui de loger au palais royal. Avouez que ce n’est pas commun… »

Les 125 chambres, dont 36 suites (l’une d’elle fera 343 m2 et sera la plus grande de Bruxelles), seront toutes décorées dans le style qui fait la marque de fabrique du groupe Corinthia.

Ne reculant devant aucun sacrifice et histoire de lever un coin du voile sur le projet global, Sébastien Giordano et ses équipes se sont attelés à construire une chambre témoin. Située au deuxième étage, on la découvre dans toute sa splendeur au beau milieu d’un chantier qui ne demande qu’à (re)démarrer une fois pour toutes. Elégante et luxueuse, elle s’étale sur 42 m2. Dans la nouvelle structure, elle portera le nº 212 et entrera dans la gamme des chambres standards « moyennes ». « L’Astoria a une histoire et nous allons la faire revivre sans pour autant faire du faux vieux, détaille Sébastien Giordano. Francis Metzger (NDLR : l’architecte du bureau MA2) possède toute une étude historique et des documents relatifs à l’hôtel qui vont beaucoup nous aider. Bien sûr, l’hôtel gardera son ADN, mais il sera adapté aux technologies actuelles comme, bien sûr, la domotique. »

L’Astoria s’étend dans toute sa splendeur passée sur une surface de 16.500 m2, dont 1.200 m2 de surfaces intérieures qui sont classées (le lobby, les salles de réception…), tout comme la façade néo-classique de la rue Royale à laquelle il est interdit de toucher. L’imposante verrière que l’on aperçoit dès qu’on franchit l’entrée sera entièrement refaite. A côté de l’Astoria version ancienne, l’hôtel comprendra également une partie plus contemporaine. Il offrira également tout ce qui complète la gamme des hôtels de luxe (restaurants, salles de réception, piscine, espace bien-être…) et promet une qualité exceptionnelle au niveau du service.

Depuis le rachat à Global Hotels, une modification au permis d’urbanisme existant a été apportée. Le nouveau permis a été obtenu en décembre 2017, ce qui a permis à Corinthia de lancer un appel d’offres. En cours d’adjudication, on connaîtra le nom de l’entreprise qui effectuera les travaux après les fêtes de fin d’année. « Plus qu’un entrepreneur général, nous recherchons un véritable partenaire capable de nous accompagner pendant toute la durée d’un chantier qui, s’il n’est pas exagérément compliqué, n’en sera pas moins particulier », explique Sébastien Giordano.

Parmi les gros travaux, on citera une toiture en pente qui remplacera la toiture plate actuelle. Mais c’est un exemple parmi beaucoup d’autres. « Il s’agira d’une toiture à quadruple pente avec ardoises naturelles, conclut notre hôte, qui a évidemment dû élire domicile à Bruxelles pour suivre le chantier au plus près. Toutes les techniques de chauffage, de ventilation et de climatisation seront concentrées sur le toit, mais rien ne sera visible. »

Il ne reste plus qu’à attendre pour voir les premières limousines faire escale au Corinthia Grand Hotel Astoria. Bruxelles pourra alors se remettre à danser…

 
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