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Gilets jaunes: la faillite des syndicats

Les gilets jaunes sont une manifestation de plus de la faillite des structures intermédiaires entre le peuple et le pouvoir, au XXIe siècle. Après les grands partis traditionnels menacés d’effondrement, ce sont les syndicats qui voient leur échapper leur rôle de canalisation de la colère des masses laborieuses.

Carte blanche - Temps de lecture: 3 min

Les gilets jaunes, c’est le signe terrible de la mort annoncée des syndicats.

Le mouvement d’Emmanuel Macron, LRM, a fait mourir les grands partis traditionnels : de même, en face, les gilets jaunes sont la contestation sans cadre, orpheline des syndicats, avec toute la force de la spontanéité, avec toute sa dangereuse fragilité aussi.

Les syndicats négligent les formes de l’avenir, comme les partis traditionnels ont ignoré leurs propres fissures et se sont effondrés (en France, en Italie, excusez du peu, et bientôt ailleurs).

Les syndicats n’ont pas su, à l’époque, s’internationaliser aussi efficacement que les partis gouvernants au sein de l’UE ; à présent, ils échouent à demeurer l’organe structuré de contestation des classes laborieuses.

La nouvelle époque est horizontale et directe. Elle se défie des structures intermédiaires et croit à la relation immédiate peuple/pouvoir. Si la démocratie et ses outils n’en prennent pas la mesure immédiatement, toutes ses forces iront se déverser dans des mouvements informes à dérive populiste et dangereusement récupérables.

Une alarme et une leçon d’Etat

L’action la plus louable des gilets jaunes est de prouver la capacité d’intervention des citoyens. Pour les citoyens, ce qui est légitime est légal. Ce qui est illégitime, illégal. Le mépris du gouvernement pour la réalité difficile, étriquée, de la grande masse des petits salaires, est honteux et illégitime. Donc, citoyennement parlant, illégal. C’est contre ce comportement hors-la-loi citoyenne du gouvernement que les Gilets jaunes se dressent. C’est une révolte du bon sens citoyen de l’Etat contre les arguties politiciennes des gouvernants détachés des réalités d’en bas et attachés, pieds et poings liés, aux super équilibres globaux. C’est une alarme et une leçon d’Etat donnée par les citoyens aux gouvernants. C’est un rappel de la priorité morale effective du légitime sur le légal. C’est un rappel des citoyens sur la mission première d’un gouvernement : assurer les conditions d’un bien-être durable.

Entendu : « On est prisonnier dans son pays, quand on subit ça. »

« Un gouvernement qui fait ça… » n’est pas un bon gouvernement et doit être rappelé à l’ordre. C’est à cette intervention radicalement démocratique que se résume la meilleure part du mouvement Gilets jaunes.

Quels que soient leur charge de travail et leur confort de vie, les dirigeants n’ont pas le droit d’ignorer que 50 euros de moins à la fin du mois, par expresse volonté du gouvernement, quand on tire le diable par la queue, qu’on mord sur sa chique, qu’on accepte tout depuis longtemps, qu’on est obligé de vivre partout dans les invitations du consumérisme et qu’on ne peut pas en offrir les fruits et les cadeaux à ses enfants, c’est juste… trop.

Et c’est dangereux.

Parce que sans structure, la colère prend rarement la forme d’une parole propre au dialogue durable.

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10 Commentaires

  • Posté par Linard André, vendredi 30 novembre 2018, 12:18

    Plusieurs remarques, en très bref (suite), 4. La « mort annoncée des syndicats » : le patronat et nombre de gouvernement en rêvent depuis qu’à la fin du 19s, les syndicats ont été créés par les travailleurs pour se défendre collectivement plutôt qu’individuellement. Est-ce aussi votre rêve ? Qui, alors, pour reprendre leur rôle ? 5. « La faillite des syndicats », est-ce votre opinion/souhait (légitime en tant que telle mais sans autre crédibilité) ou est-ce une analyse ? Si c’est une analyse, quelle compétence avez-vous pour la développer ? Etes-vous historien comme Marie Peltier qui décortique dans Le Soir du 27/11 les dangers du discours anti-système ? Sociologue, comme Felice Dassetto qui montre les ambiguïtés de la transition écologique (Le Soir en ligne, 20/11) ? 6. Toute analyse à chaud est aléatoire, surtout face à une situation imprévue.

  • Posté par Linard André, vendredi 30 novembre 2018, 11:59

    Plusieurs remarques, en très bref. 1. La « relation immédiate peuple/pouvoir » est typique du fascisme dont le nom vient du mot italien signifiant « faisceau » : un chef, une masse. Danger. 2. La « révolte » a lieu en dehors des syndicats qui ne l’ont pas vue venir. D’accord. Mais après la révolte, il faut construire autre chose et les corps intermédiaires démocratiques (syndicats, associations, Ligue des familles…) sont indispensables comme contre-pouvoirs au Politique. 3. Plus que contre des taxes sur le carburant, les gilets jaunes mettent en cause la dualisation de la société, conséquence du capitalisme. Les syndicats aussi, d’une autre manière. Au lieu d’annoncer la mort de l’autre, il vaut mieux rassembler pour que chacun joue son rôle.

  • Posté par Dopchie Henri, jeudi 29 novembre 2018, 19:53

    Ainsi, le "mouvement gilets jaune" serait "une intervention radicalement démocratique"? Si plusieurs sont intervenus, tous les belges n'ont cependant pas eu la parole.

  • Posté par Scaillet Jean, jeudi 29 novembre 2018, 18:53

    Je ne suis pas du tout d'accord avec ces commentaires ni avec l'analyse. La situation des syndicats en France est totalement différente de ce qu'elle est en Belgique. S'il y a un mouvement des gilets jaunes en France, c'est dû à l'absence de relais, en Belgique c'est dû à l'attitude du gouvernement Michel - NVA qui n'a jamais voulu entendre les protestations syndicales prétextant qu'elles étaient "politiques". Les gilets jaunes sont l'émanation d'un ras le bol généralisé. Mais ça part dans tous les sens et il n'y a aucun leader! Et maintenant, comment et avec qui le gouvernement va t-il négocier une sortie de crise ???

  • Posté par LIENARD NORBERT, jeudi 29 novembre 2018, 18:28

    Les syndicats "travaillent " pour leurs "gueules" ils n'ont rien à faire des travailleurs,durant ma longue carrière ils se mettaient tous sur les listes pour protéger leurs miches, je sais que ce n est pas "chic" comme commentaire mais c est le reflet de la réalité

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