Accueil Monde

Joseph Kabila, le temps de tomber le masque

Le président congolais s’est longtemps avancé masqué. A trois semaines des élections, alors qu’il ne se représente pas, il livre un visage plus proche de la vérité.

Analyse - Journaliste au service Monde Temps de lecture: 3 min

Durant des années, Joseph Kabila s’est avancé masqué. Visage impassible, traits lisses, ne laissant rien paraître de ses pensées et, a fortiori, de ses émotions. Cette fois, alors que l’heure approche où, en principe, il quittera le pouvoir pour confier le Congo à un successeur encore bien mystérieux, il se permet de livrer un visage plus proche de la vérité. Son apparence est désormais celle des « pères de la nation », ces hommes grisonnants aux traits burinés, marqués par l’expérience, qui font le lien entre le présent et les temps de l’indépendance, qui conjuguent à la fois une vision de l’avenir et le souvenir des luttes du passé.

Les paroles de Joseph Kabila rappellent en effet les combats de ses prédécesseurs : Patrice Lumumba, assassiné pour avoir osé dire au roi Baudouin que la loi n’était jamais la même selon que l’on soit Blanc ou Noir ; Joseph-Désiré Mobutu, à la veille de tomber en disgrâce, qui assénait à ses visiteurs venus de Belgique qu’il attendait des amis et avait trouvé des comptables et qui avait, même de manière caricaturale, lutté pour l’authenticité. Ce qu’il faut retenir de cette longue interview d’un président, en principe sur le départ, c’est l’exigence de dignité, c’est un souverainisme qui puise ses racines dans les luttes du passé, qui réclame, aujourd’hui comme dans les années 60, le droit au respect.

Mais court aussi, entre les lignes, l’aveu d’un certain échec : le jeune président issu du maquis de Hewa Bora n’a pas réellement réussi à changer la mentalité de ses compatriotes comme l’aurait voulu son père ; la « révolution de la modernité », qui a édifié des gratte-ciels et lancé de nouvelles routes, n’a pas pour autant coïncidé avec une révolution de la moralité. Le « vin nouveau » a ranci dans de vieilles outres et les pratiques du mobutisme, dont la corruption, peut-être héritées du colonisateur, n’ont pas pu être éradiquées.

L’amour du Congo

C’est cela qui explique la déception des jeunes Congolais, si prompts à descendre dans la rue : ils n’ont pas connu Mobutu, mais ils ont grandi avec les promesses de Joseph Kabila et nombre d’entre eux ont le sentiment de se retrouver les mains vides, face à l’arrogance des hommes de pouvoir et la sophistication des services de sécurité qui ont affiné leurs méthodes et leurs manipulations… Sans oublier l’obsession de l’argent, qui manque si cruellement à la plupart des citoyens et qui est si ostensiblement affiché par d’autres. Et sans négliger la violence qui rode toujours, violence armée à Beni et ailleurs, violence subtile de la répression et des trop nombreux « accidents ».

Ce que l’on devine aussi, à travers les propos du président sortant, c’est qu’il n’a pas pris congé de son pays, loin s’en faut. L’ancien exilé aime toujours le Congo, il a bien l’intention d’y vivre, d’y travailler, d’y exercer son mandat de sénateur de droit et il serait surprenant qu’il prenne réellement congé de la politique. Sans oublier le fait que, militaire dans l’âme, il demeure en réserve de l’armée, et qu’à bon entendeur salut…

Il est trop tôt, trop imprudent de tirer le véritable bilan du règne de Joseph Kabila : en ces temps de campagne électorale, les passions sont portées au vif et il faudra que le passage du temps décante ce qui restera réellement de son œuvre. Mais si les élections se déroulent dans des conditions acceptables, si un passage de pouvoir pacifique peut s’opérer, malgré le scepticisme de la communauté internationale, cela représentera déjà une grande avancée qui sera portée au crédit de celui qui a su honorer sa parole. Ne reste qu’à croiser les doigts.

 

Le fil info

La Une Tous

Voir tout le Fil info

0 Commentaire

Sur le même sujet

Aussi en Monde

Voir plus d'articles

Allez au-delà de l'actualité

Découvrez tous les changements

Découvrir

À la Une