Albert Frère, sa carrière en images

Albert Frère en 2014
Albert Frère en 2014

Considéré comme l’un des plus grands hommes d’affaires belges, trônant parmi les hommes les plus riches du pays, le «self made man» carolorégien a bâti sa fortune au départ de la fabrique familiale, pour se retrouver à la tête d’une cascade de holdings ayant la main mise sur des pans entiers de l’économie belge, voire européenne.

Albert Frère, sa carrière en images

Albert, Pol, Oscar, Ghislain Frère est né à Fontaine-l’Evêque (Hainaut), à quelques kilomètres de Charleroi, le 4 février 1926. Ses parents, Oscar Frère et Madeleine Bourgeois, étaient à la tête de la maison Frère-Bourgeois, entreprise spécialisée dans la fabrication de clous et d’articles de ferronnerie. Le jeune Albert, qui a perdu très tôt son père, a fait son école primaire à l’école libre des charbonnages de Fontaine-l’Evêque, avant d’user les bancs de l’athénée royal de Charleroi puis de l’athénée provincial du Centre, à Morlanwelz.

Le jeune homme n’a toutefois pas un goût prononcé pour les études et après avoir fait son service militaire à la base de Florennes, il reprend l’entreprise familiale Frère-Bourgeois avec laquelle il exprime ses talents commerciaux et se lance rapidement dans l’exportation, parfois vers des pays sensibles. Le début d’une carrière longue de plus d’un demi-siècle pour cet homme qui ne cessera jamais de travailler, d’alimenter sa «galette» et avouera, bien plus tard, vouloir «travailler jusqu’à l’âge de 100 ans».

« Maître de forges » à 30 ans

En 1954, alors qu’il n’a pas encore 30 ans, Albert Frère devient «maître de forges» en rachetant au groupe luxembourgeois Arbed, malgré un quiproquo sur le montant de la transaction, les Laminoirs du Ruau, à Monceau-sur-Sambre (Charleroi). Cette première acquisition dans le «Pays Noir» sera suivie d’autres, à la fin des années ’60 et au début des années ’70 (Hainaut-Sambre, Thy-Marcinelle, La Providence, etc.), permettant bientôt à Albert Frère de régner sur le bassin sidérurgique carolorégien. Il y consentira aussi des investissements, comme lorsque Hainaut-Sambre fait construire, en 1976, Carlam, la société carolorégienne de laminage. Consécration locale: en 1973, Albert Frère est élu président de la Chambre de commerce et d’industrie de Charleroi.

Mais alors que la crise fait rage dans la sidérurgie, et que des critiques s’élèvent contre les commissions perçues par la société Frère-Bourgeois Commerciale sur les ventes d’acier, l’Etat belge entre au capital des usines sidérurgiques carolorégiennes d’Albert Frère. En 1980, c’est la décision de fusion, jusque-là impensable, entre Hainaut-Sambre et Cockerill, entre les bassins de Charleroi et de Liège, qui donne naissance à Cockerill-Sambre. Albert Frère en devient administrateur-délégué, ce qui le propulse à la tête de la sidérurgie wallonne. Victoire éphémère toutefois: Albert Frère démissionne en 1982, se détourne d’une sidérurgie wallonne à l’agonie et revend ses parts, à prix d’or diront lui reprocheront certains, à l’Etat belge.

Le financier

S’ouvre alors un nouveau chapitre pour le Carolorégien: celui de la finance et des multiples «coups» qui ont jalonné sa carrière. En 1981, Frère investit dans le holding suisse Pargesa, en partenariat avec l’homme d’affaires canadien Paul Desmarais, rencontré au conseil d’administration de la banque française Paribas. Ce dernier, l’un des hommes les plus riches du Canada, dirigeant du holding Power Corp, restera son alter ego, ami et allié jusqu’à son décès en octobre 2013. Aujourd’hui encore, les familles Frère et Desmarais restent liées par un pacte d’actionnaires courant jusqu’en 2029.

C’est aussi l’époque des nationalisations en France, sous présidence Mitterrand. Le gouvernement socialiste nationalise en 1982 une série d’entreprises et de banques, dont la compagnie financière de Paribas, ancêtre du groupe bancaire BNP Paribas. Via Pargesa, Frère et Desmarais tenteront de soustraire des actifs de Paribas à cette nationalisation.

1982  : GBL

L’année 1982 est également marquée par l’entrée de l’homme d’affaires au capital de GBL (Groupe Bruxelles Lambert), l’un des principaux holdings du pays, fondé en 1902 et propriétaire de sociétés de renom comme la Banque Bruxelles Lambert (BBL) et la Royale Belge, qui seront par la suite cédées.

GBL, qui est désormais présidé par le fils aîné d’Albert Frère, Gérald Frère, est devenu l’un des plus importants holding de participations d’Europe, avec un actif net ajusté de 19 milliards d’euros et une capitalisation boursière de près de 15 milliards d’euros au 31 mars 2018. GBL détient des parts dans, entre autres, le groupe Total, le cimentier LafargeHolcim, le groupe Umicore, l’équipementier Adidas, ou la société de spiritueux Pernod Ricard. GBL est détenu à hauteur de 50% par Pargesa.

Début février 2015, à l’avant-veille de ses 89 ans, Albert Frère annonce sa décision de faire un pas de côté après plus de 30 ans à la tête des holdings GBL et Pargesa. Toujours aussi malicieux, le résident gerpinnois affirme toutefois vouloir continuer à travailler. «J’ai bien l’intention de continuer à travailler en m’amusant et à m’amuser en travaillant», confie-t-il, tout en laissant entendre qu’il se verrait bien faire ses adieux sur scène, à l’instar de Molière.

Les autres holdings liés au milliardaire wallon sont la Compagnie nationale à portefeuille (CNP), cotée à la Bourse de Bruxelles jusqu’en 2011, et qui a été reprise la même année par le holding Fingen, lui-même détenu par Albert Frère en collaboration avec BNP Paribas via la société Erbe.

C’est aussi et surtout le holding familial Frère-Bourgeois, société faîtière de l’empire Frère, où siègent de nombreux membres de sa famille, comme sa fille Ségolène ou son petit-fils Cédric.

Via leur holding commun Raspail Investissement, Albert Frère, grand amateur de vins, singulièrement de Bordeaux, et le milliardaire français Bernard Arnault (LVMH), ont acquis des vignobles bordelais aussi prestigieux que les Château Cheval-Blanc, Château La Tour Du Pin et Château Quinault L’Enclos.

De par ses positions actionnariales, Albert Frère a dirigé ou siégé au conseil d’administration d’une myriade de sociétés emblématiques, défuntes ou toujours actives, en Belgique ou à l’étranger, comme Pétrofina, Electrafina, Herbe, Fibelpar, GDF Suez, LVMH, Pernod Ricard, Power Corporation du Canada (la société de Desmarais), Audiofina (Luxembourg), Compagnie Luxemburgeoise de Télédiffusion (qui contrôle l’ensemble de RTL et la régie publicitaire IP), Bertelsmann, Parfinance (Paris), Coparex et Soparinvest (Paris), l’aéroport de Charleroi (BSCA), la Sabena, GB-Inno-BM, Royale Vendôme, Siemens, l’éditeur Dupuis, Donnay, etc.

5,8 milliards d’euros

Selon le magazine américain Forbes, Albert Frère était la 281e fortune mondiale avec un patrimoine estimé à 5,8 milliards de dollars.

L’homme d’affaires a eu trois enfants, Gérald, issu d’un premier mariage, Ségolène et Charles-Albert, issus de secondes noces. Ce dernier, mort prématurément dans un accident de voiture en 1999, a donné son nom à un fonds dont l’objectif est de venir en aide à toutes personnes atteintes d’un handicap physique, mental ou social, et à toutes personnes ou familles victimes de la pauvreté.

M. Frère est toujours resté attaché au Hainaut et à la région de Charleroi où plusieurs de ses sociétés ont leur siège. Il était domicilié à Gerpinnes, dans la banlieue verte de la métropole wallonne.

Membre honoraire du Conseil de Régence de la Banque Nationale de Belgique, Albert Frère a reçu de nombreuses distinctions. En 1994, il est fait Baron par le roi Albert II. Sa devise est «Amat Victoria Curam», ce qui signifie «La victoire aime l’effort». Il est également, entre autres, Commandeur de l’Ordre de Léopold, Officier de la Légion d’Honneur (France) et Officier de l’Ordre du Mérite (République fédérale d’Allemagne).

 
 
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