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bpost a perdu la confiance des marchés financiers

Plus de trois milliards d’euros de valorisation boursière se sont évaporés depuis le début de l’année.

Journaliste au service Economie Temps de lecture: 4 min

La descente aux enfers du cours de bpost initiée en début d’année continue de plus belle. Ce mardi, le titre a perdu à nouveau plus de 20 % de sa valeur, atteignant un nouveau plancher à 8,8 euros. C’est largement en dessous du cours auquel a été introduite l’action bpost en 2013 (14,5 euros). Depuis février, le cours de bourse de bpost a été divisé par plus de trois ; 3,7 milliards d’euros de valorisation boursière se sont évaporés en dix mois. La raison de cette nouvelle chute ? Un communiqué de presse de la direction de bpost indiquant que les mesures négociées avec les syndicats après les grèves de novembre « auront un impact sur la rentabilité de l’entreprise ». Ces mesures visent à diminuer la charge de travail, augmenter le pouvoir d’achat et améliorer l’attractivité des différents métiers.

Pour les marchés financiers, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. « Je comprends que la situation n’était pas évidente pour la direction car il y avait d’un côté les syndicats et de l’autre les actionnaires, explique Patrick Casselman, analyste chez BNP Paribas Fortis. Elle a choisi de faire des concessions aux syndicats au désavantage des actionnaires. OK, mais j’ai l’impression que la confiance envers le management de l’entreprise est maintenant clairement rompue ».

« Au moins 70 millions »

Il faut dire que depuis le début de l’année, les marchés vont de déconvenue en déconvenue. Il y a eu tout d’abord la publication des résultats annuels en mars lors de laquelle bpost a dévoilé les difficultés qu’il rencontrait avec Radial, une société américaine de solutions logistiques rachetée à prix d’or (700 millions d’euros) quelques mois plus tôt. Puis il y a eu la publication des résultats du premier trimestre en mai, où bpost a à nouveau déçu en annonçant un bénéfice brut 2018 dans le bas de la fourchette de ses prévisions initiales. En novembre, rebelote, des résultats trimestriels décevants.

L’annonce faite lundi a miné un peu plus la crédibilité des prévisions bénéficiaires de bpost aux yeux des marchés. « Les mesures annoncées par bpost vont entraîner des coûts supplémentaires d’au moins 70 millions d’euros, a calculé Ruben Devos, analyste KBC. Et il s’agit de frais récurrents ». Pour lui, la conclusion est claire : les objectifs de cash-flow opérationnel (Ebit) que la direction de bpost avait présentés aux marchés en juin dernier pour 2022 (entre 390 et 440 millions) ne pourront pas être atteints. Un sentiment que partage Patrick Casselman. « Ils vont devoir rabaisser cet objectif », insiste-t-il, estimant néanmoins que la correction boursière actuelle est « exagérée ». bpost ne fait pas de commentaires et renvoie à la publication des résultats annuels début 2019.

Le marché craint aussi que bpost ne soit pas en mesure de maintenir son dividende stable au-delà de 2018. « Techniquement, l’entreprise pourrait le maintenir car elle a des réserves, estime Patrick Casselman, mais dans les faits, personne n’y croit plus vraiment ». Ruben Devos est sévère : «  Il devient de plus en plus difficile de considérer les prévisions de bpost comme fiables et de trouver des éléments qui peuvent soutenir le récit de bpost à court et moyen terme ».

Baisse du courrier

Le problème principal de bpost tient dans la mue de ses activités. La distribution du courrier est une activité très rentable mais l’accélération de la baisse du volume de lettres (-7 % cette année, -9 % en 2022) met celle-ci en danger. Certes, l’activité colis est en pleine croissance mais elle est loin de compenser la perte au niveau du courrier. Cette activité s’avère moins rentable que prévu notamment à cause des frais, qui sont élevés. A cette difficulté structurelle – à laquelle sont confrontés tous les opérateurs postaux – viennent se greffer les problèmes chez Radial qu’il faut réussir à rentabiliser.

Depuis des années, bpost mise sur l’augmentation de la productivité des travailleurs pour augmenter ses bénéfices. Cette logique a atteint ses limites. Le ras-le-bol du personnel, soumis à une charge de travail de plus en plus importante, a éclaté en plein jour cet automne avec de multiples grèves.

Face à cette situation, Koen Van Gerven, le CEO de bpost, a dû accepter de relâcher la pression. Il a annoncé que les initiatives d’augmentation de la productivité envisagées pour 2019 ne seront pas mises en œuvre. Il a aussi négocié avec les syndicats une nouvelle convention collective (toujours pas signée par les syndicats) qui prévoit une augmentation du pouvoir d’achat et une diminution de la charge de travail. Parmi les mesures négociées, citons une indexation de 4 % sur douze ans et deux jours de congé supplémentaires pour les 9.000 facteurs auxiliaires, une augmentation de la prime de fin d’année, des écochèques, des renforts dans tous les bureaux de poste où des problèmes sont rencontrés… Il a également précisé que les travaux préparatifs visant à changer le modèle de distribution actuel, devenu inadapté suite à l’accélération de la baisse du courrier, seront avancés. Ils auront lieu dès 2019 avec une entrée en vigueur du nouveau modèle dès 2020. Initialement, on parlait de 2021. Cette décision aura un impact négatif de 10 à 15 millions.

 

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1 Commentaire

  • Posté par Nica Petre, jeudi 27 décembre 2018, 11:39

    Eh oui les actionnaires sont déçus des décision prises par la directions dans le sens de la pérenité de l'entréprise. La direction vise le long terme tandis que les actionnaires visent le court terme en tranbsformant les employes en esclaves modernes du moment que cela fait augmenter le dividente avec un pourcentage à deux chiffres. Et les petits epargant ne recoivent même pas 1% pour leur epargne. L'ecart est devenu trop grand donc une des tâches prioritaires du nouveau gouvernement sera non seulement de mieux partager les richeses mais aussi de mieux équilibrer le partage des richeses en entreprise : diminuer beaucoup le retirbution du capital et augmenter de manière importante la retribution du la masse salariale qui fait vivre la société.

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