La Belgique se dissocie des ambitions européennes sur le climat: Crucke dénonce la «méthode détestable» de Marghem

Pour Jean-Luc Crucke, «
il ne faut pas faire de l’ambition européenne un point d’opposition avec les Régions
».
Pour Jean-Luc Crucke, « il ne faut pas faire de l’ambition européenne un point d’opposition avec les Régions ». - Belga/ John Thys

Le ministre wallon de l’énergie, Jean-Luc Crucke (MR) n’a que très moyennement goûté les accusations lancées par sa camarade de parti et collègue fédérale Marie-Christine Marghem (MR) contre les Régions. Celles-ci, a dit Marghem déplorant leur « double langage », disposent de 90 % des compétences. « Donc, ce sont les trois Régions qui décident et nous, au niveau fédéral, ne pouvons que transmettre les volontés de ces Régions ».

La réaction de Crucke n’a pas tardé : « Il ne faut pas compter sur moi pour taper sur la Flandre et la Région bruxelloise. Ce type d’exercice, c’est la meilleure manière pour ne jamais trouver de solution. Je ne joue pas dans ce petit jeu-là, c’est une méthode détestable ». Plus fondamentalement, dit le Wallon dans un entretien au Soir, « entre juin et aujourd’hui, le fédéral n’a pas reconvoqué de réunion avec les entités fédérées. Or, c’était son rôle. Je ne sais pas s’il aurait pu y avoir des changements dans les positions des uns et des autres, mais tant qu’on n’a pas essayé, on ne tape pas sur l’autre ».

Et de prendre l’exemple du pacte énergétique qui a pu finalement atterrir parce que, selon lui, il y a eu à un moment un accord entre les ministres flamand (Tommelein, VLD) et wallon (Crucke, MR). « Preuve qu’on peut trouver des accords sur des sujets sensibles même en prenant des risques ».

« On aurait pu y arriver »

Décliné au niveau belge, explique Crucke, l’objectif européen d’énergies renouvelables (32 % en 2030) débouchera sur un objectif « indicatif » de 25 % pour la Belgique. Les engagements internes basés sur les perspectives de production de consomation s’élevaient à 23 % pour la Wallonie (auquel il faut rajouter sa part de l’éolien offshore) et 13 % pour la Flandre. Pour un total – insuffisant – de 18,4 % pour le pays. « Si elle avait été seule, autonome, la Wallonie y serait parvenue. C’était plus difficile pour la Flandre, dit Crucke. Mais il ne faut pas faire de l’ambition européenne un point d’opposition avec les Régions ».

Sur l’objectif européen d’efficacité énergétique (une amélioration de 32,5 % en 2030), la Wallonie « n’aurait eu aucun problème pour y arriver. Mais un des articles [prévoyant une diminution de la consommation d’énergie de 1,5 % par an entre 2014 et 2020, puis de 0,8 % par an entre 2021 et 2030, NDLR] nous posait un souci et représentait un obstacle incontournable pour la Flandre ». Mais, conclut Crucke, « si la question avait été reposée plus tard, on aurait pu y arriver ».

La journée n’a en tout cas pas été très favorable à la détente des relations entre Crucke et Marghem. Peu de temps avant de parler au Soir, le ministre wallon avait évoqué l’aller-retour protocolaire de la ministre fédérale à Katowice (Le Soir du 03/12) : « Je n’étais pas du voyage, auquel même convié, je n’aurais pas participé », avait-il tweeté.

Poursuivez votre lecture sur ce(s) sujet(s) :Accusation|Énergie alternative|Belgique|MR
À la Une du Soir.be
À découvrir sur Le Soir +
 
 
 

Vos réactions

Règles de bonne conduite / Un commentaire abusif? Alertez-nous

Le choix de la rédaction
  1. Si les gilets jaunes ne se satisfont pas des décisions annoncées par Emmanuel Macron lundi soir, ils repartiront à l’assaut en étant convaincus qu’ils incarnent la volonté générale.

    Gilets jaunes: c’est la faute à Rousseau

  2. belgaimage-142946510-full

    Carte blanche: face à la crise gouvernementale, un indispensable vote de confiance

  3. Angela Merkel (à dr.) l’a répété mardi à Theresa May, en visite à Berlin
: il n’y a «
pas de possibilité
» de changer l’accord sur le Brexit.

    Brexit: pourquoi la mini-tournée de Theresa May est totalement vaine

Chroniques
  • Gilets jaunes: c’est la faute à Rousseau

    Les gilets jaunes forment un phénomène inédit, typiquement contemporain. Ce phénomène possède plusieurs couches de signification, qui ne sont pas seulement politiques et sociales : on pourrait également l’aborder sous l’angle de l’individualisme qui travaille notre société. Mais on peut aussi y voir un écho de voix plus anciennes, en particulier celle de Rousseau. Les gilets jaunes rejouent à leur manière le Contrat social, ce qui n’est pas un hasard puisque Rousseau, théoricien radical de la démocratie, était aussi un grand individualiste.

    Tout commence par une redécouverte, celle de la faille du système représentatif, formulée par Rousseau dans des termes cinglants à l’encontre du prototype de la démocratie parlementaire : «  Le peuple anglais pense être libre, il se trompe fort ; il ne l’est que durant l’élection des membres du Parlement : sitôt qu’ils sont élus, il est esclave, il n’est rien. Dans les courts moments de sa liberté, l’usage qu’il en fait mérite bien qu’il la perde.  »...

    Lire la suite

  • Crise gouvernementale: y en a encore, je vous en remets?

    La crise politique belge n’en finit plus de continuer, elle est incompréhensible, surréaliste et dangereuse. Ce n’est pas que les citoyens soient en colère, c’est peut-être pire : ils ont décroché, ils ne suivent plus. Ils laissent le paquebot des « gouvernement, demi-gouvernement, gouvernement minoritaire, gouvernement en affaires courantes, gouvernement suédois, gouvernement orange bleue, gouvernement légitime, gouvernement non démocratique… » voguer dans ce monde désormais parallèle, cette bulle qui s’appelle la « ...

    Lire la suite