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Pacte migratoire: comment le MR a basculé et s’est distancié de la N-VA

Le gouvernement a connu plusieurs moments de tension durant la législature, mais a toujours résisté, trouvé des compromis. Certains partenaires avalant quelques couleuvres au passage. Cette fois, le MR cale face à la N-VA sur le pacte migratoire. Pourquoi maintenant ? Pourquoi sur ce dossier ? Réponses.

Cheffe adjointe du service Politique Temps de lecture: 5 min

Durant quatre ans de législature suédoise, le gouvernement a connu des moments difficiles, étant parfois au bord de la rupture. Mais les quatre partis de la majorité ont toujours réussi à trouver des compromis, à construire un consensus. Quitte à avaler quelques (grosses) couleuvres. Le MR a ainsi dû digérer l’un ou l’autre de ces indigestes reptiles… Tout en continuant à défendre son remuant partenaire nationaliste.

Mais depuis deux bonnes semaines, changement de ton. C’est un « no passaran » que brandit le parti du Premier ministre devant la N-VA. Pas question de ne pas signer le pacte migratoire de l’ONU… dont personne, ou presque, ne connaissait l’existence avant que Theo Francken n’en fasse un étendard. Un pacte non contraignant, «  dont tout le monde se fout  », pour reprendre l’expression d’un libéral. Alors, pourquoi caler à ce moment-là ? Pourquoi risquer la vie du gouvernement sur ce dossier-là, à cinq mois des élections, alors que Charles Michel s’est engagé à défendre son « jobs, jobs, jobs » jusqu’à la dernière seconde ? Quel est le momentum qui l’a fait basculer ? Réponse en quatre points.

1 Le week-end des 17 et 18 novembre C’ est alors que les choses bougent. «  Ces jours-là, explique un bleu, Charles Michel réfléchit. Hésite, puis se dit : trop c’est trop, on ira jusqu’au bout !  » Et un premier petit caillou blanc est semé par le député Richard Miller, le dimanche, sur le plateau de L’invité de RTL : il se permet de laisser Theo Francken au tapis, lorsque Pascal Vrebos lui demande de placer trois de quatre personnalités sur un podium.

Le lendemain, la campagne libérale pour le pacte migratoire commence, en « off » puis en « on ». Sur le mode : ce pacte doit être signé, «  Charles Michel exige son approbation  ». Depuis, le MR n’a pas dévié de cette ligne.

2 La trahison ou la déloyauté

Comme le dit un mandataire, «  la tribune de l’ONU, ce n’est pas une arrière-salle de Hannut ! Quand Charles Michel y fait un discours, pour dire que la Belgique va approuver le pacte à Marrakech, ce n’est pas rien. Mais il n’a pas l’impression de faire alors une révélation extraordinaire, puisque c’est la position du gouvernement et que la N-VA, Francken y compris, a marqué son accord. C’est donc une authentique trahison de Francken. La N-VA traite ses partenaires comme des chiens.  »

Voilà pourquoi le MR refuse de laisser passer. D’autres parlent de «  déloyauté  ». «  En termes de loyauté gouvernementale , il y a une limite, dit ainsi ce haut mandataire. Ici, la N-VA remet en cause un accord, uniquement pour satisfaire l’extrême droite. Les accords ne plaisent pas toujours, mais il faut respecter les engagements pris. Nous, nous ne sommes des libéraux, pas des fachos ! Ici, on touche à la gestion de l’immigration, au modèle de société que l’on veut. Et celui que défend la N-VA ne correspond pas à notre libéralisme . »

3 La crédibilité du Premier

Mais un autre élément entre en ligne de compte. Un parlementaire résume : «  Charles Michel a engagé le gouvernement avec le soutien complet de la N-VA. Ce qu’elle fait aujourd’hui est donc une décrédibilisation personnelle du Premier ministre, de sa fonction. On lui demande de se désavouer et de désavouer l’accord de son gouvernement. On ne peut pas accepter. On n’a pas le choix.  »

Un bleu embraie : «  La N-VA déshabille complètement Charles Michel à la face du monde ! Ce n’est pas rien vis-à-vis de ses collègues, d’autant que Charles Michel tient beaucoup à son aura internationale  », à «  sa place sur la scène européenne  » , confirme un autre. Et comme «  Charles Michel en a pris plein la g… longtemps, à la fin, ça devient lassant de passer pour la marionnette de la N-VA  ». Il fallait donc réagir.

Mais en haussant le ton, Charles Michel espérait-il que la N-VA reculerait sur le pacte ? «  Il s’est peut-être dit que la N-VA n’allait pas tout faire sauter pour ça et qu’on allait trouver une porte de sortie avec une déclaration interprétative », jugent plusieurs libéraux. Certains estiment donc qu’«  on n’a pas compris à quel point la N-VA peut mourir pour défendre sa ligne  » et combien «  le Vlaams Belang est prégnant  ». Mais Michel «  était prêt à aller jusqu’au bout  ».

Sans oublier ceci, glissé par un parlementaire : «  Charles Michel avait dit “pas avec la N-VA” puis il y est allé ; cette fois il a dit  on votera le pacte”, s’il ne le fait pas, ça risque de ne pas passer. C’est lourd, deux fois, dans une carrière politique…  »

4 Le coup de semonce des communales

Bien sûr, au-delà de ce qui précède, le momentum n’est pas innocent. «  Même si nous ne sommes pas les plus grands perdants, le résultat des élections communales a servi de coup de semonce  », admet un parlementaire. Il faut redresser la barre, entendre ce qui est remonté du terrain durant la campagne. «  Principalement la critique qu’être en partenariat avec la N-VA, qui a tellement été démonisée, nous a coûté.  » Autrement dit : il faut s’en distancer, sous peine d’en payer également le prix aux législatives du 26 mai prochain. Alors, «  si on recule sur le pacte, on est mort . »

CQFD.

Le moment où la N-VA a basculé

Chef du service Politique Temps de lecture: 4 min

Après avoir soutenu le pacte migratoire pendant deux ans, la N-VA s’est soudain insurgée contre ce texte, en en faisant une « ligne rouge » que l’on ne peut dépasser. Une attitude définitive, qui tranche avec le comportement des nationalistes depuis l’investiture du gouvernement Michel. Des problèmes aussi épineux que les questions budgétaires, les visites domiciliaires ou encore le renvoi des Soudanais dans leur pays malgré les risques ont pu être levés. Mais pas la question du pacte migratoire.

1Le 4 novembre, un tweet de Theo Francken. Un élément majeur a joué dans la position des nationalistes : la montée inattendue de l’extrême droite flamande aux élections communales, passant de 9 % en 2012 à 13 % en octobre dernier. Pour la N-VA, cette montée a été analysée comme une alerte rouge : le positionnement du parti devait être revu. Le socio-économique, à la base de la création du gouvernement Michel devait prendre moins de place, le focus sur l’immigration, sur la défense de l’identité flamande devait prendre le dessus. Attention, danger pour le gouvernement Michel. Ce n’est pas seulement l’influence électorale du Vlaams Belang qui a pesé sur ce choix. Bart De Wever lui-même, dans ses réflexions idéologiques se dirigeait vers les mêmes conclusions : la protection de l’identité flamande sera plus payante qu’une campagne centrée sur le bilan économique du gouvernement, pas totalement abouti sur le plan budgétaire. Voilà pour le contexte. Reste l’étincelle. Il y a de fortes chances qu’il ne faille pas regarder plus loin que les tweets de Theo Francken. C’est lui qui, le Premier, d’abord dans un tweet du 4 novembre, a ouvert le débat sur le pacte migratoire en Belgique. Ensuite, c’est encore Theo Francken qui a fermé de nombreuses portes de compromis autour du pacte, en réitérant en permanence son opposition. Si ses alliés de la N-VA avaient une position plus ouverte (ce qu’ils démentent), il leur était difficile de la faire valoir avec les pressions de Theo Francken sur l’opinion publique et l’électorat droitier en particulier.

2Les concessions déjà données par la N-VA. Un autre élément a convaincu la N-VA de rester très ferme sur le sujet : le sort réservé au projet de loi sur les visites domiciliaires. Ce projet, porté par la N-VA, avait suscité de très grands remous dans la population francophone, et même au sein du MR. Le MR avait alors fait savoir à la N-VA que le projet n’était pas acceptable pour eux. Et la N-VA avait accepté de mettre le projet au frigo. Pour les nationalistes, c’était une concession très dure à avaler : Theo Francken avait défendu le projet, sur un domaine capital pour le parti. Dans les esprits nationalistes, il était bien clair que c’était la dernière concession possible sur ce terrain. C’est ce qui explique aussi la radicalité affichée par le parti sur le pacte migratoire.

3Le revirement de l’Autriche. Le contexte international a également joué, et la N-VA le reconnaît d’ailleurs honnêtement. Durant les deux ans de négociations du pacte migratoire, les nationalistes ne se sont pas insurgés contre le texte comme ils ont pu le faire par la suite. Ce n’est pas pour cela qu’ils sont restés silencieux : à plusieurs reprises Theo Francken a émis des objections, qui ont été relayées par les diplomates belges à l’ONU. Le pacte a donc pu être amendé en fonction des critiques de la N-VA, et Theo Francken a finalement accepté le compromis, comme en témoigne l’absence de réaction de ses conseillers lors des différentes réunions techniques autour du pacte. Le 11 décembre, lors d’une de ces réunions, le représentant du vice-Premier Jambon a même avalisé le fait que la Belgique devait promouvoir le pacte. Mais tout a basculé lorsque l’Autriche a émis des objections le 31 octobre. Très vite, Theo Francken a fait savoir au Premier ministre que le pacte posait problème. Ayant axé sa stratégie de campagne sur l’immigration, la N-VA ne pouvait pas se taire alors qu’un nombre croissant de pays, se positionnant de manière radicale sur l’immigration, commençaient à rejeter le pacte. Le contexte international a également joué de manière décisive dans le positionnement de la N-VA.

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7 Commentaires

  • Posté par Raurif Michel, mercredi 5 décembre 2018, 17:45

    Monsieur Van Obberghen. Vous insinuez que monsieur Bellot est du même niveau intellectuelle que Galant . Grave erreur, cher monsieur, peu de ministre peuvent fournir un CV comme Bellot !!! Connaissez -vous beaucoup de ministre belge diplômer de E.N.A. ?

  • Posté par Van Obberghen Paul, mercredi 5 décembre 2018, 11:07

    "Alors, «si on recule sur le pacte, on est mort.»" Mais vous êtes déjà mort! Le MR était mort dès le début en signant avec la NVA après un "jamais avec la NVA"! Personne ne peut m'enlever de la tête que tout cela était bien prémédité de la part de la NVA et que ce parti a berné le MR en l'enmenant seul dans une coalition pour y mener une politique très à droite, capable de dégouter les libéraux modérés et horrifier toute la gauche francophone sans exception. On continue d'oublier que l'article n°1, et le seul qui compte, de la NVA est l'indépendance de la Flandre. Pour cela, il faut démontrer que la Belgique est ingouvernable, même avec les libéraux francophones! La startégie de la NVA est donc d'affaiblir le "partenaire" MR autant que possible, renforcer la gauche autant que possible, tout en perdant le moins possible face au Belang pour rester le 1er parti de Flandre ET de Belgique. Dans cette configuration, après le 26 mai, il n'y aura plus d'autres solutions que de construire une législature qui conduise au confédéralisme, prélude à l'indépendance de la Flandre. Et le pire, c'est que la Wallonie toujours très à gauche (de plus en plus?) pourrait bien être cliente de ce confédéralisme-là, permettant ainsi au PS de revenir au 1er plan, au moins en francophonie à défaut d'au Fédéral. Quoi qu'il fasse maintenant, le MR est mort et l'image du 1er ministre marionnette de la NVA est définitivement souillée. Même si le "jobs, jobs, jobs" et le tax-shift sont un succès (ce qui reste à prouver), ce n'est pas cela qui restera dans l'esprit des électeurs francophones le 26 mai. Ils se souviendront de la gestion désastreuse de son ministère par la MR Marie-Christine Marghem, du sien par feu Jacqueline Galant, aussi MR, partiellement du même ministère par François Bellot également MR puisque le survol de Bruxelles n'est toujours pas réglé (et ne le sera jamais). Ils se souviendront de l'achat complètement incongru des F35 à un Président US qui vomi l'Europe à la moindre occasion et traîte Bruxelles, de trou à rat. Le MR est déjà mort, et cette dernière (et seule) bravade du 1er ministre n'y changera rien. C'est trop tard. Beaucoup trop tard. Et en tant que libéral convaincu, je ne peux qu'en être profondément désolé.

  • Posté par Poels Jean-pierre, mercredi 5 décembre 2018, 9:56

    @lesoir.be Tout le monde parle de ce "Pacte Migratoire" mais AUCUN média ne publie ou ne donne le lien qui permet de lire ce texte qui n'a pourtant rien de révolutionnaire. Pour le lecteur que ça intéresse, voici un lien qui permet de prendre connaissance de ce texte controversé => Dans google tapez " A/CONF.231/3 ". Ensuite vous choisissez la langue qui vous convient pour lire ce document.

  • Posté par Van Obberghen Paul, mercredi 5 décembre 2018, 11:30

    Le texte en lui-même n'a pas vraiment d'importance et la presse a relayé l'essentiel de son contenu. C'est le symbole qu'il représente pour la NVA qui lui permet de regagner des points perdus face au Belang. N'oublions pas que l'objectif n°1 de la NVA (et du Belang) est toujours l'indépendance de la Flandre. La NVA doit convaincre tous les flamands que ce parti est le seul capable de les y mener.

  • Posté par Poullet Albert, mercredi 5 décembre 2018, 9:49

    Paillasson, carpette, marionette, petit chien, perte de pantalon, que de beaux noms pour notre premier ministre...

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