Terre de peintres

Mode Muntu, «
Sept personnages
», 1976.
Mode Muntu, « Sept personnages », 1976. - Mode Muntu / Gallery Raf Van Severen

En septembre dernier, la maison de vente parisienne Piasa mettait aux enchères une partie de la collection de Pierre Loos, consacrée au continent africain. Aujourd’hui, c’est une autre collection privée qui est mise en vente de façon plus intime : le marchand anversois Raf Van Severen se sépare d’une centaine d’œuvres de son père, Jo Van Severen (1930-2013), par le biais d’une exposition préparée de longue date. Parmi cette très belle sélection, des œuvres de peintres belges africanistes, comme André Hallet, mais surtout de grands noms de la peinture moderne congolaise comme Mode Muntu, Louis Koyongonda, Philipili Mulongoy ou Mwenze Kibwanga. Raf Van Severen ne fait pas que rendre hommage à la riche histoire de la peinture congolaise, il salue également le travail de découvreur de son père.

« Il était l’aîné d’une famille conservatrice catholique. Son propre père était architecte et professeur de dessin à l’académie de Termonde ; cela l’a naturellement amené à s’intéresser à l’art. Il a quinze ans quand sa mère décède, pendant la Seconde Guerre mondiale. Il effectue son service militaire puis entre à l’école coloniale, à Bruxelles, et part pour l’Afrique en 1953. » Jo Van Severen y travaillera dix ans, devenant chef de poste au Katanga pour le gouvernement de Tshombé. « Il ne commence à collectionner qu’à son retour en Belgique, en 1963, par l’intermédiaire des galeries, des salles de ventes, des foires et même des brocantes ! Il est peu à peu connu comme admirateur de peintres africanistes et congolais, ce qui, à l’époque, était plutôt original car les gens n’achetaient pas d’art congolais. Ce n’était pas mis en valeur du tout, mais mon père s’était pris de passion pour l’Afrique et trouvait ça triste que la plupart des gens ne prennent pas ces artistes au sérieux. Dès ce moment, il était convaincu de la qualité et de la modernité des œuvres qu’il sélectionnait ! Il voyait leur incroyable esthétique, qui se reflète désormais dans sa collection. En tant que marchand et amateur d’art, la lumière et la couleur sont essentielles pour moi. Dans ces œuvres presque naïves, la pureté de la vie est transcrite par la peinture. Pour bien connaître un pays, il faut aussi regarder ses peintres. Tout comme la Belgique est une terre de peinture, le Congo l’est aussi ! »

Ambitions modernistes

Paul Sortet, «
Portait de belle négresse avec boucles d'oreilles doubles et collier
», 1941.
Paul Sortet, « Portait de belle négresse avec boucles d'oreilles doubles et collier », 1941. - Paul Sortet / Gallery Raf Van Severen

Tout commence par l’acquisition d’un tableau d’André Hallet, peintre belge parti au Congo. A partir de là, Jo Van Severen ne s’arrête plus d’acquérir des œuvres et rassemblera plus de 1.500 tableaux ! « 35 % de sa collection représente des œuvres de peintres belges africanistes des années 1920 aux années 1950 (parmi lesquelles unetrès belle maternité de Léon Navez,un fusain de Pierre De Vaucleroyou encore deux baigneuses « matissiennes » par Jean-Marie Strebelle). Le restant, ce sont des tableaux de peintres modernes congolais des années 1950-60, avec quelques œuvres des années 1970-80 et un tableau de 1939, résume Raf Van Severen. Depuis dix ans, plusieurs expositions internationales ont été organisées autour de l’art moderne congolais. Les gens se sont rendu compte de la qualité de ces œuvres et les voient désormais comme des tableaux modernes, pas seulement décoratifs. A l’époque de mon père, les acheteurs étaient tous des gens liés à l’histoire congolaise tandis qu’aujourd’hui, beaucoup d’amateurs sont aussi des collectionneurs de peinture moderne et abstraite. Les deux fonctionnent très bien ensemble ! »

La spéculation s’est aussi développée sur ce segment de marché avec des œuvres dont la cote atteint 50 à 60.000 pour certains tableaux des années 1950-60 : « L’art africain est devenu un pilier des grandes maisons de ventes, un investissement. » Mais pour le fils du collectionneur, il s’agit avant tout d’un hommage lié à l’impossibilité de conserver l’ensemble dans de bonnes conditions : « Dans son testament, mon père voulait que je m’occupe de la collection. J’ai travaillé toute une année pour préparer cette exposition et le catalogue qui l’accompagne. »

« Congo. Hommage à Jo Van Severen », Gallery Raf Van Severen, jusqu’au 3 février 2019, 52 Godefriduskaai, 2000 Anvers, ouvert lundi, mardi, jeudi et vendredi de 14 à 18h, samedi de 11 à 18h, 0495-54.14.11. www.rafvanseveren.com

Prix de 3000 à 30.000 euros.

 
 
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