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Pacte migratoire: qui comprend encore la N-VA?

Mais à quoi joue la N-VA ? Elle dénonce très tardivement le pacte migratoire, menace l’existence du gouvernement fédéral, puis décide d’y rester sans avoir obtenu gain de cause. Habituée à sortir gagnante des crises qu’elle a elle-même provoquées, elle connaît son premier revers spectaculaire. Voici quatre clefs pour comprendre.

Analyse - Temps de lecture: 5 min

Pourquoi avoir pendant quatre ans (plus ou moins) joué le jeu gouvernemental et risquer la chute à cinq mois des élections législatives ? Difficile de cerner l’actuelle stratégie nationaliste. Tentons d’y voir clair.

1Comment expliquer le comportement de la N-VA ces derniers jours et semaines ?

D’abord par la défaite aux élections communales. « La N-VA n’avait plus perdu une élection depuis 2003, explique le politologue Carl Devos (université de Gand). Il y a donc une réaction de panique, d’autant que le Vlaams Belang, lui, a connu un succès. Puis plusieurs pays ont exprimé leurs craintes face au Pacte migratoire. La N-VA s’est dès lors réveillée pour des raisons électorales, mais aussi idéologiques car elle se profile comme le parti qui protège l’identité flamande, le bien-être flamand, avec l’idée que l’immigration va mettre en danger cette identité. Cela explique le problème qu’elle fait avec le pacte, mais elle a commis la faute de ne pas le faire plus tôt. Ce qui l’affaiblit en tant que parti bon gestionnaire. »

Mais pourquoi rester au gouvernement alors ? L’influence des associations patronales flamandes proches du parti, qui ne souhaitent nullement une chute, a joué. D’autant que le Brexit s’annonce. Ce qui nécessite la prise de décisions gouvernementales, sachant, relève le vice-Premier Didier Reynders (MR) que « la Grande-Bretagne est le 2e partenaire commercial de la Flandre et le 1er de Zeebruges. »

2Comment peut-elle s’en sortir ?

D’autant qu’elle avait dit qu’un vote alternatif à la Chambre sur le pacte signifierait la fin du gouvernement Michel. Pour le politologue Bart Maddens (KUL), proche des milieux nationalistes, la N-VA cherche surtout à gagner du temps. « Sortir du gouvernement est une grosse décision. Ils tentent de s’adapter à la rhétorique de Charles Michel qui parle d’aller signer le pacte au nom du Parlement et pas du gouvernement. Mais le parti est dans une position très inconfortable. » Et si le Pacte est finalement signé, ajoute-t-il, les ministres N-VA n’auront pas d’autres choix que de démissionner : « Ils ont fixé cette ligne rouge eux-mêmes. Ils se définissent comme un parti où les principes sont plus importants que les postes. S’ils reviennent sur leur parole et restent au gouvernement, alors que Charles Michel va signer à New York, le Vlaams Belang se fera un plaisir d’enfoncer le couteau dans la plaie. »

Carl Devos appuie : « Pour la première fois sous cette législature, une résolution a été adoptée par une majorité de rechange à la Chambre. Et la N-VA fait une courbe rentrante puisqu’elle avait assuré qu’une majorité de rechange signifierait la fin du gouvernement. C’est bien joué de Charles Michel. Il a dit : “je vais à Marrakech, si vous ne voulez pas, vous pouvez quitter le gouvernement”  ; puis va dire : “je vais à New York, si ça ne vous plaît pas, vous pouvez quitter le gouvernement”. Ce que veut éviter la N-VA puisqu’elle veut donner l’impression que ce sont les autres qui l’ont poussée dehors et qu’elle est la victime des partis traditionnels, du système belge. Mais pour le moment ça ne marche pas, au contraire. La N-VA est en difficulté. »

Pourtant, une source nationaliste nous l’assure : « La N-VA ne veut pas faire tomber le gouvernement, elle veut continuer à travailler et à défendre le bilan, mais il était important pour nous de marquer la ligne rouge. Tant que Charles Michel n’engage pas le gouvernement à Marrakech, ça va. » Et tant pis pour l’affront.

3Le parti est-il divisé ?

Officiellement, non. « Il y a bien des sensibilités différentes, des façons de communiquer différentes, des discussions sur la stratégie, nous assure un nationaliste, mais on est tous sur la même ligne. » « Sur le fond, ils sont tous d’accord, confirme Bart Maddens. Sur la forme, peut-être un peu moins. On a vu pendant la campagne que certains marchaient fort dans les pas du Vlaams Belang en termes de communication. C’est quelque chose qui ne plaît pas à tout le monde, notamment à Geert Bourgeois et Jan Jambon. » Mais dire que ces derniers s’opposeraient à une ligne « dure » portée par Theo Francken et Peter De Roover, est exagéré : « C’est simplement qu’ils jouent des rôles différents. Cela ne veut pas dire qu’ils ne sont pas d’accord. »

Carl Devos ne parle pas non plus de division, mais note que « les hard liners autour de Bart De Wever – fort occupé à former une coalition à Anvers – décident davantage de la ligne du parti, d’autres disant que c’est dangereux car le parti finira en dehors de la majorité ». Donc c’est « une ligne plus dure qui se profile sur la migration, pour retrouver les électeurs de droite, voire de droite extrême. » Pour le politologue, Bart De Wever reste cependant l’homme fort du parti : « Il reste l’homme politique flamand le plus important. Et si Francken peut dire des choses, c’est parce que De Wever l’accepte. »

4La N-VA est-elle affaiblie au gouvernement ?

« Les prochains mois s’annoncent glacials », répond Bart Maddens, qui considère que même si le gouvernement ne tombe pas, il ne pourra plus rien réaliser d’ici aux élections de mai prochain. Carl Devos va plus loin : « La N-VA était le parti dominant, le chef et maintenant, quelque chose a changé. Charles Michel, qui a aussi perdu les élections, se fait plus assertif, moins coach de l’équipe et plus joueur qui doit scorer. Le CD&V et le VLD, eux, ont gagné les communales et ont repris confiance. Et la N-VA est affaiblie. La question étant : dispose-t-elle d’un droit de veto ? Le Premier ministre peut-il aller à Marrakech si elle s’y oppose ? »

Autrement dit : l’arrogance dont les nationalistes faisaient preuve dans la suédoise ne sera plus la bienvenue désormais…

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8 Commentaires

  • Posté par Lambinet Guy, jeudi 6 décembre 2018, 13:09

    oui, pure stratégie. Si la NVA quitte le gouvernement, il n'aura pas la possibilité de faire voter un texte permettant la révision de la constitution pour se diriger vers le confédéralisme. Il n'a donc pas intérêt à faire chuter le gouvernement.

  • Posté par Claeys Alain, jeudi 6 décembre 2018, 12:33

    Je pense tout comme vous qu'il s'agit d'une vaste comédie qui permettra aux 2 partis de se "racheter" aux yeux leurs électeurs. Pure stratégie politique

  • Posté par Debrabander Jean, jeudi 6 décembre 2018, 11:10

    Et si toute cette pièce était une comédie destinée à permettre un Michel 2? La NVA se repositionne fort à droite, récupère les électeurs passés au Vlaams Belang. Et le MR, ayant essayé de quitter son image de paillasson, enraie sa chute, permettant ainsi une reconduction de la coalition actuelle. On voit mal, en effet, la NVA gouverner avec les socialistes. NVA comediante ou tragediante?

  • Posté par Wijnants Christian, jeudi 6 décembre 2018, 10:30

    Si j'ai bien compris la rhétorique de Peter DE ROOVER, quand il dit que "Charles MICHEL peut aller à Marrakech pour passer un séjour de vacances", mais "qu'il ne pourra pas signer au nom du Gouvernement", il renvoie la "patate chaude" au premier ministre : "Vous avez voulu nous 'doubler' en demandant l'avis de la Chambre et nous poussant le coin du 'zwarte piet' ?", et bien, maintenant, nous vous doublons en vous rappelant que vous ne pouvez engager le gouvernement. Raisonnement tordu ? Non : NVA !

  • Posté par Poullet Albert, jeudi 6 décembre 2018, 10:08

    La puissance de nuisance, c'est la ligne de De Wever, personnalité frustrée, mal construite sous le regard d'un père extrémiste et Flamingant guidée par des fantasmes de revanche !

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