Loi anti-squat: un an après

Loi anti-squat: un an après
Bruno Dalimonte.

Il y a quelques semaines, la médiatisation autour de la fermeture du squat « 123 » a rappelé les conditions précaires de logement de certains Bruxellois. Ils seraient des centaines à « squatter » à Bruxelles sans qu’il soit possible de tous les mettre dans le même panier. Mi-novembre 2017 est entrée en vigueur la loi anti-squat telle qu’elle est d’application aujourd’hui. Un an après, voyons si elle a réellement été appliquée. Avant elle, une procédure existait déjà et ceux qui s’opposent à sa nouvelle version critiquent lourdement l’introduction d’un volet pénal.

Si cette loi a su séduire une partie du monde politique, c’est notamment suite à la récupération d’un événement très médiatisé à Gand. Un Gantois parti en vacances a retrouvé sa maison occupée par une famille. Seulement, si l’affaire a eu un grand retentissement, ses circonstances ont eu moins d’écho.

En effet, l’intermédiaire d’un bailleur a fait penser à la famille qu’elle se trouvait en règle. L’événement est un cas isolé d’introduction de personnes dans un logement habité là où la philosophie du squat vise principalement à lutter contre la vacance immobilière et à défendre le droit au logement.

Du côté de la Fédération bruxelloise de l’Union pour le logement (Fébul), Maria Krislova dit avoir eu très peu de retours concrets sur l’application de la loi sauf dans la ville qui a conduit à sa mise en place. « Elle a été pas mal appliquée à Gand, d’où elle vient. Ils la voulaient et ils l’appliquent. Cela crée vraiment un climat de crainte et de peur. Ils ont réussi leur coup pour ce qui est de la dissuasion. A priori, il n’y a eu qu’un cas à Bruxelles et la procédure n’aurait pas été poursuivie jusqu’au pénal. »

Quand le squat s’institutionnalise

Si un squat n’est pas un autre, les différents acteurs dans le domaine partagent des valeurs communes. Felix Aerts de l’ASBL Toestand nous accueille allée du Kaai, haut lieu de la scène socioculturelle bruxelloise bordant le canal. Le bâtiment appartient à Bruxelles-Environnement et a fait l’objet d’un appel à projets d’occupation temporaire en marché public. Le contraste est saisissant entre ce lieu bariolé et la tour d’habitation grise voisine dont le brouillard grignote les derniers étages. Le lieu n’est pas un squat mais en valorise l’existence. Le jeune homme regrette la vision souvent négative que les gens se font du squat, qui est pour lui bien loin de l’image d’un lieu sale source de nuisances.

La Fébul travaille sur des projets d’occupation temporaire dans des bâtiments vides. Pour Maria Krislova, la genèse du projet qu’elle défend a à voir avec celle du squat. « Au départ, c’est lui qui a permis d’attirer l’attention sur le vide et l’inoccupation et de pouvoir développer des projets à finalité sociale permettant de lutter contre la vacance immobilière et de proposer un logement alternatif aux personnes dans le besoin sans pouvoir se loger dans un logement plus classique  ».

Squatter

pour mieux négocier

Pour Adrien de Fraipont, ancien habitant du 123 rue Royale et coprésident de l’ASBL Woningen 123 logements, l’entrée illégale dans un bâtiment peut se justifier. Selon lui, « ça répond à un besoin urgent de squatter et négocier après. C’est ce qu’on a fait avec le 123 ».

Quand des négociations avec un propriétaire ne mènent à aucun accord, le squat devient parfois le seul moyen de faire d’un bâtiment vide un lieu habité. Felix Aerts chiffre cette idée. « Six millions de m2 sont inoccupés, différents types de bâtiments confondus. Certains propriétaires sont ouverts à l’occupation temporaire mais c’est une petite partie d’entre eux. Le reste préfère laisser son bâtiment vide et je pense qu’à ce moment-là, le squat peut être le seul moyen de débloquer un bâtiment resté longtemps inoccupé. Six millions de m2, ça représente environ 6 m2 par personne à Bruxelles, c’est pas mal. »

Tous les squats ne naissent pas de cette manière et les stratégies sont nombreuses. «  Il y a ceux qui préfèrent ouvrir un bâtiment et s’y introduire pour ensuite négocier, détaille Maria Krislova. Il y a ceux qui ne veulent rien négocier, c’est plus idéologique. Et puis il y a ceux qui fonctionnent de manière plus conventionnelle, comme nous, par exemple. Cela passe à travers la négociation avec les propriétaires, dans la mise en place d’un projet qui se contractualise. Les méthodologies diffèrent mais on est tous d’accord à propos de la lutte contre le vide, de la lutte contre la crise du logement et sur le développement de projets à finalité sociale.  »

 
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