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La souveraineté, cette dangereuse obsession

L’édito de Béatrice Delvaux après la crise gouvernementale sur le pacte migratoire.

Editorialiste en chef Temps de lecture: 2 min

S i la question se posait aujourd’hui, la Belgique ne signerait pas la Déclaration universelle des droits de l’homme. » Françoise Tulkens, ex-juge à la Cour européenne des droits de l’homme, est catégorique et en veut pour preuve les dissensions gigantesques qui entourent la signature du pacte migratoire. L’ex-juge souligne l’hostilité actuelle aux textes supranationaux, bien éloignée de l’enthousiasme d’il y a vingt ans.

L’opposition politique sur le pacte migratoire ne porte en fait pas sur le caractère contraignant ou pas du texte des Nations unies, mais sur le principe même de l’existence de ces principes supranationaux auxquels des pays doivent se conformer. La véritable guerre idéologique à l’œuvre en Belgique, mais aussi dans toute l’Europe, oppose ainsi les multilatéralistes aux souverainistes. Theo Francken n’écrivait pas autre chose sur Facebook vendredi matin, en pointant « qu’au-delà du carcan européen, notre souveraineté risque aujourd’hui d’être vidée de son sens par le pacte des Nations unies ».

Il y a 70 ans, c’est le raisonnement totalement inverse qui avait animé l’esprit des signataires de la Déclaration des droits de l’homme. A la sortie de la guerre 40-45 et après la découverte de l’ampleur des crimes nazis et du génocide perpétré sur des millions de juifs, l’objectif était d’édicter des principes et loi supranationaux qui protégeraient désormais les individus contre des Etats aux comportements criminels. La souveraineté inviolable de l’Allemagne a permis à Hitler d’agir sans frein et sans possibilité d’intervention extérieure, avec les conséquences terribles que l’on sait.

Au moment où nombre de dirigeants veulent affaiblir ou dénoncent ces conventions ou déclarations qui bétonnent les droits des individus de façon universelle, il est crucial de se rappeler ce que l’histoire nous en dit plutôt que d’attendre que ce soit un drame contemporain qui s’en charge.

 

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14 Commentaires

  • Posté par Lavenne Eric, mercredi 12 décembre 2018, 6:02

    Si "drame " contemporain, il devait y avoir; proche ou un peu plus lointain, malheureusement , il se déroulera . De quel type sera -il fait ? Et de quel côté penchera-t-il ?? Car en fin de compte l'Histoire ,présente plus que parfois bon nombre d'aspects plutôt similaires .

  • Posté par Lavenne Eric, mercredi 12 décembre 2018, 6:01

    Si "drame " contemporain, il devait y avoir; proche ou un peu plus lointain, malheureusement , il se déroulera . De quel type sera -il fait ? Et de quel côté penchera-t-il ?? Car en fin de compte l'Histoire ,présente plus que parfois bon nombre d'aspects plutôt similaires .

  • Posté par Baudine Pierre, dimanche 9 décembre 2018, 17:36

    Je suis un abonné journal depuis quelques années.

  • Posté par Philippe Arnould, dimanche 9 décembre 2018, 13:03

    Autre faillite du multilatéralisme, celui de l'échec du système gold exchange standard de l'entre-2 guerres, responsable de la bulle des années 20 et du krach de 1929, de la déflation allemande qui a vu Hitler prendre le pouvoir. Le multilatéralisme peut-il empêcher la tragédie des communs inhérente à ce système ? Peut-il empêcher son effondrement et le risque élevé de guerre lorsque ça arrive, comme en Yougoslavie ?

  • Posté par Philippe Arnould, dimanche 9 décembre 2018, 12:55

    gros point godwin. En soi, la 2e guerre mondiale fut l'échec du multilatéralisme de l'époque, l'échec de la société des nations, l'échec du traité de Versailles, dire que les autres pays n'ont rien tenté, c'est faire preuve d'un oubli. La 2e guerre mondiale est la violation de la souveraineté de la Pologne, de l'Autriche, de la Tchecoslovaquie, de la France, de la Belgique et de l'URSS. Et je ne parle pas de la 1e guerre mondiale qui fut l’échec du concert européen des nations, système multilatéraliste de l'époque. Si on s'est battu en 40, c'était pour notre souveraineté et notre liberté.

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