Les beautés minérales d’Ado Chale

Coffee Table, 1973, 35 ×150 cm.
Coffee Table, 1973, 35 ×150 cm. - Gilles van den Abeele

Un an après l’exposition du Palais des Beaux-Arts, un nouvel hommage à Ado Chale prend place à Bruxelles, cette fois sous la forme d’une importante vente publique organisée par la maison parisienne Piasa. En collaboration avec les trois enfants de l’artiste, Ilona, Pierre et Eric Chale, Frédéric Chambre, directeur de Piasa, a orchestré l’exposition et la vente d’une partie de la collection privée de la famille.

Bruxelles s’imposait comme lieu pour cet événement, afin que l’artiste, âgé de 90 ans, puisse être présent, mais aussi parce que la vaste Patinoire royale se situe à quelques pas seulement du 117 avenue Louise, où se trouvait la galerie Chale. Un quartier garant des souvenirs, qui a vu grandir les enfants du créateur. Mais la ville est aussi une plaque tournante importante du marché de l’art, et ce point de vue plus pragmatique rejoignait ici celui du cœur – fait assez rare pour être souligné ! « Mon père est vivant et nous avions envie qu’il soit là, c’était notre priorité. Cela va aussi permettre à des gens qui le connaissent bien de se déplacer plus facilement », explique Ilona Chale.

Si l’on connaît mieux Ado Chale pour ses tables que pour le restant de ses créations, quelques raretés attendent ici l’amateur curieux ou le collectionneur alerte : les pièces présentées proviennent majoritairement de la collection des trois enfants. Certaines leur appartiennent depuis longtemps, d’autres sont le fruit d’un partage familial plus récent.

Dinner table, 2000. 74 cm de haut × 151 cm.
Dinner table, 2000. 74 cm de haut × 151 cm. - Gilles van den Abeele.

Toutes les périodes de création sont ainsi couvertes, des années 1960 aux années 2000. « Chacun des enfants a hérité de pièces de grande qualité. Nous avons choisi celles que nous souhaitions garder. Toutes sont liées à notre enfance et relèvent d’histoires singulières. Avec mes parents, on chinait beaucoup dans la nature, du côté des carrières de Fontainebleau et du Pas-de-Calais. Ils dérochaient des formes naturelles créées par l’érosion : des sculptures naturelles, en somme. Tous ces objets ont une histoire, des affinités particulières liées à notre passé. »

Ainsi, Ilona Chale évoque «  Indéfinie nº 9 » (lot nº 8, 1969, estimation 6.000-9.000 euros), petite sculpture en pierre de sable blanc que son père a fait couler en bronze. « Il a employé une grande variété de matériaux et de techniques au cours de sa vie. Quand il arrivait que ses tables aient moins de succès, il redoublait d’imagination et créait d’autres choses » – des meubles, chaises, canapés, fauteuils, des tableaux en papier ou des sculptures, dont existent seulement trois modèles en fonte d’aluminium.

Le génial gemmologue

Ado Chale est d’abord un gemmologue. Il emploie des coquilles ou de l’os, du bois pétrifié collecté dans les plaines infinies de l’Arizona, des galets glanés sur la côte d’Opale ou les minéraux les plus remarquables. Ces derniers lui permettent de créer des pièces uniques, des meubles et des objets en malachite ou en cornaline, en jaspe ou en agate, qui brillent de mille feux. Cet éclat est au cœur de son travail. Eclat des choses, éclat de couleur, éclat de matière ou éclat de lumière.

Parmi les pièces singulières présentées, un ensemble assez impressionnant de sculptures en bois formant un beau volume spatial avec beaucoup de caractère : des cubes polymorphes qui s’emboîtent entre eux comme des pyrites (lot nº 62, 1972, estimation 40.000-60.000 euros). «  C’est une pièce unique, que mon père n’a réalisée qu’en très petite série. J’espère qu’elle atterrira dans une galerie importante, un musée ou chez un grand collectionneur. Que quelqu’un d’autre en tombe amoureux et ait envie de l’acquérir pour vivre avec elle, au quotidien, déclare Ilona Chale. Mon père créait surtout des objets usuels, mais pas celui-ci. »

Dinner Table, 2000. 60 cm de haut × 260 cm de longueur.
Dinner Table, 2000. 60 cm de haut × 260 cm de longueur. - Gilles van den Abeele

Autre rareté purement décorative : trois obélisques recouverts de pierres semi-précieuse (œil-de-tigre, jade et hématite) qui datent des années 1990, à une époque où la maison Hermès, à Paris, avait invité Chale à investir les vitrines du Faubourg Saint-Honoré. Les trois lots (nº 14-15-16) sont estimés chacun entre 2.000 et 3.000 euros.

« Ado Chale. Créations intemporelles. De la collection de la famille de l’artiste et à divers », La Patinoire royale, 15 rue Veydt, 1060 Bruxelles, exposition publique du 14 au 18 décembre, vente publique mardi 18 décembre à 18 heures, 02-502.78.24, www.piasa.fr « Conversation autour d’un poète », table ronde le jeudi 13 décembre à 17 h 45, entrée libre sur inscription.

 
 
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