Trafic de migrants: quatre hébergeurs, dont deux journalistes, sont acquittés

Le tribunal correctionnel de Bruxelles a acquitté, mercredi en fin de matinée, les quatre citoyens qui avaient hébergé des migrants de la prévention de trafic d’êtres humains. Les huit autres prévenus ont écopé de peines de prison avec sursis, sauf un homme, Thomas Ibra, pour qui la peine est ferme. Pour cet individu qui faisait défaut car il a pu gagner l’Angleterre, le tribunal a requis l’« arrestation immédiate ». Une arrestation qui ne sera un jour possible que si un mandat d’arrêt européen était émis.

Dans ce dossier, douze personnes étaient poursuivies pour une prévention de trafic d’êtres humains. Parmi elles figuraient des citoyens, notamment deux journalistes et un assistant social, qui avaient hébergé chez eux des migrants, en 2017. Anouk Van Gestel, la rédactrice en chef de Marie-Claire Belgique, Myriam Berghe, journaliste indépendante, le Tunisien Walid C. et la mère de famille belge Zakia S., ont tous les quatre été acquittés. Pour ces personnes proches de la Plateforme de soutien aux réfugiés, c’est la fin d’un calvaire de plusieurs mois – notamment 8 mois de détention préventive pour Walid C.

Le tribunal a estimé que l’aide apportée par ces quatre personnes relevait « d’un engagement social fort ». Il ne peut être prouvé que ce soutien humanitaire (hébergement, apport de petites sommes d’argent et de nourriture…) les rendait complices d’un trafic d’êtres humains. Surtout : aucune d’entre elles n’a retiré un quelconque avantage de cette aide.

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Peines avec sursis

Les sept autres prévenus sont eux condamnés à des peines (de 12 à 40 mois) avec sursis pour le surplus de leur détention préventive. Un jugement, assorti de lourdes amendes, justifié par le tribunal : sa présidente a souligné que « le nombre de victimes identifiées » (95 personnes, dont des mineurs) « ne pouvait être imputé indistinctement à tous les prévenus »  ; que les prévenus, comme leurs victimes présumées, souhaitaient rejoindre le Royaume-Uni et «  n’avaient d’autre choix que de se tourner vers des passeurs »  ; mais surtout, que l’association de malfaiteurs « n’avait pas de structure hiérarchique claire ni permis de dégager des avantages patrimoniaux importants ». En clair : les échanges d’argent ou de services avérés servaient surtout à financer ou arranger le passage des prévenus dans le futur.

Ce procès était très attendu par tous les Belges qui hébergent des personnes en séjour irrégulier. A-t-il permis de tracer une frontière claire entre solidarité et trafic de migrants ? « Le tribunal a bien rappelé qu’héberger des migrants n’était pas illégal. Il a envoyé un signal clair au parquet », analyse Me Samia Benkhelifa, qui a défendu Walid C.

« Si c’était à refaire je le referais de la même manière », a déclaré Myriam Berghe après son acquittement, aboutissement de 14 mois de combat judiciaire. « C’est ma conception de l’hébergement. Je fais confiance à ces gamins, ils me font confiance. C’est une confiance mutuelle. On parle toujours des hébergeurs, mais il faut aussi penser à eux : ce n’est pas facile de rentrer chez des gens que l’on ne connaît pas pour prendre une douche ou laver ses vêtements. La vie est terrible pour eux. »

 
 
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