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Visa pour la Flandre: il faut que vous le sachiez…

Chaque soir de la semaine, alors que les Belges francophones regardent un film, une série ou un match de foot, un certain public flamand se régale d’une heure d’information approfondie sur ce qui fait l’actualité de la Belgique et du monde. Un régal !

Chronique - Editorialiste en chef Temps de lecture: 5 min

Il faut que vous le sachiez : le déséquilibre Nord-Sud en Belgique ne concerne pas que la croissance économique ou les situations budgétaires, il touche aussi au volume d’informations. Alors que le Belge francophone est calé dans son fauteuil après les JT devant une série, un film ou un match de foot, un certain public flamand est, lui, en immersion dans un bain d’interviews longues, d’analyses de haute tenue en lien avec l’actualité du jour. Et pas que flamande : de tout ce qui se passe en Belgique, même francophone et dans le monde.

Béatrice Delvaux | LE SOIR 
PHOTO:Bruno DALIMONTE.
Béatrice Delvaux | LE SOIR PHOTO:Bruno DALIMONTE. - LESOIR

De 20 à 21h, chaque jour de la semaine, la Flandre peut se nourrir de Terzake suivi de De Afspraak. Le premier  talk-show est animé par un couple d’intervieweuses redoutées car coriaces et très au fait de leurs dossiers. Annelies Beck et Kathleen Cools sont ainsi autant louées qu’insultées sur les médias sociaux par des obsédés de l’opinion. D’un à trois thèmes sont abordés avec les protagonistes principaux en studio, toujours l’aide d’experts et pour les sujets étrangers des entretiens avec des correspondants des télés hollandaises en direct. Le second talk-show est animé par Bart Schols ou Phara de Aguirre. Ils invitent quatre intervenants d’horizons et d’opinions différentes à venir parler de l’actualité et de leur actualité. Anne Teresa De Keersmaeker y est écoutée religieusement par Jean-Marie De Decker dans une émission qui évoque le corps comme lieu de spiritualité et les fraudes du football. Le vendredi, c’est notre chroniqueur et journaliste politique à la VRT, Ivan De Vadder qui s’empare de De Afspraak op Vrijdag pour faire avec trois personnalités le tour très critique de la semaine politique écoulée.

Explication et confrontation

C’est passionnant, intéressant et impactant parce que ces entretiens prennent le temps de l’explication et osent la confrontation sur le fond avec des intervenants de premier plan. Hors de question d’ailleurs pour le chef politique du Soir de « fermer boutique » sans avoir regardé les deux émissions : il s’y passe ou on y apprend – toujours quelque chose. Ce lundi, Bart De Wever y balançait entre neuf citations de « Marrakech », son « quasi-coup d’Etat » pour qualifier le gouvernement minoritaire Michel II. L’interview du président de la N-VA présentait deux intérêts : ses réponses mais tout autant les questions posées par l’autre perle de cette émission, Pieterjan De Smedt. Pour Terzake, ce jeune journaliste poursuit les hommes et femmes politiques partout où ils se trouvent pour les soumettre à un entretien sans concession et quasi sans fin. L’homme a désormais imposé sa marque de fabrique.

Dans la même émission, vous pouviez découvrir un peu plus tard, une interview chahutée de Steve Bannon, l’ex-inspirateur d’extrême droite de Trump, venu passer le week-end à Bruxelles avec ses amis du Vlaams Belang et Marine Le Pen.

Le Pacte migratoire ? Il y a été ausculté sous tous ces angles avec des politiciens de tous bords, des professeurs de droit international – parfois durant plus de 15 minutes. Le succès est d’ailleurs au rendez-vous : quelque 275.000 spectateurs étaient branchés dès 20h ce lundi sur Terzake.

Rien de comparable côté francophone

Rien de tout cela en télé francophone ? Rien de comparable en tout cas. Jeudi en Prime a rempli avec succès une case le jeudi soir à la RTBF et C’est votre avis a performé avec les gilets jaunes mercredi dernier. Mais rien de quotidien à la flamande ou à la façon du C’est dans l’Air de France 5. Des projets mis sur table par des journalistes de la chaîne publique ont été refusés par peur du manque d’audience. La télé en continu LN24, en train de se constituer, aurait l’idée de combler le vide. Sur le terrain audiovisuel, c’est en fait la radio qui apporte cette qualité d’approfondissement quotidienne, proche du travail des journaux, avec le « CQFD » d’Arnaud Ruyssen sur La Première de 17h30 à 20h00

Le meilleur du nord à portée du sud ? C’est donc possible en direct mais c’était jouable aussi en différé via le site DaarDaar qui propose chaque jour au public belge francophone des traductions de la presse flamande. « Notre projet se trouve aujourd’hui dans une situation financière très difficile, car nous ne sommes jamais parvenus à trouver suffisamment de subsides pour nous soutenir, ni à développer un modèle nous permettant de tenir sur le long terme », nous explique Joyce Azar qui a créé DaarDaar en novembre 2014 avec une petite équipe de bénévoles qui doit rémunérer les traducteurs et verser les droits d’auteurs aux quotidiens flamands.

« Un vrai trésor », écrit l’écrivain Thomas Gunzig dans une lettre ouverte, appelant sur les réseaux sociaux à soutenir le site. « Non, DaarDaar ne peut pas disparaître. Parce qu’il nous permet, à nous francophones, de mieux comprendre nos « voisins » flamands. parce qu’il leur permet à eux, les Belges du nord du pays, d’être mieux compris au sud. (…) Parce qu’il est toujours utile de s’intéresser à ce qui se passe juste à côté de chez nous, au-delà des clichés et des idées reçues. Parce que DaarDaar jette tout simplement des ponts entre les communautés ».

Connaître l’autre

Thomas Gunzig a été rejoint par l’écrivain et historien David Van Reybrouck, le cinéaste Jaco Van Dormael, l’écrivaine Aline Dieudonné, le politologue Dave Sinardet, Phara De Aguirre de la VRT etc. L’auteur de ces lignes a signé également : Le Soir est depuis très longtemps convaincu de cette nécessité de la connaissance de l’autre, au nord du pays. Ce « Visa pour la Flandre », en alternance avec « La lettre d’Ivan De Vadder », n’en est qu’une petite incarnation.

Cet appel semble avoir été entendu : ce mercredi au Parlement de la Fédération Wallonie Bruxelles, le gouvernement s’est dit ouvert à contribuer à la pérennité de Daardaar, la RTBF évoquait, elle, un potentiel partenariat. « A concrétiser mais des étapes positives ont été franchies » twittait l’écolo Stéphane Hazée.

Allez ouf, le fil nord-sud n’est toujours pas rompu.

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17 Commentaires

  • Posté par gebru detxa, vendredi 21 décembre 2018, 12:34

    Non seulement TerZake, DeZevendeDag sur la VRT sont de meilleures émissions que leurs équivalents sur RTL / RTBF, mais Béatrice il faudrait aussi rajouter à l'article que des vidéos de la VRT sont sous-titrée en français sur leur site. expl: http://k6.re/SYIJ1 Les débats politiques stériles de la RTBF ou tout le monde parlent en même temps, et à la fin personne ne progresse d'un pouce; je ne les regarde plus. Dans le même registre à comparer les médias NL/FR: la soirée-débats RTBF présentant différents styles d'écorchés vifs pour la réouverture du musée de Tervuren était assez nulle et en plus dure 3h...

  • Posté par Piet Cerf, jeudi 13 décembre 2018, 11:59

    Comment voulez-vous faire cela avec des télévisions francophones inféodées à la gauche sociétale et économique ?

  • Posté par Ickx Jacques, jeudi 13 décembre 2018, 13:16

    "Des télévisions...", en fait il n'y en a que 2 en Communauté française (en plus des chaines régionales et éventuellement AB3), c'est RTL et RTBF, donc je ne vois pas très bien où vous parlez des télévisions... vu le ton de votre mail, j'imagine que vous êtes de cette catégorie de gens qui attribuent la mauvaise météo aux socialistes et autres gauchos....

  • Posté par Bayens Remi, jeudi 13 décembre 2018, 11:38

    J'ai regardé il y a quelque temps une émission sur l'état de l'enseignement en Flandre. Elle était bien documentée avec tous les acteurs du domaine qui pouvaient exposer calmement leur point de vue sans invectives ni tabous. Ce genre d'émission et la façon de la conduire n'existent pas dans les médias francophones où l'on cherche plutôt la confrontation et où l'on apprend rien. Les médias flamands sont plus respectueux de leurs publics.

  • Posté par Bitsas André, jeudi 13 décembre 2018, 11:28

    Vous ne citez la VRT qu'assez loin dans votre texte. Vous décrivez donc la chaîne publique flamande. Vous pourriez développer votre démonstration ? Qu'en est-il du budget des chaînes publiques flamandes et francophones et qu'en est-il de leur dépendance à la publicité ? Vous rapportez : "des projets mis sur table par des journalistes de la chaîne publique (francophone) ont été refusés par peur du manque d’audience". C'est énorme ! Et ça révèle surtout une volonté de nivellement par le bas qui n'a pas sa place sur une chaîne de service public.

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