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Crise gouvernementale: quel désastre pour la politique

L’histoire retiendra qu’au départ de cette grave crise, on trouve d’abord et avant tout des calculs de partis soudain affolés par les résultats des élections communales d’octobre dernier.

Édito - Editorialiste en chef Temps de lecture: 4 min

Après trois semaines en absurdie, le Premier ministre a remis hier soir son sort et celui de son gouvernement entre les mains du Roi. Plus rien sur le pouvoir d’achat, plus rien sur le climat et un budget en douzièmes provisoires : la Belgique se retrouve dans une situation irresponsable.

Le monde politique, après avoir fortement déstabilisé l’opinion publique par des jeux ubuesques, donnait toujours hier soir des signaux très inquiétants. Il continuait à être obsédé par un objectif : éviter d’hériter du valet noir. Surtout ne pas être celui qui porte la responsabilité du retour aux urnes. Le reste…

À l’heure où l’on pointe la grave déconnexion entre les citoyens et les élites, politiques notamment, à l’heure où les sociétés sont profondément inquiètes, à l’heure où les extrêmes font vaciller nombre de démocraties en Europe, les partis politiques belges étaient donc occupés à gérer leur nombril, leur image et leur court terme : l’élection.

L’histoire retiendra qu’au départ de cette grave crise, on trouve d’abord et avant tout des calculs de partis soudain affolés par les résultats des élections communales d’octobre dernier.

Comment expliquer autrement que la N-VA, qui avait fait des réformes socio-économiques le moteur de sa campagne électorale en 2014, celui de sa participation au gouvernement et de son bilan fédéral, laisse soudain tout tomber pour la « migration » ? Chassez le naturel, il revient au galop : entre les combats identitaires et socio-économiques, les nationalistes flamands ont choisi. Allant jusqu’à laisser tomber un budget qu’ils s’étaient engagés à voter pour faire le matamore sur une problématique migratoire honteusement surjouée. Et tant pis pour le patronat flamand qui doit se sentir trahi par le poulain sur lequel il avait tout misé !

L’autre irresponsabilité vient de façon très étonnante du Premier ministre Charles Michel, suivi dans son équipée surréaliste par son parti, le MR, et le CD&V. Au motif honorable de défendre des valeurs (le pacte des migrations et le multilatéralisme) et les réformes nécessaires pour le citoyen, le chef de gouvernement a transgressé ces derniers jours nombre de codes constitutionnels et idéologiques, touchant ce mardi au paroxysme de l’absurde. En tentant hier le tout pour le tout pour rendre le pays gouvernable – et sauver son poste –, il l’a en fait rendu fou. La Belgique n’avait soudain plus un Premier ministre à sa tête, mais un alchimiste qui, devant des citoyens, des collègues et des journalistes médusés, transformait la droite en gauche.

Après avoir épousé les volontés de la N-VA pendant quatre ans, il se disait prêt à faire celles de la gauche, des verts, des syndicats, de la rue. Gilets jaunes je vous ai compris, Syndicats je vous ai compris, Fins de mois je vous ai compris, Fin du monde je vous ai compris : il y en avait soudain, à la sidération générale, pour tout le monde.

Le MR et le CD&V dénonçaient hier soir la turpitude de l’opposition qui avait déposé une motion de défiance contre la « coalition des bonnes volontés ». Mais peut-on jeter cette pierre aux socialistes quand la présidente de l’Open VLD tweetait frénétiquement durant le discours de son (!) Premier ministre pour se distancier de son « tout à gauche » ?

Mais qui peut croire encore ces gens ? La politique est affaire de tactique, mais elle est d’abord et avant tout affaire d’éthique. Et cela a été cruellement oublié.

On ne peut pas instrumentaliser un problème pour « chauffer » l’électeur et semer une division dangereuse comme ce fut le cas pour le pacte migratoire. Mais on ne peut pas non plus défendre tout le contraire de ce qu’on a asséné pendant quatre ans.

La N-VA s’est réclamé de la volonté du peuple pour justifier son tout à la migration. Charles Michel se réclamait hier des gilets jaunes et des marcheurs pour le climat pour justifier sa conversion gauche et verte. C’est une faute lourde dans les deux cas. Les peuples ont une voix et se fâchent lorsqu’on l’instrumentalise, en se jetant dans les bras des extrêmes.

Quel risque inouï de prendre ainsi l’électeur pour un idiot !

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17 Commentaires

  • Posté par Raurif Michel, vendredi 21 décembre 2018, 17:41

    Non, madame Delvaux le pacte sur l’immigration ne vaut pas une crise gouvernementale. Il aurait été de loin préférable, que la Belgique refuse de signer ce pacte. Je ne vous ferai pas l’insulte de vous demander ce qui signifie « non contraignant ». Les immigrés, madame n’apportent que deux choses, dont le pays se passerait volontiers à savoir les dépenses inutiles et de la délinquance, regardez nos prisons. Vous en faite une huitième merveille du monde, tragique erreur. Que vous enchantiez le patronat allemand pour la soi- disant grande vue de la chancelière en matière immigration, attendez le ressac ! A la fin des années soixante, lorsque les syndicats belges ont attiré l’attention du gouvernement sur la présence de tous ses travailleurs immigrés, le Patronat d’une seule voix : NON, voici une main d’œuvre très bons marché, exploitons là et gardons là précieusement !! On a vu ce qu’il est advenu !!! Ceci écrit, j’habite dans une rue où tous mes voisins sont des immigrés des années soixante, ce sont des gens très bien et je suis d’être leur voisin !

  • Posté par François Lemaire, mercredi 19 décembre 2018, 12:17

    Les éditorialistes ne font pas mieux que les politiciens, à rejetter la faute sur les ennemis de leurs amis. Je cherche un quotidien de droite en Belgique francophone. Ça existe ? Peut-être y lirait-on que la gauche a refusé une occasion unique de donner à la représentation parlementaire le rôle que la démocratie lui attribue?

  • Posté par Lobet Françoise, mercredi 19 décembre 2018, 15:50

    Je cherche aussi...lamentable cirque qui ne nous donne plus qu'une seule envie , ne votre pour personne tant tous ces politiciens sont I R R E S P O N S A B L E S , NVA en tête, mais les socialistes , mr Laouej en tête, ne valent pas mieux . C est du chacun pour sa réélection sans aucun sens du bien commun, de la gestion de la " p o l i s " ( la cité en grec) .tous des beaux parleurs , car ils trouvent les arguments (les plus faux )pour séduire leur électorat qui malheureusement pour bcp ne réfléchit pas plus loin que ça et les croit comme on croit au père Noël .Mais des miracles , il n'y en a pas , seule la diminution du chômage donc un meilleur taux d'emploi améliorera la condition des gens .Et qui procure de l'emploi à votre avis ? ....et bien les investisseurs qui détestent une chute de gouvernement et reculent devant ce risque d'instabilité. Merci le PS.. les Groen et autres opposants irresponsables qui n' ont pas voulu saisir l'appel aux gens de bonne volonté , fussent- ils leurs opposés politiques .Quand le bateau coule, il ne doit plus y avoir de partis, de religions, de nationalités, tous doivent retrousser leurs manches et écoper ensemble, m... non ?!

  • Posté par Jacques Dequenne, mercredi 19 décembre 2018, 11:03

    ET puis, on s'étonnera que la distance entre les électeurs et les partis politiques se creuse au point de devenir un fossé infranchissable. Que ce soit en France ou en Belgique, les gens en ont ras le bol de ces politiciens qui ne songent qu'à être réélus pour que cela dure le plus longtemps possible, même jusqu' leurs enfants qui continueront à agir comme leurs parents. Pauvre démocratie!!! Qui s'étonnera encore de la poussée des partis extrêmes et de l'augmentation incessante des votes nuls et blancs et des abstentions ????

  • Posté par Nica Petre, mercredi 19 décembre 2018, 10:03

    @BRASSIENE Jean-Louis Arrêtez les fake news sur le MR et ne manipulez pas les élécteurs. C'est bien le MR qui a envoyé les chomeurs au CPAS alors en coalition avec le PS. La seule chose que je reproche au PS et à Elio c'est qu'il n'aurait pas dui accepter le chantage du MR et faire tomber le gouvernement de l'époque sur le thème de la gestion néfaste du chômage. C'est bien pour cela que la position actuelle de DiRupo est très hyprocrite car il veut pas mettre le MR hors jeu tandis que Clarival n'arrête pas de caser du sucre sur son dos en disant qu'il voulait le scalp de Michel. Si celui ci aurait un minimum d'honneur personnel il aurait du demissioner lui même directement après le couteau dans le dos de la NVA au lieu de cela il a louvoié poru rester au gouvernement le plus longtemps possible.En faisant cela il s'est grillé lui même mais il a grillé aussi le MR et tout parti voulant s'allier avec le MR. Qaunt au gillets jaunes j'espère qu'il vont apprecier à sa juste valeur la main tendure par Charles Michel et que cela se vera dans les rues de Bruxelles dès ce samedi et en MASSE.

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