Crise gouvernementale: «Désastre», «We zijn (nog) in de patatten», «Pas de miracle de Noël» (éditos francophones)

Soirée mouvementée mardi soir, le Premier ministre Charles Michel a présenté sa démission au Roi après l’avoir annoncée à la Chambre.

►Le moment où Charles Michel annonce sa démission (photos)

Le Roi consultera ce mercredi les présidents de parti après avoir annoncé qu’il tenait en suspens la démission du gouvernement fédéral. Il tâchera en principe d’éclaircir la situation politique d’ici jeudi, quand aura lieu une nouvelle séance plénière de la Chambre.

Voilà la Belgique et ses citoyens plongée dans une crise gouvernementale.

Le Soir : Game Over

« Quel désastre pour la politique », explique Béatrice Delvaux dans l’édito du Soir.

« Après trois semaines en absurdie, le Premier ministre a remis hier soir son sort et celui de son gouvernement entre les mains du Roi. Plus rien sur le pouvoir d’achat, plus rien sur le climat et un budget en douzièmes provisoires : la Belgique se retrouve dans une situation irresponsable. (…) À l’heure où l’on pointe la grave déconnexion entre les citoyens et les élites, politiques notamment, à l’heure où les sociétés sont profondément inquiètes, à l’heure où les extrêmes font vaciller nombre de démocraties en Europe, les partis politiques belges étaient donc occupés à gérer leur nombril, leur image et leur court terme : l’élection. (…) Mais qui peut croire encore ces gens ? La politique est affaire de tactique, mais elle est d’abord et avant tout affaire d’éthique. Et cela a été cruellement oublié.

On ne peut pas instrumentaliser un problème pour « chauffer » l’électeur et semer une division dangereuse », conclut Béatrice Delvaux.

L’Avenir : Michel II passe par la case Palais

« Le Premier ministre a fini, hier soir, par aller présenter sa démission au Palais. Menacé d’une motion de méfiance par l’opposition, il a préféré jeter l’éponge. Le Roi tient la démission de Charles Michel en suspens. La partie n’est pas terminée… », explique l’Avenir en Une de son quotidien.

Dans son édito, Philippe Martin explique que « le miracle de Noël n’a pas eu lieu. migratoire qui a pollué l’action du gouvernement depuis quatre ans. (…) Les partis d’opposition voulaient leur trophée de chasse et n’ont pas accepté la main tendue par le Premier ministre, regrettaient, hier soir, les libéraux francophones. À moins que ce ne soit ici le dénouement logique, le prix à payer pour s’être fourvoyé, pendant toutes ces années, avec un parti nationaliste qui n’a pas cessé de flirter avec les thèses de l’extrême droite ».

L’Echo : « Je démissionne »

Le Roi maintient la démission du Premier ministre en suspens, sous-titre l’Echo en Une. Dans son édito, «  Le surréalisme politique a vécu », Nathalie Bamps écrit que « Charles Michel aura tout essayé. Jusqu’à la caricature du surréalisme à la belge. Mais en politique, le surréalisme ne plaît pas. Faire de la politique, conquérir le pouvoir et l’exercer, c’est organiser et gérer les affaires publiques, c’est gouverner. Et gouverner, c’est être en mesure de prévoir ». Et d’expliquer que « en choisissant finalement la case palais royal, plutôt que de subir le vote d’une motion de méfiance déposée par des députés sceptiques face à sa « bonne volonté », Charles Michel n’a pas nécessairement fait preuve de courage politique. Mais de tactique. Fine.

En choisissant la case palais royal, Charles Michel évite une claque magistrale assénée par les députés au travers de leur motion de méfiance. Mais aussi, il n’accélère pas le processus des élections anticipées. Il le complique. Car seul le Parlement pourra, dorénavant, en décider. Il faut en effet une majorité absolue à la Chambre pour que la proposition de dissolution soit soumise au Roi. Or, parmi les partis démocratiques, personne – exceptée la N-VA – n’a envie de ces élections anticipées.

En choisissant la case palais royal, Charles Michel fait donc un dernier pied de nez à la N-VA. Cette N-VA qui l’aura fait tourner en bourrique durant quatre ans et deux mois. Au MR, la vengeance est un plat qui se mange froid. En sortira-t-il grandi ? C’est moins sûr… ».

La Capitale : C’est la crise !

« Les élections anticipées de fin janvier ne sont plus à exclure », avertit La Capitale.

Demetrio Scaglio, dans son édito, « Réinventer notre démocratie d’urgence », écrit que d’impression «  la crise qui s’est officiellement ouverte avec la démission du gouvernement minoritaire et éphémère de Charles Michel. (…) Ce qui saute aux yeux, désormais, c’est cette furieuse envie de l’opinion publique de se passer des pouvoirs classiques et de pouvoir écrire elle-même sa propre histoire. Bien sûr, cette aspiration radicale peut pousser le pays vers des chemins aventureux voire dangereux. Mais la démission du gouvernement de Charles Michel et le petit ballet convenu autour du Palais royal ont pris un fameux coup de vieux, comme ringardisés par les Gilets jaunes, les marches pour le climat et autres formes de mobilisation populaire. Si notre pouvoir démocratique veut renouer avec sa légitimité, il doit impérativement s’ouvrir à ces nouvelles formes de démocratie directe et participative : votations, comités citoyens, référendums, consultations régulières. Si cette petite crise en chambre aura permis à nos gouvernants d’ouvrir les yeux et de réinventer notre système démocratique, elle n’aura, pour une fois, pas été vaine ».

DH : Michel II achevé par les siens

Après la N-VA, c’est l’Open VLD qui a porté le coup fatidique. Le Premier ministre Charles Michel a présenté sa démission au Roi, peut-on lire en Une de la DH.« Jadis, les gouvernements belges se succédaient presque au rythme des saisons. Wilfried Martens en présida neuf à lui tout seul, dont trois pour la seule année 1980 ! Une valse qui rappelait celle des empereurs à Rome sous l’Antiquité. C’est pour mettre fin à cette instabilité que l’on a décidé de durcir les conditions amenant à la démission d’un gouvernement ; ensuite, de fixer des élections tous les cinq ans et non plus tous les quatre ans. Mais il est plus facile de modifier la loi que la nature d’un pays. La Belgique n’a jamais été simple à gouverner et ce ne sont pas les réformes successives de l’État qui y changent quelque chose. La preuve, c’est que Charles Michel a dû présenter sa démission au Roi hier, à peine plus de quatre ans après sa prestation de serment », raconte la DH dans « La dernière humeur ».

La Libre : Charles Michel rend les armes

« We zijn (nog) in de patatten… », titre en flamand La Libre dans son édito. « L’ancien Premier ministre Jean-Luc Dehaene n’avait pas son pareil pour décrire une négociation difficile, un blocage, une démission : « Wij zijn in de patatten ». Pas besoin de traduction. Nous y sommes à nouveau. (…) Privé du renfort nationaliste, le Premier ministre a tendu la main à l’opposition, qui l’a refusée. Charles Michel a logiquement présenté sa démission au Roi, qui tient sa décision en suspens. La période qui s’ouvre ne va pas être simple à gérer. Il est probable que la Belgique soit condamnée à vivre pendant un certain temps en affaires courantes. Ce n’est pas le chaos politique, plutôt une sorte de coma. (…) Mais les citoyens assistent, une fois encore, médusés, à ce triste spectacle d’un monde politique qui éprouve bien du mal à placer les intérêts des citoyens au-dessus des petits jeux politiciens. Quel gâchis. (…)Les Belges méritent mieux que cela. »

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