Le plan climat belge adopté ce mercredi

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Notre pays doit réduire nos émissions de gaz à effet de serre de 35
% par rapport à 2005.
Notre pays doit réduire nos émissions de gaz à effet de serre de 35 % par rapport à 2005. - Pierre-Yves Thienpont.

Comme nous l’annoncions, c’est ce mercredi matin que les quatre entités belges ont adopté le plan national énergie-climat que la Belgique doit présenter à la Commission européenne avant la fin de l’année. Ce plan détaille la manière dont la Belgique – fédéral et Régions – entend atteindre les objectifs qui lui ont été fixés dans le cadre européen.

Pour rappel, notre pays doit réduire nos émissions de gaz à effet de serre de 35 % par rapport à 2005. De même, la Belgique doit prendre sa part d’un objectif européen en matière de renouvelables et d’amélioration de l’efficacité énergétique. Le 13 décembre dernier, « Le Soir » a déjà révélé les grandes lignes du futur plan national énergie-climat (Pnec). Il restait cependant encore quelques points d’achoppement, dont la plupart avaient été aplanis mardi au cours d’une réunion de la commission nationale climat (des conseillers de cabinet et quelques experts de l’administration).

Objectifs atteints ?

Le plan est composé d’une partie par Région, d’une contribution fédérale et d’un texte faîtier. Selon les calculs des experts, le cumul des engagements et des mesures prises par les Régions devrait faire le compte pour ce qui est de l’engagement de réduction d’émissions. Ainsi, la Flandre réduira ses émissions de 35 % en 2030, la Wallonie de 35,9 % et Bruxelles de 32 %. Il se chuchote que la Wallonie pourrait même pousser son effort de réduction à 37 %. Le fédéral s’engage à prendre des politiques et mesures permettant aux mesures régionales de donner leur « plein potentiel ». Les demandes venues des trois entités portent notamment sur la fiscalité et sur la politique en matière de chemins de fer. D’ici à juin 2019, le fédéral « étudiera » ces demandes, dit le texte de compromis bouclé mardi.

Sur le plan des renouvelables, les mesures des uns et des autres – y compris les 4 gigawatts d’éolien offshore qui seront installés en 2030 – devraient faire passer la part des énergies vertes dans la consommation énergétique finale de 8,65 % en 2016 à 18,4 % en 2030. Selon l’analyse d’impact socio-économique européenne, la Belgique devrait plutôt viser entre 20 et 25 % en 2030. Le plan prévoit enfin une réduction de la consommation énergétique primaire de 22 % par rapport à un scénario à politiques inchangées.

Le point très sensible des agrocarburants a été réglé en suivant les demandes flamandes. Alors que le fédéral était prêt à fixer un objectif d’incorporation de 12,2 % d’agrocarburant dans le diesel et l’essence en 2030, la Flandre voulait 14 %. Le compromis final fixe une « trajectoire » menant à 14 % accompagnée « d’une étude de faisabilité » tous les deux ans, permettant éventuellement de réviser la trajectoire. « C’est très élevé, on touche à la limite de ce qui est possible, dit un proche du dossier. Pousser ce levier-là au maximum pose des questions en termes de durabilité ». Les agrocarburants peuvent en effet être nuisible à la biodiversité, voire utiliser des terres destinées à l’alimentation humaine. Le texte ciselé mardi contient tout de même la promesse de respecter une certaine « intégrité environnementale ».

Aller plus loin ?

Le plan national évoque la question d’une future loi climat censée faciliter la collaboration et la coordination entre les quatre entités de notre pays. Au cours du comité de concertation, la Wallonie, Bruxelles et le fédéral ont défendu l’idée que la Belgique plaide pour un relèvement des ambitions européennes à -55 % en 2030 et -95 % en 2050. Une résolution en ce sens a été votée en commission de la Chambre, une résolution similaire a été votée à l’unanimité au parlement wallon. La Flandre n’a cependant pas accepté d’aller aussi loin.

Il faut désormais rentrer dans les travaux pratiques. Bruxelles a constitué une « task force » d’experts qui sera chargée de faire des propositions d’actions. « Il est important de passer rapidement à l’opérationnalisation », insiste la ministre Céline Fremault (CDH). Du côté wallon, la plateforme wallonne pour le Giec présidée par le climatologue Jean-Pascal van Ypersele sera invitée à faire des propositions, souligne le ministre Jean-Luc Crucke (MR).

Le plan bouclé, il pourrait être rapidement revu à la hausse. « Après discussion au sein de la commission nationale climat, nous pouvons l’alimenter par des avenants qui ajoutent des mesures tendant vers l’objectif » fixé dans la résolution votée à la Chambre, juge de son côté la ministre fédérale Marie-Christine Marghem (MR).

« Il est clair que la Commission européenne sera assez critique sur l’aspect “lasagne” de nos propositions, dit un des participants aux négociations. Les mesures ne sont pas fines, le lien entre la partie analytique et les mesures n’est pas clair ». La Commission pourrait également interroger la Belgique sur les moyens budgétaires qu’elle prévoit pour la mise en œuvre du plan. « A l’heure actuelle, reconnaît-on du côté wallon, il n’y a aucune opérationnalisation au niveau financier. Mais les Régions n’auront pas d’autre choix que d’aborder cet aspect-là de leur plan ». Malgré les manques du plan, « on a ancré des trucs, et on ne pourra plus revenir en arrière », dit un observateur.

Marghem croit encore à la sortie du nucléaire

Par X.C.

La ministre de l’Energie, Marie-Christine Marghem (MR), avait encore du pain sur la planche en cette fin de législature. Avec un gouvernement démissionnaire, on voit mal comment elle sera en mesure de tout réaliser (sécurisation des provisions nucléaires, norme énergétique, nomination à la Creg).

Mais le dossier le plus urgent est incontestablement le mécanisme de rémunération de capacité. Derrière ce nom barbare, l’idée est de créer un système de soutien financier pour encourager la construction de nouvelles centrales au gaz. Le seul moyen de rendre possible la fermeture du parc nucléaire entre 2022 et 2025.

L’idée de ce mécanisme de soutien était reprise dans l’accord de gouvernement. Mais la ministre Marghem n’a pas su le concrétiser, depuis 2014. Son projet de loi a encore été refoulé au conseil des ministres, le 23 novembre dernier. « C’était la faute d’un parti », assure aujourd’hui la libérale, visant clairement la N-VA. Marie-Christine Marghem semble penser que, désormais, tout sera plus simple sans les nationalistes flamands. Elle compte toujours faire atterrir son texte le plus vite possible sur les bancs du Parlement (les députés ont la possibilité de le déposer si le gouvernement est en affaires courantes). Et elle table sur une majorité alternative pour le voter, avec le soutien du PS et d’Ecolo (qui ne l’ont pourtant pas ménagée durant quatre ans).

Réaliste ? Peut-être. Jean-Marc Nollet, coprésident d’Ecolo, se dit prêt à appuyer un tel mécanisme de soutien. Côté PS, la députée Karine Lalieux est également « prête à travailler si les textes de la ministre ne sont pas à prendre ou à laisser, et qu’il existe une possibilité de les amender ».

Reste à voir si ce petit monde (MR-VLD-CD&V-PS-Ecolo) pourra s’entendre. Et rapidement. Car si l’on veut de nouvelles unités opérationnelles en 2022, il est minuit moins une pour fixer le cadre légal…

Jean-Luc Crucke: «Les choses ont bougé»

Par Michel De Muelenaere

Jean-Luc Crucke: «Les choses ont bougé»

Même s’il faut encore digérer les dizaines de pages du plan national, le ministre wallon de l’Energie, Jean-Luc Crucke (MR), a déjà tiré quelques leçons du processus : « La première est qu’on peut encore travailler dans ce pays entre le fédéral et les entités fédérées. Le texte est un compromis, certains ont lâché, d’autres ont été plus ambitieux que d’autres. Ce n’est certes jamais parfait, mais cela permet de répondre à nos obligations européennes actuelles. La résolution votée à la chambre a évidemment joué un rôle. Au parlement wallon, c’est à l’unanimité qu’un texte similaire a été voté. Cette unanimité est la marque de fabrique de la Wallonie et la preuve que des choses ont bougé chez nous. Il y a un consensus fort pour plus d’ambition ».

Davantage qu’en Flandre, qui s’est une nouvelle fois opposée au relèvement des objectifs européens ?

Je refuse de montrer du doigt une Région. C’est le plus mauvais service à rendre à l’ambition climatique. Selon moi, la majorité des Flamands est favorable à une forte ambition climatique. L’addition des expressions des autres entités aura un effet d’entraînement. Il faut tout faire pour convaincre ceux qui ont encore besoin d’un encouragement supplémentaire. Sur le plan plus large, c’est la deuxième leçon, ce plan confirme la pertinence du triangle formé par l’économie, l’écologie et ce que j’appelle l’efficacité sociale. Chaque point a son importance, aucun ne peut vivre seul, sans symbiose avec les autres. L’économie, c’est un message clair aux investisseurs afin qu’ils sachent dans quelle direction on va. L’écologie suppose des changements comportementaux qui amélioreront la qualité de vie. Enfin, même si l’économie et l’écologie doivent avancer, il ne faut laisser personne au bord de la route.

Cette question transcende les partis politiques ?

Personne n’a raison tout seul. Tout le monde doit abandonner une partie de son idéologie. C’est de cette manière qu’on trouvera le dénominateur commun le plus vertueux, le plus élevé.

A peine le plan national adopté, on parle déjà de le revoir à la hausse…

Le débat est ouvert pour un rehaussement des objectifs européens. On doit adapter le plan belge comme si ce rehaussement allait être décidé. Et même si ne se passe pas, il faut s’y préparer. Nous allons demander à la plateforme wallonne du Giec d’entamer une réflexion là-dessus.

 
 
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