Démission du gouvernement Michel: «Une année perdue», «Inévitable» (éditos flamands)

Tout comme la presse francophone, les journaux flamands sont également abondamment revenus sur la démission du gouvernement Michel dans leurs éditoriaux mercredi matin.

► «Désastre», «We zijn (nog) in de pataten», «Pas de miracle de Noël» (éditos francophones)

La teneur générale qui en ressort est que cet acte était déjà dans l’air depuis un certain temps et qu’il était devenu inéluctable. Les commentateurs politiques soulignent en revanche la persévérance du Premier ministre qui a essayé jusqu’au bout de maintenir son gouvernement sur les rails.

De Standaard

Charles Michel « s’est plus entêté dans son chemin de croix que quiconque ne le pensait », écrit ainsi Karel Verhoeven dans De Standaard. « Hier midi, il a encore fait un ultime lancer au parlement vers une politique héroïque lorsqu’il a mis sur la table une toute nouvelle collaboration parlementaire. Il faut lui admettre cette intrépidité : plutôt mourir comme un Houdini à la recherche d’une sortie (un magicien illusionniste décédé sur scène, NDLR) que comme un canard boiteux paralysé par la N-VA. »

Que la démission du gouvernement Michel ait des répercussions électorales est indiscutable, selon Karel Verhoeven. « L’enthousiasme identitaire qui gagne toute l’Europe submerge la rue de la Loi », estime-t-il ainsi. « Charles Michel y a perdu son gouvernement et sa grâce. Mais avant que la N-VA ne crie victoire et ne fulmine encore plus, elle ferait mieux de se regarder dans le fond des yeux avec la question de savoir si elle ne perdra pas son âme. »

Het Nieuwsblad

« Le Premier ministre peut se vanter de sa persévérance mais est par contre busé en ce qui concerne le timing », lance la rédactrice en chef du Het Nieuwsblad. « La chute du gouvernement était devenue inévitable depuis des semaines et, hier, il a finalement levé le pied. »

Liesbeth Van Impe ne conteste ainsi pas que le chef du gouvernement a tenté jusqu’au bout de sauver son exécutif. « Il doit être le tout premier Premier ministre qui, dans un acte de désespoir, propose à l’opposition, durant les quatre derniers mois de la législature, de jeter par la fenêtre la politique menée ces quatre dernières années. »

La rédactrice en chef du Het Nieuwsblad se montre peu optimiste sur les conséquences de la chute du gouvernement : « qu’il y ait ou non des élections anticipées, 2019 est de toutes façons une année perdue en politique ».

Gazet van Antwerpen

Dans Gazet van Antwerpen, Dirk Hendrikx trouve que la journée de mardi a été « une fin en mode mineur » pour Charles Michel.« Pendant près d’une heure, il a fait le grand écart, avec un pied encore dans l’accord de gouvernement de droite et les autres se démenant pour trouver un soutien de la gauche. C’était un ballet politique de haut niveau et de l’équilibre sur un mince fil de crédibilité. »

Le Premier ministre « mérite mieux que cette sortie maladroite », poursuit l’éditorialiste. « Quatre ans durant, il a été un intendant irréprochable de son gouvernement. »

Het Belang van Limburg

« Un enfant mort-né depuis le début. » Voilà comment Timmie van Diepen, du Het Belang van Limburg, qualifie l’exécutif. Le SP.A pourrait dorénavant être considéré comme le creuset de la mort de ce gouvernement. Une interprétation que ne suit pas la journaliste. «  Quiconque examine les faits ne peut toutefois nier qu’il n’y a qu’un seul parti qui a plongé le pays dans une impasse politique, à savoir la N-VA. La conséquence est qu’il n’y a pas de budget pour l’année prochaine, la pénurie sur le marché du travail ne peut être abordée et notre pays ne sera pas en mesure de réagir aux conséquences du Brexit. »

De Tijd

« Les gaffes et les décisions mal choisies se sont succédé », assène Bart Haeck dans De Tijd. Avec pour résultat « un centre-droit avec la gueule de bois ». « Le premier gouvernement sans le PS depuis 1988 n’a pas achevé ses propres chantiers, tels que les professions lourdes qui donnent droit à une pension anticipée, le budget mobilité et jobs deal. Il existe en outre encore un trou dans le budget qui est aussi important que les discussions qui vont suivre sur de nouvelles taxes ou économies. »

De Morgen

« C’est en tout cas avec persévérance que le Premier ministre Charles Michel a continué à se battre pour un gouvernement condamné depuis longtemps, contre tout espoir », analyse Bart Eeckhout dans De Morgen. « L’honneur de la responsabilité de la chute du gouvernement Michel revient en réalité au Vlaams Belang et aux députés indépendants Vuye et Wouters. Avec quelques incendies radicaux de droite, ils ont tellement fait enrager le visage identitaire de la N-VA pour un pacte de l’Onu non contraignant, que le parti s’est lui-même jeté à la mer ». Notre pays est reparti pour une longue et sombre période d’instabilité institutionnelle avec des gouvernements paralysés, selon Bart Eeckhout.« Nous sommes déjà passés par là, durant 541 jours pour être précis. »

Het Laastste Nieuws

Depuis la sortie de la N-VA du gouvernement, le trône ne tenait plus que sur trois pieds. « Après que Charles Michel se soit agenouillé devant la gauche, hier à la Chambre, l’Open VLD en a aussi scié un. Deux pieds et vous êtes à terre », conclut enfin Jan Segers dans Het Laatste Nieuws. « Bien tardivement, le Premier ministre a réalisé qu’il n’avait plus rien sur le corps, comme s’il était l’empereur sans vêtements du conte de fées de Hans Christian Andersen. »

Mais le chef du gouvernement a ses mérites, bien qu’il laisse la plupart de ses chantiers inachevés. « Cela n’en aurait, hélas, pas été autrement s’il avait poursuivi la route avec son gouvernement. » Il est désormais certain que des semaines cruciales s’annoncent pour le pays. « Quels que soient les résultats redoutés, espérés ou craints : voter, dans tout au plus 40 jours, relève de la logique démocratique. »

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