Procès du Musée juif de Bruxelles: le Mossad, des ex-otages et «Donald Trump» convoqués à la barre

Sébastien Courtoy et Henri Laquay sont, avec Virginie Taelman, les avocats de Mehdi Nemmouche. © Reuters / François Lenoir.
Sébastien Courtoy et Henri Laquay sont, avec Virginie Taelman, les avocats de Mehdi Nemmouche. © Reuters / François Lenoir.

Barbe taillée de près, cheveux courts, sweat-shirt sur les épaules, Mehdi Nemmouche, accusé de l’attentat au Musée juif de Bruxelles du 24 mai 2014, a fait son entrée dans le box de la cour d’assises. A ses côtés, son coaccusé, le délinquant marseillais Nacer Bendrer.

>Procès Nemmouche: «Mon client est venu faire reconnaître son innocence»

Ce jeudi 20 décembre en matinée se tenait l’audience préliminaire de ce procès pour assassinats terroristes. Celle qui doit permettre d’arrêter une liste de témoins qui viendront s’exprimer à la barre au cours des débats. La défense de Nemmouche en a profité pour faire valoir une demande report du procès, qui devait commencer le 10 janvier  : « Nous demandons 15 jours de délais pour préparer la défense. Nous ne demandons pas la Lune ! », a lancé Henri Laquay, l’un de ses avocats. « Le parquet a bénéficié de plus de sept mois pour étudier le dossier, nous n’avons eu que deux mois et demi », a renchéri l’autre conseil de l’accusé, Sébastien Courtoy.

Cette demande a été rejetée par la cour. Les défenseurs des droits de Nemmouche en seront quittes avec une promesse « d’allègement de l’ordre du jour » de la première semaine de procès, « afin de laisser plus de temps pour préparer équitablement la ». Promesse de la présidente, Laurence Massart.

L’homme, accusé d’avoir tué quatre personnes en 2014 au Musée juif de Bruxelles, espère « voir son innocence reconnue » a annoncé Me Courtoy.

Nemmouche sûr de lui

Mehdi Nemmouche a pris la parole, à deux reprises. A chaque fois pour réclamer que ne soient pas auditionnées par la cour sa famille ou famille d’accueil. En tout six personnes, dont sa grand-mère « bientôt âgée de 79 ans ». L’accusé parle clair, les mots sont choisis. Il s’adresse avec déférence à la présidente : « La seule assurance pour moi que ne soient pas amenées de force ces personnes devant votre tribunal, c’est qu’elles ne soient pas inscrites sur la liste des témoins », a fait valoir le djihadiste de 33 ans.

« Nous ne souhaitons pas faire de ce dossier un dossier de l’émotion, a justifié Me Courtoy. Monsieur Nemmouche veut que l’on s’attache uniquement aux faits, rien qu’aux faits. Et Dieu sait qu’il y aura des choses à dire sur le fond du dossier. »

Me Courtoy a par ailleurs contesté une demande de l’accusation pour faire venir à la barre quatre journalistes français, ex-otages en Syrie, qui soupçonnent Mehdi Nemmouche d’avoir été leur geôlier. Un dossier dans lequel il a été mis en examen en France.

« Nous ne craignons pas ces témoignages, mais la Cour souhaite-t-elle que les preuves à apporter dans ce dossier soient remplacées par une autre affaire ? », a lancé Me Courtoy. « Nous ne souhaitons pas faire un procès dans le procès. »

Ce n’est pas l’avis de Michèle Hirsch, l’avocate du CCOJB, partie civile au procès. « Nous nous référons à la sagesse de la cour, mais il nous semble important d’entendre ces journalistes. Ils ont vu l’accusé en Syrie, ils l’ont vu agir en Syrie, ils l’ont entendu parler en Syrie. C’est un éclairage important », fait-elle valoir.

>Attentat au Musée juif de Bruxelles: Mehdi Nemmouche a procédé à un repérage à la veille de l’attentat

Le directeur du Mossad convoqué ?

Pour une simple audience technique, elle fut bavarde sur la stratégie de défense du suspect de la tuerie. Mehdi Nemmouche réclame notamment l’audition du directeur du Mossad, les services secrets israéliens. Ou encore des ambassadeurs d’Israël à Bruxelles et à Berlin.

Motif ? L’accusé veut explorer la piste d’un assassinat ciblé, qui aurait visé le couple Emanuel et Miriam Riva en voyage à Bruxelles, tués de deux balles dans la tête lors de leur visite au Musée. En clair : il n’y aurait pas d’attentat. « Pourquoi l’Etat islamique n’a-t-il pas revendiqué cette attaque ? Cela aurait été un triomphe pour eux : un bain de sang sur le sol européen, qui plus est contre la communauté juive… », interroge Sébastien Courtoy à la sortie de la cour d’assises.

Mehdi Nemmouche et ses avocats se défendent de toute théorie « complotiste ». Sur la présence des armes et des vêtements ayant servis lors de l’attaque, retrouvés dans les bagages de Nemmouche, l’intéressé « s’en expliquera au cours du procès ».

« Qu’il fasse même venir Donald Trump à la barre ! », a ironisé Me David Pardes, avocat de la famille Riva. Les parties civiles ne s’opposent d’ailleurs pas à la liste de témoins proposée par la défense. En revanche, seul l’avocat d’Unia, l’ancien Centre pour l’égalité des chances, n’a pas contesté la demande de report de 15 jours, « si cela peut assurer les droits de la défense ».

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