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Future coalition fédérale: de la Suédoise à la Jamaïcaine?

Au terme des prochaines élections, l’une de ces deux coalitions pourrait se dégager : la tripartite traditionnelle (socialistes, libéraux et CDH-CD&V) ou, plus vraisemblablement, la Jamaïcaine (libéraux, écologistes et CDH-CD&V).

Carte blanche - Temps de lecture: 6 min

La récente crise du gouvernement fédéral fait plus que remettre en cause l’option d’une reconduction (ou plutôt d’une réanimation) d’une coalition suédoise après le scrutin de mai 2019. Alors que ce scénario était privilégié par les partis au pouvoir il y a encore quelques semaines, l’attitude de la N-VA a totalement détruit la confiance qu’il est possible de placer dans ce parti. Pour reprendre les mots d’Alexander De Croo « La N-VA a changé deux fois d’avis. D’abord sur le pacte, ensuite sur le budget 2019 ». Dès lors, il est légitime de se demander quelles coalitions sont possibles sans le parti nationaliste et lesquelles sont les plus plausibles.

Quatre tripartites possibles

Pour répondre à ces questions, nous nous basons sur les rapports de force actuels entre partis politiques tels qu’ils émergent des récentes élections provinciales et des dernières enquêtes d’opinion (1). Sur base de ces données, il est d’abord frappant de constater que, contrairement à une idée largement répandue, la formation d’un gouvernement sans la N-VA ne serait pas arithmétiquement très difficile. Sachant que la nécessité d’une double majorité dans les deux groupes linguistiques a été rendue caduque par l’expérience de la suédoise, il ne serait pas nécessaire d’avoir recours à une quadripartite côté flamand.

Dès lors, on peut simplement étudier les quatre coalitions tripartites possibles et évaluer leur faisabilité politique. Pour cela il est nécessaire de se concentrer sur le paysage politique en Flandre, ses rapports de force et ses contraintes. En effet, dans l’hypothèse d’une coalition excluant la N-VA, ce sont les partis flamands qui se trouveraient dans la situation politique peu confortable de devoir expliquer à l’opinion publique que l’on exclut le plus grand parti de Flandre. C’est donc de la volonté de ces partis que dépend la réalisation ou non d’une coalition sans la N-VA.

L’Olivier et l’arc-en-ciel peu probables

Ayant cela à l’esprit, il est possible de mettre de côté deux coalitions : l’Olivier (socialistes, écologistes et CD&V – CDH) et l’arc-en-ciel (socialistes, libéraux et écologistes). La première, si tant est qu’elle soit possible arithmétiquement, semble difficilement acceptable dans une Flandre politiquement très marquée à droite. La seconde est également problématique puisqu’elle exclurait CD&V et N-VA, soit les deux premiers partis flamands. Ajoutons à ces arguments la relation étroite qui existe entre MR et CD&V, et plus personnellement entre Wouter Beke et Charles Michel. Il est probable que ces deux partis feront tout pour être ensemble au gouvernement.

Le sp.a en perdition

Dès lors, il reste deux coalitions crédibles : la tripartite traditionnelle (socialistes, libéraux et cdH-CD&V) et la Jamaïcaine (libéraux, écologistes et cdH-CD&V). Or la seconde formule est bien plus logique politiquement que la première pour au moins deux raisons. D’abord parce qu’une tripartite classique met dans l’opposition les écologistes alors que, tant au nord qu’au sud du pays, il s’agit de la force politique montante. Ensuite, il faut tenir compte tant de la faiblesse du Sp.a que de la mauvaise image du PS en Flandre. Le fait est peu souligné côté francophone, mais le Sp.a est aujourd’hui un parti en perdition : il plafonne à 10 % d’intentions de vote et les élections communales l’ont vu perdre son dernier atout à savoir sa force dans les grandes villes flamandes. Pour les partis flamands (CD&V et VLD), il est beaucoup plus facile de défendre une coalition inédite intégrant le parti qui a le vent en poupe (Groen), que le retour d’Elio Di Rupo au 16 rue de la Loi associé au repêchage d’un Sp.a moribond. Confrontés à une coalition jamaïcaine, la N-VA et le Vlaams Belang seraient en effet privés de leur meilleur ennemi : le PS francophone censé imposer à la Flandre une politique de gauche.

Les inconnues Ecolo et Open VLD

Pour qu’une telle coalition voie le jour, les partenaires les plus difficiles à convaincre sont logiquement ceux situés à ses extrêmes sur un axe gauche-droite, à savoir Ecolo et l’Open VLD. Chacun de ces partis pourrait se trouver mal à l’aise dans une coalition qu’il jugerait trop à droite ou trop à gauche. Ainsi, l’Open VLD pourrait privilégier une réanimation de la Suédoise. Mais le mauvais tour qu’a joué la N-VA à ses ex-partenaires laisserait probablement les libéraux flamands bien seuls à privilégier cette option. Le cas d’Ecolo est peut-être plus problématique. Il est difficile pour ce parti de laisser le PS et le PTB dans l’opposition, tout en étant en majorité avec les libéraux. En outre, on a vu une certaine proximité Ecolo-PS se développer, en particulier à Bruxelles lors de la confection des majorités communales. Mais si Ecolo est en position de force après le 26 mai, il pourrait gagner sur tous les tableaux : monter dans des majorités avec le PS lorsque c’est possible (Bruxelles et peut-être Wallonie) et sans eux lorsque ce n’est pas le cas (fédéral). Et concrètement, si les possibilités d’un Olivier et d’une coalition arc-en-ciel sont écartées, les écologistes se retrouveront au fédéral face à un choix simple : la Jamaïcaine ou l’opposition.

Sortir de l’alternative « PS ou N-VA »

En dernier lieu, précisons que l’ambition n’est nullement ici de prétendre prédire l’avenir. Le raisonnement mené se base sur les rapports de force actuels entre les partis – tels qu’ils sont mesurés par le résultat des élections provinciales et les sondages réalisés périodiquement. Ces rapports de force peuvent être largement modifiés d’ici les prochaines élections fédérales. L’objectif est plutôt de convaincre que la coalition jamaïcaine est une option à considérer sérieusement et qu’il faut dès lors sortir de la sempiternelle alternative « Suédoise bis » ou « tripartite classique ». Il s’agit par la même occasion de sortir de l’alternative « PS ou N-VA » et considérer que ces partis peuvent se retrouver tous les deux dans l’opposition. Cela nécessite certainement un certain effort psychologique puisque ces deux partis dominent le paysage politique dans leur communauté depuis presque 10 ans.

Ce faisant, l’option jamaïcaine présente un avantage certain en termes d’équilibre communautaire. En effet on ne pourra pas reprocher à un tel gouvernement d’être dominé par les francophones ou les Flamands puisque les deux premiers partis de chaque communauté en sont exclus. Notons enfin que, s’ils sont le premier parti dans leur communauté, tant le PS que la N-VA constituent aussi le parti repoussoir pour l’autre communauté. Une coalition jamaïcaine regrouperait donc des partis non problématiques pour une majorité de Flamands comme de francophones. Et c’est là qu’avancer l’hypothèse d’une telle coalition présente un intérêt politique certain pour les partis flamands concurrents de la N-VA. On ôterait en effet au parti séparatiste l’un de ses principaux arguments de campagne : votez pour nous ou ce sera le retour du PS.

(1) Sondages Kantar TNS pour VRT/De Standaard/La Libre/RTBF (18/12/2018) et ISPOS pour RTL/Le Soir (7/12/18).

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