Procès Nemmouche: le tireur a changé d’arme lors de l’attaque

© Belga/Igor Preys
© Belga/Igor Preys

Le procureur fédéral Bernard Michel a entamé la lecture de l’acte d’accusation jeudi après-midi, devant la cour d’assises de Bruxelles, lequel retrace tout d’abord le déroulement des faits de l’attentat au Musée juif de Belgique. On y apprend que les images des caméras de vidéo-surveillance révèlent que le tireur a changé d’arme, après une première salve de tirs. Dans ce procès, Mehdi Nemmouche et Nacer Bendrer sont accusés d’être auteurs ou co-auteurs de l’attaque terroriste commise le 24 mai 2014 au Musée juif de Belgique à Bruxelles.

Le samedi 24 mai 2016 à 15h50, la police de la zone Bruxelles Capitale-Ixelles a été avisée que des coups de feu ont été entendus place du Sablon à Bruxelles. Selon les premières informations, deux personnes sont décédées et une troisième blessée. C’est ainsi que, selon l’acte d’accusation dressé par le parquet fédéral, l’enquête sur l’attentat du Musée juif a débuté.

Une patrouille, qui se trouvait à proximité des lieux, s’est alors rendue sur place. A 15h54, les premiers intervenants ont constaté un attroupement de plusieurs personnes devant le numéro 21 de la rue des Minimes, soit au Musée juif de Belgique.

Une fois la porte d’entrée passée, les policiers ont découvert une femme et un homme couchés par terre, sur le dos, dans une mare de sang. Les deux victimes, identifiées plus tard comme étant Emanuel et Miriam Riva, ont été atteintes d’une balle dans la tête. Les secours, qui ont ensuite rejoint la patrouille de police, n’ont pu que constater leur décès.

Les policiers ont ensuite découvert qu’une troisième victime, un jeune homme, identifié plus tard comme étant Alexandre Strens, gisait au coin de l’allée d’entrée et du local d’accueil du musée. Celui-ci présentait une blessure à la tête mais respirait encore.

Enfin, les premiers intervenants ont découvert une quatrième victime dans le local d’accueil, derrière un bureau. Celle-ci a plus tard été identifiée comme étant Dominique Sabrier. Elle était, elle aussi, atteinte d’une balle dans la tête. Les secours n’ont pu que constater son décès.

Le jeune homme blessé a été immédiatement emmené à l’hôpital Saint-Pierre, non loin de là. Il y est décédé des suites de ses blessures le 6 juin 2014.

Les images de vidéo-suveillance

Immédiatement après les faits, la police a interrogé de nombreuses personnes présentes dans et aux alentours du musée lors des faits. Mais surtout, elle a visionné les images de vidéo-surveillance du bâtiment.

L’acte d’accusation expose que, sur celles-ci, on voit un homme vêtu d’un pantalon noir, d’une veste plus claire et d’une casquette sombre franchir la porte d’entrée du musée. L’homme est porteur de deux sacs noirs, dont un en bandoulière.

Absorbés par la lecture des prospectus du présentoir à l’entrée, les époux Riva, deux touristes israéliens, ne voient pas l’homme arriver. Celui-ci sort alors une arme de poing de son sac, se positionne bras tendu derrière le couple et fait feu à deux reprises.

Sans marquer d’arrêt, l’homme avance ensuite jusqu’au bureau d’accueil. Il pointe son arme en direction de Dominique Sabrier, bénévole du musée, puis, se rendant compte qu’Alexandre Strens, employé de l’établissement, arrive vers lui, il tire dans sa direction.

L’individu pointe ensuite à nouveau son arme vers Dominique Sabrier, laquelle s’accroupit derrière le bureau et semble vouloir atteindre quelque chose. L’auteur tire mais sans résultat. Il sort alors une arme plus longue d’un de ses sacs et tire sur la bénévole.

Une cavale de six jours

L’auteur présumé de l’attentat au Musée juif de Belgique a vu sa cavale prendre fin le 30 mai 2014, six jours après les faits, à bord d’un bus qui arrivait à Marseille en provenance de Bruxelles. Arrêté en possession des armes utilisées lors de la tuerie, Mehdi Nemmouche avance qu’il les avait volées dans une voiture deux jours avant son arrestation. L’audience a été levée à 15h40 pour une pause d’un quart d’heure.

Après avoir détaillé les faits survenus au Musée, les magistrats se sont attaqué au passage concernant l’arrestation et les premières auditions de Mehdi Nemmouche.

Le bus à bord duquel ce dernier embarque à la gare du Nord de Bruxelles, le 29 mai à 19h15, arrive le lendemain vers 12h30 à la gare Saint-Charles de Marseille. La veille de son départ, lors de l’achat de son billet, l’accusé a été filmé en compagnie d’un homme que l’enquête n’a pas permis d’identifier.

A l’arrivée du bus, trois agents des douanes montent à bord pour effectuer un contrôle d’identité. Le fugitif, rasé de près et bien habillé, présente son passeport mais reste assez vague sur les raisons de son voyage, selon les douaniers. Ces derniers décrivent son attitude comme «faussement sereine», puis agitée lorsqu’ils ont commencé à fouiller les passagers.

L’un des agents remarque un sac sur un siège inoccupé, à proximité de Mehdi Nemmouche. Le douanier, en entrouvrant le sac, repère un chargeur enclenché dans une masse qu’il assimile à un fusil d’assaut. Lorsqu’il demande ensuite à l’accusé de se lever, il constate qu’il est armé d’un revolver chargé et le suspect est immédiatement menotté. Après avoir brièvement nié, Mehdi Nemmouche reconnaît que le sac lui appartient. Il apparaît aux douaniers comme plus détendu une fois interpellé.

Interrogé davantage sur le contenu de ses bagages - outre la kalachnikov et le revolver, 312 munitions pour les deux armes ont été trouvées dans sa sacoche en soute -, l’accusé répond de manière «zen» et par moments «hautaine ou arrogante», tout en réfléchissant à ses mots et en éludant les questions importantes, selon les douaniers.

Entendu une première fois dans la foulée, Mehdi Nemmouche affirme avoir volé deux jours plus tôt, dans une voiture, les armes et les sacs - contenant notamment des gants, une cagoule, une casquette, un ordinateur et un blouson sur lequel est fixée une caméra -, dans un quartier de Bruxelles dont il ne se souvient pas. Il précise avoir rallié Marseille dans le but de revendre le fusil et le revolver. Il réfute tout lien avec une mouvance islamiste.

Lors des nombreuses auditions qui suivront, le suspect invoquera quasiment systématiquement son droit au silence.

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