«2018 a été une année particulièrement faste»

Roland de Lathuy, managing director de Christie’s Belgium : « Il est certain que d’autres ensembles prestigieux viendront sur le marché. »
Roland de Lathuy, managing director de Christie’s Belgium : « Il est certain que d’autres ensembles prestigieux viendront sur le marché. » - DR

Roland de Lathuy dirige l’antenne belge (et luxembourgeoise) de Christie’s depuis 1999. Avant d’accéder à cette fonction, il a travaillé pour la maison de King Street pendant 8 années. Ces presque trois décennies d’expérience lui permettent d’avoir le recul nécessaire pour poser un regard autorisé sur le marché actuel, à l’aube d’une nouvelle année pendant laquelle les grands acteurs internationaux ne peuvent qu’espérer qu’elle soit encore plus extraordinaire que 2018.

L’an passé, Christie’s a dispersé la Collection Rockefeller ainsi que d’autres collections de renom. Et Sotheby’s n’a pas été en reste. Pensez-vous que les grandes maisons de ventes vont continuer cette course à la dispersion d’ensemble prestigieux ?

2018 a été une année particulièrement faste : nous avons eu le plaisir pendant la première moitié de l’année de disperser des collections exceptionnelles comme la collection de Peggy et David Rockefeller dont le total a réalisé la somme record de 832,6 millions de dollars, mais aussi des collections plus spécialisées comme la collection d’art précolombien du Prix Nobel belge Ilya Prigogine. Une collection de l’importance de celle de Peggy et David Rockefeller n’apparaît que tous les dix ans sur le marché. La précédente collection aussi importante était celle d’Yves Saint Laurent que nous avons dispersée en 2009. Ceci dit, les grandes maisons internationales sont incontournables pour gérer les ventes de cette ampleur grâce à leur expertise, leur puissance promotionnelle et les services financiers aujourd’hui obligatoires. Il est donc certain que d’autres ensembles prestigieux viendront sur le marché.

Ne craignez-vous pas que ces dispersions fleuves engorgent le marché ? Les ventes de novembre à New York furent incroyables en termes de quantité d’œuvres prisées au-delà du million de dollars…

En ce qui concerne la seconde partie de l’année et en particulier les ventes de New York en novembre, les prix étaient élevés mais c’est surtout la qualité et la rareté d’un petit nombre d’œuvres qui étaient étourdissantes. Deux exemples : Chop Sue par Edouard Hopper était le dernier tableau de cette importance de cet artiste américain phare de l’avant-guerre encore en main privée. L’autre était Pool with two figures de David Hockney, une œuvre emblématique par l’un des plus grands peintres figuratifs de l’après-Guerre. Chaque tableau a attiré un intérêt considérable et ils ont atteint chacun plus de 80 millions de dollars. Il s’agissait de la dernière occasion d’entrer en possession de ces chefs-d’œuvre. Tant que des œuvres d’une telle rareté nous sont confiées, je ne crains pas l’engorgement.

Bien entendu, ces ventes « événements » concernent avant tout l’art depuis 1900, et surtout l’art depuis 1945. Comment, en tant que spécialiste de la peinture ancienne, analysez-vous le marché de celle-ci ?

La collection Albada-Jelgersma d’art flamand et hollandais du XVIIe siècle, il y a un mois à Londres, était un excellent test. Les tableaux peints par les grands maîtres ont connu un grand succès, même si on ne parle pas de montants aussi astronomiques que pour l’art du XXe siècle. Les tableaux plus décoratifs ont quant à eux un peu peiné. Deux jours auparavant un dessin à la craie noire par l’artiste renaissant Lucas van Leyden a dépassé les 10 millions de livres sterling, un montant que seul un dessin de Raphaël avait atteint auparavant.

Même si Christie’s a fermé de nombreux départements et semble se concentrer sur ceux qu’elle considère comme les plus rentables, ce serait faux de croire que votre maison de ventes ne négocie que des pièces à des prix stratosphériques. Les pièces les moins importantes sont souvent proposées dans des ventes « online ». J’imagine que celles-ci vont encore se développer à l’avenir…

Les ventes « online » sont les ventes qui se développent avec le rythme le plus rapide. Cette année, nous avons pu disperser une belle collection de gravures de James Ensor par ce biais et l’on pouvait s’y faire plaisir entre 1.000 et 10.000 euros.

Vous êtes à la tête d’un bureau de représentation et votre rôle est de « sourcer » des œuvres à vendre, même si une grande partie de votre travail consiste à assister les clients belges de Christie’s. Quelle évolution avez-vous connue dans ce métier de « chercheur d’œuvres d’art à vendre » depuis vos débuts ?

En près de trente ans, le marché a considérablement changé : accélération des prix de l’art contemporain, évolution des goûts et des modes, influence des acheteurs russes puis asiatiques et du Moyen-Orient, changement du comportement des collectionneurs qui se concentrent moins sur une catégorie mais qui sont à la recherche de chefs-d’œuvre dans différents domaines, progression des particuliers qui prennent l’habitude d’acheter en vente et remplacent les marchands traditionnels. Et je pense que le marché va encore beaucoup évoluer dans les prochaines années.

 
 
À la Une du Soir.be
À découvrir sur Le Soir +
 

Vos réactions

Règles de bonne conduite / Un commentaire abusif? Alertez-nous

Le choix de la rédaction
  1. Après un mois de tractations, l’informateur Paul Magnette a souhaité mettre un terme à sa mission. © Belga.

    Négociations fédérales: le scénario de l’arc-en-ciel amélioré… après une auto-exclusion de la N-VA

  2. En théorie, une limitation de vitesse fluidifie le trafic et retarde la congestion. Dans le cas du ring de Bruxelles, pas sûr que ça suffise. © Photo News.

    Le ring de Bruxelles à 100 km/h: décélérer ne le rendra pas beaucoup moins polluant

  3. Les drapeaux russe et olympique à la cérémonie de clôture des JO 2014 à Sotchi. Il semble cette fois acquis que le drapeau russe ne flottera pas au Japon.

    L’Agence mondiale antidopage sans pitié pour le sport russe

La chronique
  • Dans la hotte de saint Nicolas :{couques}, {nicnacs} et {spéculoos}

    Pour nombre d’entre nous, le 6 décembre fait revivre des souvenirs dont l’évocation suffit à nous convaincre que les enfants sages d’antan étaient bien différents de ceux d’aujourd’hui. Pourtant, même si le contenu de la hotte du grand saint a bien changé, il recèle quelques indémodables qui suscitent chez petits et grands un même élan de gratitude vis-à-vis de ce mystérieux visiteur à qui l’on pardonne bien volontiers son intrusion d’un soir. Dans le sillage de celui-ci, cette chronique vous offre quelques friandises linguistiques qui ont bravé les décennies, tout comme les réalités qu’elles désignent.

    Une couque de Dinant, pas de Reims

    Pas de hotte de saint Nicolas sans couque, gourmandise lexicographique de solide consistance. Une couque bien différente de ces pâtisseries à base de pâte briochée que sont, en Belgique, la couque suisse et la couque au beurre (avec ses déclinaisons aux raisins et au chocolat). Il s’agit d’un pain d’épices à pâte très ferme, ce qui...

    Lire la suite

  • PS et N-VA: casa Kafka

    Et donc voilà Paul Magnette qui reprend cet après-midi le chemin du palais royal. Après des mois utilisés par d’autres à « dégager le terrain » – une manière cosmétique d’occuper le vide –, le président du PS a fait le boulot. Il pourrait même ne pas venir les mains vides : il aura à tout le moins essayé un scénario qui aurait sorti le pays de la crise et d’une transition en affaires courantes de moins en moins légitime démocratiquement. Il aurait produit un gouvernement. Ric-rac, mais un gouvernement....

    Lire la suite