Jouer les contrastes

Native est une jeune maison belge dont la réputation n’est plus à faire dans les arts tribaux. Depuis deux ans, elle joue la carte de la diversité en proposant également quelques pièces d’art moderne, de mobilier et de design. Une volonté éclectique qui s’inscrit dans l’air du temps et le goût personnel des deux associés, Sébastien Hauwaert et Nicolas Paszukiewicz.

Statue fang (Gabon) en bois et laiton, de 30.000 à 40.000 euros.
Statue fang (Gabon) en bois et laiton, de 30.000 à 40.000 euros. - D.R.

En pleine effervescence – week-end de Brafa oblige –, ils présentent la collection d’Helmut Zake en provenance de Heidelberg en Allemagne ainsi que des œuvres issues d’une collection belge – celle des marchands Odette et René Delenne – et des pièces d’origines variées, dont une statue fang (Gabon) en bois et laiton dont on peut retracer la provenance sur un siècle (estimation de 30.000 à 40.000 euros).

Côté mobilier, l’amateur trouvera quelques belles pièces signées Marcel-Louis Baugniet, Fernand Petit, Willy Van der Meeren, Charlotte Perriand-Le Corbusier ou Gustave Serrurier-Bovy – une singulière étagère ajustable en chêne (1905, 3.000-5.000 euros). Epinglons une chaise de Joseph Diongre réalisée pour la Maison de la radio à Flagey (1933, 800-1.200 euros), une lampe de table de Pierre Soulie en métal chromé (1970, 2.000-3.000 euros) et une rare chaise longue « Distex » et son repose-pieds de Gio Ponti, créée en 1953 et présentée à la Triennale de Milan l’année suivante (modèle 807, 15.000-20.000 euros).

Seront également vendus quelques bijoux contemporains signés Christophe Gevers, Bent Knudsen, Line Vautrin, ainsi qu’un Papier de chocolat d’or froissé de Jean Nouvel (1945, 3.000-4.000 euros).

L’art moderne est représenté par une huile sur toile de Pierre Dmitrienko en provenance de la collection Joseph-Berthold Urvater (1953, 15.000-20.000 euros), un tableau de Serge Vandercam (encre et tempera marouflé sur toile, 2.500-3.000 euros), une huile de Marthe Wery (Construction Damier II, 7.000-9.000 euros) et une très belle œuvre de Walter Leblanc dans son encadrement d’origine (Relief Sable, 1961, 7.000-10.000 euros).

Pour les amateurs de trouvailles singulières, signalons un ensemble de sept impressions sur gélatine de 1926 représentant des villages et ethnies d’Afrique (Congo, Nigeria, Cameroun, 2.000-3.000 euros) et un autre de 17 photographies du début du XXe  siècle figurant les coutumes pende (600-800 euros).

Un certain regard

Du couple Delenne, propriétaires de la galerie Antilope à Bruxelles dans les années 1960, mentionnons la très belle qualité des masques et statues en provenance d’Afrique (Mali, Nigeria, Gabon, Côte d’Ivoire, Congo, avec des estimations allant de 1.000 à 6.000 euros), mais aussi un bel ensemble de pièces aborigènes ainsi que des objets originaires d’Alaska (une amulette inuit en ivoire de morse, 600-800 euros), de Nouvelle-Zélande (un pendentif en néphrite, entre 6.000 et 8.000 euros) ou deux statues en bois de Nouvelle-Guinée (2.500-6.000 euros).

Autres raretés : une massue en bois U’U originaire de Polynésie française, remontant vraisemblablement au XVIIIe  siècle (20.000-30.000 euros), un tableau de l’artiste abstrait philippin Hernando Ruiz Ocampo (1911-1978, 15.000-20.000 euros) et une édition originale en bon état d’un ouvrage pionnier sur les Indiens d’Amérique illustré par George Catlin (1848, 1.500-2.000 euros).

Les amateurs de la Sécession viennoise seront peut-être intéressés par une édition originale du premier volume de Die Fläche, comportant 124 pages illustrées entre autres par Moser, Hoffmann, Klimt (1903-1904, 5.000-7.000 euros).

Dernier temps fort de la vacation, les pièces de Helmut Zake, collectionneur d’art africain au long cours : l’homme a côtoyé des figures comme Walter Kaiser et Michel Gosse, et assemblé au fil du temps un important ensemble d’Afrique de l’Ouest (Mali, Côte d’Ivoire) qui constitue le point fort de sa collection. Il avait aussi à cœur d’ouvrir le regard des amateurs sur les qualités esthétiques de la statuaire africaine.

Gio Ponti, Chaise longue «
Distex
» et son repose-pieds, 1953, modèle 807, de 15.000 à 20.000 euros.
Gio Ponti, Chaise longue « Distex » et son repose-pieds, 1953, modèle 807, de 15.000 à 20.000 euros. - D.R.

Native met enfin en vente 25 pièces de sa collection : principalement de très beaux spécimens de statuaire en bois ou en bronze du Nigeria (Yoruba, Ibeji, Ogboni, Igbo, Eket) ainsi que quelques pièces du Cameroun et de la RD Congo.

« Art tribal, art moderne et mobilier du 20e siècle », exposition publique du 22 au 25 janvier de 11 à 18 heures, le 26 de 10 à 16 heures, vente le samedi 26 janvier à 19 heures, Galerie de Ruysbroeck, 5 rue de Ruysbroeck, 1000 Bruxelles, 02-514.04.42, www.native-auctions.com

 
 
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