Les députés britanniques prêts à rejeter l’accord de Brexit de Theresa May

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Les députés britanniques devraient rejeter mardi l’accord de divorce conclu avec l’Union européenne par la Première ministre conservatrice Theresa May, lors d’un vote historique qui risque d’aggraver l’incertitude sur l’avenir du Royaume-Uni.

Leurs débats s’achèveront en fin d’après-midi avec une intervention de Theresa May. Le vote est attendu vers 20H00 GMT, après l’examen de quatre amendements qui demandent des modifications de l’accord.

«A quoi jouez vous? Vous n’êtes pas des enfants, vous êtes des législateurs!», a lancé aux députés l’attorney general (ministre chargé de conseiller juridiquement le gouvernement), Geoffrey Cox, en ouvrant les débats, mettant en garde les députés contre les dangers d’un divorce sans accord.

Nul ne s’attend à ce que les députés adoptent le texte et l’inconnue est plutôt l’ampleur de défaite, qui influera sur la suite: démission de la Première ministre, report du Brexit voire pas de Brexit... Tous les scénarios restaient possibles.

Le Royaume-Uni doit en principe quitter l’UE le 29 mars. En cas de «retrait ordonné», prévu par l’accord, Londres et Bruxelles commenceraient à discuter de leur future relation commerciale.

En première ligne dans ce dossier côté européen, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker est retourné à Bruxelles, après une intervention à Strasbourg, pour «gérer la situation après le vote», a déclaré son porte-parole.

Le vote a ravivé les passions dans un Royaume-Uni profondément divisé depuis le référendum de juin 2016, avec une classe politique se montrant incapable de se mettre d’accord sur le type de relation souhaité avec l’UE, entre rupture franche et maintien de liens étroits.

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«Rien n’a changé»

La tension était palpable dans les milieux financiers, prêts à faire face à une forte volatilité des actifs britanniques, livre sterling en tête. La monnaie britannique perdait un peu de terrain face au dollar et à l’euro mardi en fin de journée.

Les salles des marchés des grandes banques et des sociétés de courtage devaient être animées jusqu’à très tard, et la puissante Association des constructeurs et des vendeurs automobiles (SMMT) a mis en garde contre «les conséquences catastrophiques» d’une sortie sans accord.

La fébrilité régnait également autour du Parlement, où étaient rassemblés militants pro et anti-Brexit, drapeaux du Royaume-Uni ou de l’UE à la main.

Les partisans d’un second référendum mettaient en scène une Theresa May en carton-pâte à la proue d’un bateau «HMS Brexit» en train de foncer sur un iceberg, tel le Titanic.

Dans l’autre camp, Simon Fisher agitait un drapeau «Partir, c’est partir (de l’UE)». «La seule chose qui réussisse à unir le pays jusqu’ici, c’est cet accord et la haine qu’il suscite», a-t-il argué.

Initialement prévu en décembre, le vote avait été reporté à la dernière minute par Mme May pour éviter une défaite annoncée et tenter d’obtenir des «assurances» supplémentaires des dirigeants européens.

Ceux-ci se sont contentés de réaffirmer lundi que l’UE «ne souhaite pas» l’entrée en vigueur de la disposition la plus controversée de l’accord, celle du «filet de sécurité» («backstop» en anglais).

Cette option de dernier recours prévoit de maintenir le Royaume-Uni dans une union douanière avec l’UE pour éviter le rétablissement d’une frontière physique entre l’Irlande et la province britannique d’Irlande du Nord, si aucune autre solution n’est trouvée à l’issue de la période de transition post-Brexit.

Les «Brexiters» de son Parti conservateur y voient une forme d’ancrage indéfini dans l’UE et le petit parti unioniste nord-irlandais DUP une menace pour l’intégrité du Royaume-Uni.

Ces garanties ont laissé froid le DUP, dont le soutien est indispensable à Theresa May pour disposer d’une majorité absolue au Parlement. «Nous avons combattu une campagne terroriste (de l’IRA, ndlr) afin de rester membre du Royaume-Uni... Nous ne laisserons pas des bureaucrates à Bruxelles nous séparer du reste du Royaume-Uni», a lancé sur la BBC Sammy Wilson, chargé du Brexit au sein du DUP.

Pour l’opposition travailliste comme pour les libéraux-démocrates (europhiles) et les nationalistes écossais du SNP, «rien n’a changé».

May «déterminée»

Le chef du Labour Jeremy Corbyn compte déposer une motion de censure pour déclencher des législatives anticipées en cas d’échec du texte. «Cet accord va être enterré (...) Il est temps de laisser le peuple s’exprimer», a déclaré John McDonnell, un des ténors travaillistes.

Theresa May, dont l’avenir est suspendu à ce vote, doit s’exprimer une fois connu le choix des députés.

«La Première ministre est déterminée à mettre en oeuvre le vote des Britanniques en faveur d’un départ de l’UE», a déclaré un porte-parole de Downing Street, excluant l’idée d’une démission.

Theresa May aura trois jours après le rejet du vote pour présenter son «plan B». Plusieurs possibilités s’offrent à elle: s’engager à revenir négocier à Bruxelles, ou encore demander un report de la date du Brexit.

La dirigeante ne projette toutefois pas de se rendre mercredi à Bruxelles, selon ses services.

Le chef de la diplomatie allemande Heiko Maas a évoqué mardi la poursuite de discussions en cas de rejet, tout en prévenant qu’il ne pouvait pas y avoir de changement «substantiel» à l’accord.

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