Football Leaks: le lanceur d’alerte arrêté collabore avec la justice française

La justice hongroise a 60 jours pour se prononcer sur la demande d’extradition du Portugal.
La justice hongroise a 60 jours pour se prononcer sur la demande d’extradition du Portugal. - D.R.

Rui Pinto, le jeune Portugais interpellé mercredi soir à Budapest, refuse d’être extradé vers le Portugal. Il collabore avec les justices française et suisse, a annoncé son avocat. En première instance, les magistrats hongrois ont accepté qu’il quitte la prison et soit placé sous surveillance électronique.

Avant son interpellation mercredi soir à Budapest, Rui Pinto, un lanceur d’alerte lié aux Football Leaks, avait accepté de coopérer avec le parquet national financier (PNF, l’autorité française chargée de traquer la grande délinquance financière), a expliqué un de ses conseils, William Bourdon, jeudi soir à l’AFP. « Rui Pinto collabore étroitement avec le bureau du procureur national financier en France », a précisé l’avocat. Une information qui a été confirmée par une autre source au Soir et à ses partenaires du réseau EIC (European Investigative Collaborations). Le PNF n’a, pour sa part, pas souhaité commenter.

Un dossier avait été ouvert par le PNF en décembre 2016 pour suspicion de « fraude fiscale aggravée », donnant ainsi suite aux premières révélations du Soir et de ses partenaires du réseau EIC. L’enquête visait notamment le milieu de terrain du PSG Angel Di Maria, elle s’est depuis lors soldée par un non-lieu, le joueur ayant mis fin à ses montages fiscaux avant de quitter l’Espagne pour la France. La justice française s’intéresse aussi aux joueurs Javier Pastore et Lucho Gonzalez, ce dernier étant suspecté d’avoir reçu au Panama l’argent versé par un de ses sponsors alors qu’il jouait à Marseille.

Me Bourdon a également annoncé au réseau EIC que son client, Rui Pinto, avait accepté de coopérer avec le procureur spécial helvétique Damian K. Graf, chargé depuis le 23 décembre 2018 d’investiguer sur les relations qu’entretenait un autre procureur suisse, Rinaldo Arnold, avec le président de la Fifa, Gianni Infantino. Damien K. Graf n’a pu être joint par le réseau EIC.

Bracelet électronique

Par ailleurs, une première audience s’est tenue ce vendredi matin à Budapest, son objet était l’extradition – volontaire ou non – de Rui Pinto. L’arrestation de ce dernier en Hongrie est en effet la conséquence d’un mandat d’arrêt européen de 11 pages lancé par les autorités portugaises, lesquelles le suspectent notamment de tentative d’extorsion de fonds (une prévention qui est contestée par Rui Pinto et son conseil), de vol de données et de violation de secrets. « Les magistrats ont demandé à Rui Pinto s’il acceptait de se soumettre à une procédure d’extradition simplifiée, ce qu’il a refusé, a expliqué Me Bourdon au réseau EIC. La justice hongroise a maintenant 60 jours pour décider si mon client doit être extradé vers le Portugal. Ce qui fera l’objet d’une prochaine audience, au cours de laquelle M. Pinto contestera la demande d’extradition lancée par les autorités portugaises. »

La fondation franco-américaine Signal Network, qui a pour objet la protection des lanceurs d’alerte, a quant à elle confirmé vendredi par communiqué qu’elle apportait tout son soutien au jeune Portugais, les révélations issues des Football Leaks étant d’un « grand intérêt public ». « Des investigations sur ces leaks ont été menées par des médias internationaux de premier plan (…) Aucun des articles publiés n’a été l’objet d’une plainte pour diffamation (…) Un grand nombre de révélations liées aux Football Leaks ont provoqué l’ouverture d’investigations judiciaires à travers l’Europe, en France, en Suisse, en Espagne et même aux Etats-Unis. » « Pour ces raisons, Rui Pinto mérite d’être soutenu par ceux qui ont pour mission de défendre la liberté de la presse et le journalisme d’investigation. »

Jo. Ma. (avec EIC)

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