La Brafa, «Old Lady» des foires d’art en Europe

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Harold t’Kint de Roodenbeke, président de la Brafa : « Notre véritable tournant fut le déménagement vers Tour et Taxis, il y a plus de dix ans ».
Harold t’Kint de Roodenbeke, président de la Brafa : « Notre véritable tournant fut le déménagement vers Tour et Taxis, il y a plus de dix ans ». - Crooy

Rencontre avec Harold t’Kint de Roodenbeke, président de la Brafa.

Vous présidez la Brafa depuis sept éditions, quels sont les changements dont vous êtes le plus fier ?

Pas de fausse ni de vraie modestie à ce titre ! Il n’était pas question de bouleverser ni de transfigurer une machine en bon état de fonctionnement. Le travail de développement a débuté il y a plus de 60 ans. La Brafa se targue d’être la « Old Lady » des foires d’art en Europe. Notre véritable tournant fut le déménagement vers Tour et Taxis il y a plus de dix ans, lorsque nous avons été enfin capables d’accueillir un nombre significatif d’exposants (aux alentours de 130), de quoi offrir de nouvelles perspectives. En arrivant, j’ai simplement restructuré et établi, et cela en bon accord avec le conseil et l’équipe, des procédures objectives quant à la sélection des exposants tout en développant la communication internationale.

D’aucuns reprochent à la Brafa son virage vers l’art du XXe siècle et vers l’art contemporain au détriment des antiquités classiques…

Je suis persuadé que, sans l’art contemporain, nous ne serions pas à ce niveau de qualité. L’idée est venue naturellement quand, il y a quatre ans, l’on m’a questionné pour savoir si toutes les époques étaient représentées sur la foire. En étant parfaitement honnête, le premier marché (galeries vendant des œuvres de leur artiste et ce pour la première fois) n’était en fait représenté que par un seul participant. Cette section s’est alors imposée très rapidement et la demande était pressante. Nous avons choisi de proposer des exposants de référence dans ce domaine afin d’obtenir une première approche qualitative de l’art d’aujourd’hui. La symbiose et le succès furent immédiats. Non seulement une nouvelle clientèle, toutes générations confondues, est apparue, mais celle-ci s’est aussi intéressée à d’autres domaines de l’art.

Les invités d’honneur de cette édition sont un couple d’artistes de légende…

Ma connaissance lacunaire de leur œuvre se limitait à une image gentiment provocatrice. Je trouvais néanmoins que leur attitude et leur côté décalé un brin surréaliste collaient parfaitement à l’idée qu’on peut se faire de notre bonne Belgique. Après une semaine de vacances à étudier leur travail, j’ai découvert une profonde réflexion sur notre société et ses déviances. Témoins privilégiés de notre temps, telle une sculpture vivante, Gilbert and George tentent de forcer notre réflexion sur les grands thèmes sociopolitiques inhérents au monde moderne. Leur quête, leur combat reste un partage axé sur leurs émotions et au travers desquelles ils délivrent des messages, pour un monde plus juste et sans frontières. À la fois touchants et provocateurs, ils sont de véritables icônes de l’art contemporain, à découvrir sans modération sur la foire au travers de leurs œuvres, et notamment à l’occasion d’une conférence sur le site de Tour et Taxis le jeudi 24 janvier.

Cette année est également l’occasion de fêter le centenaire de la Chambre royale belge des antiquaires…

Un centenaire, cela se fête ! Présentée sous forme d’un cabinet d’amateur modernisé, le visiteur pourra admirer une sélection d’œuvres rares, étonnantes ou simplement superbes. Ceci sans oublier la présentation de leur nouveau livre, la découverte d’une multitude d’anecdotes, d’histoires et d’objets qui ont jalonné 100 ans de vie de marchands d’art.

Vous travaillez sur plusieurs fronts. Vous essayez d’attirer des marchands de qualité, mais vous voulez également faire venir une clientèle d’acheteurs potentiels. Qu’est-ce qui est le plus difficile ?

Tout est intimement lié, pour faire venir de grands collectionneurs européens, il faut de quoi nourrir leur appétit d’œuvres. La qualité reste le maître choix en étoffant l’offre des galeries. Dans un marché concurrentiel, les clients sont sans cesse sollicités ; les déplacer au cœur de notre hiver bruxellois reste un défi que nous relevons chaque année.

La Brafa attire-t-elle des visiteurs d’autres continents ?

Notre ambition est avant tout de contrôler les pays limitrophes, plus faciles d’accès, par rayons de plus en plus larges. L’idée est de s’étendre progressivement en Europe, de maîtriser les marchés et leur clientèle. L’investissement pour déplacer des clients intercontinentaux est trop important alors qu’il reste un travail substantiel chez nous.

Comment souhaiteriez-vous encore améliorer le salon ?

Travailler dans la continuité, avec rigueur tout en étoffant notre offre dans des domaines qui restent incomplets ou manquants comme la photographie XIXe-XXe ou même le dessin ancien. Avis aux candidats !

Une vieille dame pleine d’énergie

Par Jean-Marie Wynants

Démarrant ce samedi 26 janvier pour le grand public (mais dès mercredi pour les collectionneurs importants et autres invités) la Brafa est devenue depuis quelques saisons le premier événement artistique incontournable de l’année. En raison du calendrier bien sûr mais aussi et surtout en raison du rajeunissement qu’elle a su opérer en douceur. Plutôt qu’un lifting pur et dur avec ravalement de façade complet donnant l’impression aux habitués de ne plus reconnaître leur chère vieille dame, la Brafa a su se réoxygéner par étapes, mettant la barre un peu plus haut chaque année, tout en gardant un côté convivial plutôt rare dans ce genre d’événement. C’est sans doute ce qui peut expliquer son étonnant succès de foule : plus de 60.000 visiteurs l’an dernier. Parmi ceux-ci, des collectionneurs bien sûr mais aussi un très grand nombre de curieux, simples amateurs d’art, désireux de profiter de l’événement pour s’en mettre plein les yeux. Et faire de véritables découvertes. Car l’une des particularités de la Brafa tient au mélange des genres, des époques et des publics. Ici, on trouve du mobilier ancien, des bijoux modernes, de la photographie, des livres précieux, des masques africains, des vierges en bois polychrome, des sculptures chinoises, des tableaux impressionnistes, des installations contemporaines, du design italien, français ou scandinave, des planches originales de BD… Et tout cela se côtoie, parfois même se mélange sur certains stands. Du coup, le visiteur n’a jamais le temps de s’ennuyer, passant d’un univers à l’autre, retrouvant ce qu’il connaît et découvrant ce qu’il ne s’attendait pas à voir et à apprécier. Avec, en prime, un aménagement des lieux agréable, fonctionnel et dont la scénographie est, chaque année, une nouvelle trouvaille. Bref qu’on soit amateur d’art ancien ou actuel, belge ou international, reconnu ou à découvrir, chacun y trouve son compte. Alors pourquoi pas vous ?

Pratique

Lieu Tour & Taxis, avenue du Port 88, 1000 Bruxelles

Dates Du samedi 26 janvier au dimanche 3 février de 11 à 19 h.

Entrée  25 euros. 10 euros

pour les 16-26 ans. Gratuit

pour les moins de 16 ans.

Parking surveillé sur le site

de Tour & Taxis: 6 euros.

Conférences tous les jours à 16 h au Brafa Lounge

www.brafa.art

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