Le Kroll du jour sur la grève générale du 13 février

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Le Kroll du jour sur la grève générale du 13 février
Kroll.

Grève du 13 février: les sujets sensibles qui mènent les syndicats à la rue

Par Pascal Lorent

Les syndicats ont lancé un appel à la grève pour le 13 février prochain. © Hatim Kaghat.
Les syndicats ont lancé un appel à la grève pour le 13 février prochain. © Hatim Kaghat. - Hatim Kaghat

Le 13 février sera une journée de grève générale. Le premier round de négociations sur l’Accord interprofessionnel 2019-2020 s’est soldé par cette annonce en forme d’uppercut. Le coup est parti du coin syndical, lassé par les directs encaissés depuis l’entame des négociations, voici deux semaines. En effet, plusieurs points sur lesquels le front commun espérait engranger des acquis, ont été rejetés par les employeurs, lesquels ont, selon leurs interlocuteurs, avancé une demande tout autant irrecevable. Bref, le blocage est complet. Et porte sur plusieurs sujets sensibles.

1 La marge salariale : le cœur du problème Avant les négociations, la CSC et la FGTB l’avait clamé haut et fort : sur la base de leurs calculs, les représentants des travailleurs étaient en mesure de revendiquer une augmentation des salaires de 1,4, voire 1,5 % pour les deux années à venir.

Mal leur en a pris puisque les débats de l’AIP à peine entamé, le Conseil central de l’économie estimait cette marge à 0,8 %. Un chiffre trop en deçà des espoirs syndicaux – les trois organisations rappellent qu’un saut d’index a privé les salariés d’une partie de leur progression salariale passée – et sur lequel les employeurs se sont montrés intransigeants : « La loi, c’est la loi ».

Or un accord sur cette marge était la condition sine qua non des syndicats pour en conclure sur les autres points de la négociation. Et les syndicats estiment que l’embellie économique permet d’aller au-delà de ce calcul biaisé par la nouvelle mouture de la loi. «  Marie-Hélène Ska et Marc Leemans (secrétaire générale et président de la CSC, NDLR) avaient mandat pour ne pas descendre en dessous de 1,1 %, qui était l’accord obtenu lors du dernier AIP. » explique un membre de la CSC.

2 La loi de 1996. La loi, parlons-en. Celle de 1996 qui permet de fixer la marge salariale, a été adaptée sous cette législature (lire ci-dessous). « C’est une loi salariale avec un logiciel de trucage, dénonce Marc Leemans, président de la CSC. Et pas à l’avantage des syndicats. Nous avons constaté avec les trois syndicats que nous nous trouvons dans un carcan impossible à cause des lois que ce gouvernement a mises en place. » C’est pourquoi le front commun ne se contente pas de revendiquer une marge plus aguichante mais aussi de réclamer que la loi sur la compétitivité et les salaires soit revue. « Nous avons deux messages, prévient Robert Vertenueil, président de la FGTB. Aux patrons, nous disons : arrêtez de vous réfugier derrière la loi. Et aux politiques : vous devez nous permettre de déroger à la loi actuelle et la réformer. »

3 Les fins de carrière. Là encore, les positions syndicale et patronale sont aussi rapprochées que les rives d’un fleuve. Les syndicats espéraient ramener le régime de chômage avec complément de l’employeur (RCC) à 55 ans en cas de restructuration. En face, la demande était de porter cet âge à 60 ans dès 2020, même en cas de restructuration. Et cela en pleine restructuration chez Proximus, alors que la numérisation promet d’occasionner d’autres pertes d’emploi au nom de l’adaptation aux nouvelles technologies.

4 Les autres points. Les syndicats réclamaient également une revalorisation du salaire minimum, la FGTB avançant même le chiffre de 14 euros de l’heure. Il devait également être question de mesures pour mieux concilier vie privée et vie professionnelle en faveur de la mobilité. Enfin, en marge des négociations de l’AIP, les partenaires sociaux devaient également s’accorder sur la liaison des allocations sociales au bien-être. Un point pour lequel le gouvernement avait fixé une enveloppe couvrant le coût total de la mesure mais sur lequel les partenaires sociaux doivent s’entendre depuis plusieurs mois. « La loi prévoit un accord pour le 15 septembre, constate encore Robert Vertenueil. Mais les patrons aiment temporiser sur ce point pour l’amener dans la négociation de l’AIP. »

5 La flexibilité. Selon les syndicats, le banc patronal est venu avec une demande d’accroître la flexibilité dans les entreprises, sans devoir passer au préalable par l’accord des syndicats. Un casus belli de plus alors que les négociations patinaient et que les représentants des travailleurs n’obtenaient rien en retour sur les autres points précités.

6 Le gouvernement. En cas d’échec de l’AIP, la loi prévoit que le gouvernement prenne une initiative de médiation à l’égard des partenaires sociaux. Ou qu’il fixe lui-même la norme salariale. « Confirmer les 0,8 % mettrait le feu aux secteurs et aux entreprises », prévient Robert Vertenueil. On en est loin. « Le gouvernement appelle les partenaires sociaux à poursuivre le dialogue autour des négociations salariales et de l’accord interprofessionnel (AIP) », ont fait savoir mardi le Premier ministre Charles Michel (MR) et le ministre de l’Emploi Kris Peeters (CD&V) juste avant leur départ pour le Forum économique mondial de Davos. « Et à fournir des efforts supplémentaires des deux côtés », a ajouté le Premier ministre.

7 Le contexte électoral. Les syndicats adressent une demande au politique : réformer la loi de 1996. Une requête difficile à satisfaire en affaires courantes. D’autant que le rapport de forces politiques ne leur est guère favorable. Que va faire le front commun ? Laisser passer la grève du 13 février puis revenir à la table des négociations après une démonstration de force. Ou tabler sur une nouvelle donne politique, éventuellement plus favorable, après le scrutin du 26 mai ?

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