De la cité industrielle à la «smart city»

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Cédric Swennen veille de près à la mutation amorcée à Herstal.
Cédric Swennen veille de près à la mutation amorcée à Herstal. - D.R.

Cest une belle maquette, n’est-ce pas ? », nous lance d’emblée, Frédéric Daerden. Elle représente la poursuite du renouveau d’Herstal, poursuit le député-bourgmestre visiblement ravi de ce projet de reconversion du site des Ateliers de constructions électriques de Charleroi, Acec, véritable fleuron industriel de la Ville jusqu’à sa fermeture en 1988. Plus de 1.700 hommes et femmes ont travaillé, ici, à la confection de pièces électriques de tous types : dynamos, transformateurs à haute tension, moteurs pour les industries métallurgiques et les charbonnages de la région et d’autres pays. Personnellement, je ne l’ai jamais connu qu’à l’abandon et il représente aujourd’hui une pièce maîtresse dans l’ambitieux projet de transformation de notre ville, entrepris voici douze ans. »

Et il est vrai que le visage de Herstal a bien changé ces dernières années. En témoigne « La Ruche », le nouvel hôtel de ville au design atypique avec sa façade en alvéoles végétalisées et son dessin anguleux, véritable geste architectural. Combiné à la rénovation des boulevards et de la place Jean Jaurès, la ville offre un autre cadre de vie, plus attractif, assurément plus moderne. « Avec les 27 hectares des Acec, on a non seulement un potentiel formidable mais en plus, l’opportunité de poursuivre notre logique et d’y créer un vrai quartier de vie innovant tourné vers l’avenir et passant plus que jamais par le “green”, même un peu trop d’ailleurs ! », rit l’élu socialiste.

« Greenlife », c’est le nom de ce projet. Son concept ? Créer sur ce chancre une nouvelle partie de ville où se marieront à la fois de l’économique, du logement et des services aux entreprises et à la population. Sa plus-value ? L’impulsion Verdir, portée par l’Université de Liège, dont l’ambition est de reconvertir des friches industrielles en lieux de production agricoles urbaines. « Une serre est déjà sur place pour la culture de plantes dans le but d’y extraire des molécules à haute valeur ajoutée et destinées aux biotechnologies », précise Frédéric Daerden.

Des expérimentations rendues possibles grâce à un réseau de chaleur en provenance de l’incinérateur d’Intradel tout proche. Un chauffage urbain qui alimentera donc les Acec mais également plusieurs bâtiments publics, écoles, maisons de repos. Car, c’est officiel depuis le 5 décembre dernier, c’est la société française Coriance qui a été désignée pour la conception, la construction et l’exploitation de ce réseau de chaleur alimentée. « La plus grande difficulté dans ce dossier, c’est que la Ville ne possède rien, regrette le bourgmestre. Il faut donc compter sur la bonne volonté de la vingtaine de propriétaires qui se partagent actuellement les hectares. »

« L’usine Inductotherm, spécialisée dans les équipements de chauffage par induction, voulait s’agrandir avec le risque de retourner aux Etats-Unis où se trouve le siège principal. La Ville de Herstal nous a donc contactés et nous leur avons trouvé un site adapté dans notre zoning des Hauts-Sarts », explique Cédric Swennen, le nouveau directeur général de la SPI, l’agence de développement économique de la Province de Liège

Un « échange » qui permet aujourd’hui à la SPI d’être propriétaire d’une superficie d’un peu plus de 7 hectares. Et de tout déclencher. « Posséder ces terrains nous permet d’avoir un rôle d’ensemblier sur le redéploiement complet des Acec et d’être en phase avec la Ville sur son souhait d’innovation vers le durable, explique Cédric Swennen. Nous avons ici l’envie de générer une nouvelle activité économique centrée sur la création de circuits courts et la production alimentaire. »

L’appel du pied est donc lancé vers des entreprises de pointe. « On est confiant, on a déjà plusieurs marques d’intérêt et même une signature !, lance, réjoui, le directeur général. C’est une start-up liégeoise basée à Singapour. Elle est active dans la culture de plantes par hydroponie et elle a décidé de revenir s’implanter en Belgique séduite par notre vision. »

D’autres devraient suivre car pour les attirer, la SPI a imaginé un concept de « box in the box » pour réaffecter les bâtiments industriels. « On est dans un secteur qui grandit très vite et l’aménagement du site va prendre des années. On propose donc aux entreprises des solutions d’accueil souples, rapides et peu coûteuses en leur mettant à disposition des conteneurs. »

C’est ce qu’on appelle l’urbanisation transitoire. L’idée étant de ne pas laisser la friche vide mais de la faire vivre le temps de la mutation. La compagnie de théâtre Arsenic a déjà pris possession des lieux et l’Université de Liège y amène ses « Smart Box », containers intelligents permettant la culture durable d’aliments.

A ce lieu de travail et de recherches, on n’oubliera pas d’y ajouter la vie et la sociabilité. Cinq cents logements sont ainsi prévus avec du commerce, du sport, des loisirs et des espaces verts. Différentes composantes qui trouveront place dans les halles industrielles. Halles auxquelles l’auteur de projet, Paola Vigano, architecte italienne de renommée internationale, a voulu qu’elles soient d’authentiques points de rencontre.

Enfin, loin d’être une île déserte, les Acec seront connectés. L’urbaniste compte réutiliser les deux kilomètres de l’ancienne voie ferrée industrielle pour en faire un axe de mobilité douce, réservé aux piétons et aux cyclistes. « New York a sa “high line”, nous aurons notre “low line” , s’enthousiasme le bourgmestre. Elle reliera le site au centre-ville et vice versa car nous souhaitons vraiment que la population s’empare de l’espace. Herstal doit devenir une “smart city”  ! »

Si cette nouvelle identité est indubitablement en marche, la quête sera longue. On parle d’un projet sur 10 ans. Reste à mobiliser investisseurs publics et privés à ces nouveaux cycles de vie, ô combien prometteurs.

Le «karting» nantais

Par Audrey Degrange

Pour parfaire son projet de réhabilitation, la SPI s’inspire du bâtiment de l’ancien karting rénové par la Samoa, la société publique locale d’aménagement nantaise. Situé à la pointe ouest de l’île de Nantes, cet éco-concept accueille depuis janvier 2011 un pôle composite d’industries culturelles et créatives. 40 entreprises y sont actives, ce qui représente environ 150 emplois. L’exemple nantais est inspirant car depuis les années 2000, le site ne cesse d’évoluer. Véritable laboratoire urbain, il est la preuve qu’en rassemblant les forces et les acteurs, on peut efficacement reconstruire « une ville de demain ».

 
 
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