Maggie De Block menace de ne plus attribuer de numéros Inami pour les francophones

Maggie De Block © Belga
Maggie De Block © Belga

La ministre fédérale des Affaires sociales et de la Santé Maggie De Block ne libérera plus de numéros INAMI pour les étudiants candidats médecins francophones en l’absence de «filtre efficace» limitant le nombre d’entrées dans les universités du sud du pays. «Oui», la guerre politique est relancée, a indiqué Mme De Block sur La Première (RTBF).

La conférence interministérielle de la Santé publique se réunit lundi mais le cabinet du ministre de l’Enseignement supérieur Jean-Claude Marcourt a fait savoir qu’il bloquerait le projet de protocole fixant le nombre de numéros pour 2025, concernant les étudiants qui entameront leur cursus en septembre.

A la faveur d’un accord conclu entre les ministres De Block et Marcourt, la Fédération Wallonie-Bruxelles organise depuis 2017, comme le faisait déjà la Flandre, un examen d’entrée limitant l’accès aux études de médecine. La Fédération avait accepté la mise en place de ce «filtre efficace», contre sa volonté, en échange de l’octroi de numéros INAMI aux étudiants surnuméraires pendant la période de transition. Rejetant la proposition de la commission de planification médicale qui avait fait état de pénuries de certaines spécialisations médicales dans différentes zones du pays, le fédéral avait planché sur un nouveau mécanisme de répartition communautaire des numéros, comptabilisés désormais par la Cour des comptes en vertu de l’évolution de la population (ou du nombre d’élèves à Bruxelles).

Soulignant que la Fédération Wallonie-Bruxelles a accepté le double du nombre d’étudiants censés entamer leurs études, Mme De Block estime aujourd’hui que le filtre mis en place n’est pas efficace. Elle menace dès lors de ne plus attribuer de numéros Inami surnuméraires.

La ministre libérale flamande s’estime apte à agir de la sorte en période d’affaires courantes. «C’est moi qui libérais ces numéros en surplus, ce sont des numéros qui ne sont pas là», a-t-elle expliqué.

Selon Mme De Block, le problème de pénurie est à régler à travers les sous-quotas, qui relèvent de la responsabilité des Communautés. Il leur revient d’assurer la répartition des quotas selon les différentes spécialités. «En Flandre, on compte 40% de médecins généralistes, c’est presqu’assez; en Wallonie de 23 à 27%, ce n’est pas assez, il y a trop de spécialistes», a-t-elle commenté.

Jean-Claude Marcourt « outré »

Toujours sur La Première, le ministre de l’Enseignement supérieur en Fédération Wallonie-Bruxelles Jean-Claude Marcourt s’est dit «outré par la gestion de Maggie De Block». En appelant au Premier ministre Charles Michel afin qu’il défende l’intérêt des francophones, il rappelle que la Fédération forme énormément d’étudiants non-résidents. «Et aujourd’hui alors que nous avons cette pénurie, madame De Block veut, uniquement pour des raisons communautaires et électorales, sanctionner une nouvelle fois les francophones».

Réagissant auprès de Belga, le chef de groupe PS à la Chambre Ahmed Laaouej invite Mme De Block à «renoncer à ce ton belliqueux insupportable et à ne pas se laisser contaminer par le syndrome anti-francophones de la N-VA». Il appelle la ministre à «retrouver la raison» en s’appuyant sur «la Cour des comptes qui chiffre le nombre de médecins nécessaires en fonction des besoins de la population francophone, en Wallonie et à Bruxelles». Il demande également qu’elle prenne des initiatives afin de mettre un terme au «deux poids deux mesures» qui place les candidats médecins belges en situation de discrimination par rapport à leurs collègues européens.

Le nouveau président du CDH Maxime Prévot a également condamné l’affirmation de Mme De Block selon laquelle il y aurait trop de médecins en Wallonie. «On nage en pleine absurdie ! Indécent pour ceux qui attendent un rendez-vous pendant plusieurs mois en pédiatrie, psychiatrie...», a-t-il indiqué sur Twitter. «Plus les difficultés bien connues des ruraux pour trouver un généraliste ! 144 communes en Région wallonne en pénurie !», a-t-il ajouté. Renvoyant dos à dos les ministres De Block et Marcourt, la cheffe de groupe CDH Catherine Fonck a également évoqué sur le même réseau la situation des médecins européens qui obtiennent des numéros Inami sans aucun filtre.

Dans un communiqué, le MR a «réaffirmé son souhait de maintenir un filtre à l’entrée des études de médecine et de médecine dentaire». Dans le même temps, «afin de lutter contre la pénurie dans certaines zones, le MR plaide pour que la Fédération Wallonie-Bruxelles mette en place des sous-quotas de médecins correspondant aux besoins, notamment concernant les médecins généralistes en zone rurale», a-t-il précisé.

 
 
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