Une institution londonienne disperse 300 œuvres d’art

« Eros », une figure créée en 1893 par sir Alfred Gilbert, mais fondue en 1987, pourrait intéresser un fan de Piccadilly Circus prêt à débourser entre 114.000 et 170.000 euros.
« Eros », une figure créée en 1893 par sir Alfred Gilbert, mais fondue en 1987, pourrait intéresser un fan de Piccadilly Circus prêt à débourser entre 114.000 et 170.000 euros. - Sotheby’s

Le 5 février prochain, c’est une page de l’histoire artistique londonienne qui se tournera. Sur le trottoir d’en face, Sotheby’s dispersera une partie des collections de la « Fine Art Society ». Celle-ci fut fondée en 1876 pour promouvoir l’art contemporain de l’époque par des expositions où les œuvres pouvaient être acquises par l’élégant public qui la visitait, mais également pour diffuser l’art au travers de publications. Des chefs-d’œuvre y furent exposés par exemple, en 1883, le très fameux Arrangement in White et Yellow de James Whistler. L’introduction au catalogue nous apprend également qu’une exposition fut dédiée à Hokusai sept ans plus tard. Au siècle suivant, en 1921 précisément, l’orfèvre Georg Jensen y tint sa première exposition commerciale à Londres. Mais, et c’était là sa première vocation, l’art anglais y était prédominant jusqu’à nos jours et l’on pouvait parfois s’y retrouver un peu déconcerté entouré de tableaux figuratifs que seule l’école anglaise de peinture avait continué à produire. Un lieu qui pouvait aussi sembler hors du temps, loin des boutiques d’art vulgaire qui ont fleuri sur New Bond Street depuis une dizaine d’années. Depuis juin 2018, c’est porte close et la galerie s’apprête à investir un nouveau lieu.

Nostalgie

Cette édition du drapeau créé par sir Peter Blake en 2012 pour la façade de l’édifice est prisée entre 800 et 1.150 euros. (lot 1).
Cette édition du drapeau créé par sir Peter Blake en 2012 pour la façade de l’édifice est prisée entre 800 et 1.150 euros. (lot 1). - Sotheby’s

La « Fine Art Society » est donc une institution que l’on pourrait qualifier de très sage, bien que sachant faire montre à l’occasion de l’excentricité dont seuls les Britanniques ont le secret. Ainsi, en 1995, le célèbre artiste Lucian Freud coorganisa une exposition en hommage au performeur Leigh Bowery disparu l’année précédente et qui fut, non seulement l’un de ses modèles les plus célèbres, mais l’une des figures les plus déjantées et les plus influentes des années 1980 en matière de mode et de « clubbing ». En 2012, sir Peter Blake y célébra son quatre-vingtième anniversaire en organisant une exposition de ses œuvres préférées appartenant à la collection de la galerie… La couverture du catalogue représente d’ailleurs le drapeau pour la façade du bâtiment que l’artiste créa à l’occasion. Une édition de cinquante réductions fut d’ailleurs éditée et l’une d’elles constitue le premier lot (estimation : entre 800 et 1.150 euros). Le dernier lot est quant à lui une réplique aux mesures du drapeau original, soit une bâche beaucoup plus grande, étrangement estimée de manière identique. Mais le stock de la « FAS » comporte bien évidemment des œuvres plus anciennes, comme ce tableau de James Tissot peint dans les années 1870 et qui appartint jusqu’à la fin du siècle dernier à la prestigieuse collection de Mr and Mrs John Hay Whitney. Intitulé Emigrants, il est estimé entre 114.000 et 170.0000 euros et fut exposé en 2009 aux cimaises de la Fine Art Society. Estimation identique pour une version du célèbre Eros qui surplombe Piccadilly Circus, une figure créée en 1893 par sir Alfred Gilbert, mais fondue en dix exemplaires en 1987. Autant écrire qu’il s’agit d’une quasi-reproduction, d’autant que la fonte est en aluminium ! Déjà d’un très « pompier » à son époque de création, cette pièce pourrait cependant encore séduire de nos jours pour son côté iconique…

« Emigrants », un tableau de James Tissot exposé en 2009 à la « Fine Art Society » et proposé à la vente avec une estimation entre 114.000 et 170.000 euros.
« Emigrants », un tableau de James Tissot exposé en 2009 à la « Fine Art Society » et proposé à la vente avec une estimation entre 114.000 et 170.000 euros. - Sotheby’s

Mobilier XIXe

La vente inclut certains meubles remarquables dus à des créateurs plus importants. Ainsi, cette table de salle à manger de Charles Mackintosh exécutée vers 1918-1919 en noyer estimée entre 45.300 et 68.000 euros. Il s’agit d’une variante de la commande originale réalisée en chêne. Pour le reste, le mobilier de la galerie est lui aussi dispersé. Comme il s’agit de meubles utilitaires, les estimations sont relativement basses et ces témoins fidèles offrent une patine de près de 150 années d’activité. Bureau, chaises, tables d’appoint et même cheminée, tous ces meubles, reliques d’un certain marché de l’art révolu, pourraient, s’ils pouvaient parler, raconter bien des anecdotes disparues à tout jamais.

Cette table de salle à manger de Charles Mackintosh exécutée vers 1918-1919 en noyer est estimée entre 45.300 et 68.000 euros.
Cette table de salle à manger de Charles Mackintosh exécutée vers 1918-1919 en noyer est estimée entre 45.300 et 68.000 euros. - Sotheby’s

 
 
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