Quand la peinture s’écrit

Maurice Wyckaert, «
Verzopen
», 1988, huile sur toile, 120 x 100 cm, 14.000 euros.
Maurice Wyckaert, « Verzopen », 1988, huile sur toile, 120 x 100 cm, 14.000 euros. - D.R.

A un jet de pierre du Théâtre de Namur, la place d’Armes glisse et bruisse sous le gel, mais peu importe : une belle lumière hivernale éclaire le rez-de-chaussée de la Belgian Gallery, dont la large façade fait face à l’esplanade déserte. Trois associés et treize ans de présence dans les foires (Antica Namur, Art Paris…) : voici le bagage avec lequel Yves Brigode, François Golenvaux et Pierre Babut du Marès – tous trois Namurois – ont investi depuis deux ans les 200 m2 d’une ancienne agence bancaire, pour organiser quatre expositions temporaires par an. Leur niche ? L’art belge de la fin du 19e  siècle à aujourd’hui, en associant souvent un ou deux grands noms à des artistes moins connus ou résolument contemporains afin d’attirer un public plus nombreux. C’est le cas cette fois encore avec une centaine d’œuvres d’artistes ayant directement participé au mouvement Cobra ou en ayant exploré le magnifique héritage, associés à quelques créateurs contemporains dont le travail s’intègre parfaitement dans le thème de l’exposition.

Denis Meyers, sans titre, 2014-2018, acrylique et aérosol sur toile, 60 x 80 cm. 826
Denis Meyers, sans titre, 2014-2018, acrylique et aérosol sur toile, 60 x 80 cm. 826 - D.R.

Dès l’entrée, un panel d’œuvres récentes de Denis Meyers (Tournai, 1979), que l’on ne présente plus depuis Remember Souvenir, sa colossale intervention dans l’ancien bâtiment Solvay à Ixelles. Artiste urbain, l’homme se revendique typographe par ses études à La Cambre mais aussi par filiation, étant le petit-fils de Lucien De Roeck, l’auteur de l’emblème de l’Expo universelle de 1958. Explorant sans relâche le médium pictural, Meyers présente ici deux colonnes en bois recouvertes d’acrylique (2018) ainsi que plusieurs tableaux à l’acrylique et aérosol sur toile (2017-2018) et une œuvre sur plexiglas (de 1.200 à 5.800 euros). En regard de ces œuvres, plusieurs tableaux de Guy Baekelmans (1940), directement issus du fonds de l’artiste (de 900 à 1.900 euros). Pionnier du constructivisme belge avec Guy Vandenbranden, l’homme connaît une période graphique japonisante où il déploie des écritures calligraphiques spontanées, avant de revenir à l’abstraction. Inspiré par l’équilibre et une inlassable quête de beauté et de spiritualité, il s’est d’ailleurs formé à la calligraphie japonaise. Plus loin, c’est une explosion de couleurs signée Maurice Wyckaert (1923-1996), peintre proche du mouvement Cobra à travers Serge Vandercam et Asger Jorn, en qui il voit un mentor dans sa quête d’une peinture épaisse et dense, une matière puissante et compacte, mais aussi joyeuse, impétueuse, haute en couleurs. Au-delà de son importance sur la scène abstraite belge, Wyckaert a participé à plusieurs mouvements d’avant-garde : Taptoe, le Mouvement pour un Bauhaus imaginiste et l’Internationale situationniste. Deux très belles huiles sur toile réjouissent ici le regard (14.000 euros).

Guy Baekelmans, «
Writings 18
», 1997, acrylique sur papier, 40 x 60 cm, 1.900 euros.
Guy Baekelmans, « Writings 18 », 1997, acrylique sur papier, 40 x 60 cm, 1.900 euros. - D.R.

À deux pas de Cobra

Autre fameux coloriste, d’abord connu comme le cinéaste de Cobra et l’ami de Pierre Alechinsky, Jean Raine (Schaerbeek, 1927-1986) en est venu au dessin et à la peinture à la fin des années 1950 : il développe une palette proche de celle d’Asger Jorn puis se rapproche de l’expressionnisme abstrait américain lorsqu’il s’installe en Californie dans les années 60 – le contact des œuvres de Jackson Pollock, Barnett Newman ou Willem de Kooning ayant eu une certaine incidence sur sa perception de l’abstraction (de 6.800 à 9.500 euros).

Parmi les grands noms, signalons quelques belles encres de Chine sur papier (de 5200 à 22.000 euros) de Christian Dotremont (1922-1979), poète et membre fondateur de Cobra en 1948. On note aussi une belle série d’œuvres de René Guiette (Anvers, 1938), dont l’écriture matiériste gravée dans la matière le rapproche de Jean Dubuffet (2.500 euros), ainsi que les œuvres du Namurois André Lambotte (1943), ami de Jacques Calonne et influencé par le bestiaire Cobra. Proche de Dotremont, il abandonne l’huile pour l’encre de Chine, la couleur pour le noir et blanc, et simplifie peu à peu son travail de lignes et de signes au crayon de couleur sur papier (de 800 à 1.600 euros). Enfin, de Jacques Calonne (1930), une belle sélection d’aquarelles et d’acryliques qui court des années 70 aux années 90 (environ 2.200 euros).

Abstractions. Couleurs, rythmes et écritures, Belgian Gallery, jusqu’au 2 mars, 8 place d’Armes, 5000 Namur, du jeudi au samedi de 14 à 18 h ou sur rendez-vous. www.belgiangallery.com

 
 
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