Les socialistes sont les derniers à défendre le projet de réhabilitation de l’hippodrome de Boitsfort

Pour les activités existantes comme la Terrasse O2, la suppression du parking serait très problématique.
Pour les activités existantes comme la Terrasse O2, la suppression du parking serait très problématique. - Sylvain Piraux.

C’est un refus digne des plus grandes cabrioles équestres. Fin janvier, le Conseil d’Etat donne raison aux riverains et aux Amis de la forêt de Soignes. Il suspend le permis d’urbanisme délivré pour le réaménagement de l’hippodrome de Boitsfort en centre récréatif. Cette suspension met donc un coup d’arrêt brutal au projet et oblige les gestionnaires du site, VO Group, à revoir totalement leur copie.

Pour le Conseil d’Etat, impossible d’avoir un parking pour les visiteurs du site en bordure de forêt de Soignes. Seulement, ce parking existe depuis de nombreuses années et sert pour les événements ponctuels comme la Terrasse O2 ou encore pour le club de golf. De plus, en octobre dernier, le site du Pesage a été ouvert avec un nouveau concept de restauration.

Selon le gestionnaire, Michel Culot, l’infrastructure est indispensable pour que les autres activités puissent être exploitées correctement et rester rentables. Difficile effectivement pour tout le monde de venir en transport en commun. Sans ce parking, cela signifie que les promeneurs et autres golfeurs devraient se garer dans les rues avoisinantes, ce qui pourrait au final aller à l’encontre des intérêts des riverains qui ont déposé ce recours.

D’autres recours sont d’ailleurs toujours à l’étude mais la suspension du permis d’urbanisme entraîne de facto la suspension du permis d’environnement, ce qui bloque totalement le développement des nouvelles phases du projet. Or, VO Group dispose d’une concession d’une durée limitée. Elle dure encore 10 ans et est conditionnée par l’obtention des permis.

C’est la Région bruxelloise via la SAU (société d’aménagement urbain) qui a conclu ce contrat avec VO Group en 2014. La société avait alors répondu à un appel d’offres et été choisie parmi d’autres candidats.

En 2015, elle introduit une première demande de permis. En parallèle, la Région restaure les bâtiments classés qui étaient à l’abandon depuis plus de 20 ans. En tout, cela a coûté 7 millions d’euros à la Région.

Au fil du temps, des activités se créent sur le site de Drohme. Elles ne demandent alors ni permis d’environnement ni permis d’urbanisme. Cela permet au gestionnaire de rentrer un peu dans ses frais et surtout de déjà faire connaître le site.

Un permis d’environnement restrictif

En juillet dernier, Drohme obtient son permis d’environnement. Un permis très restrictif en termes de nombre de personnes pouvant être accueillies simultanément ou encore d’horaires d’exploitation. Le recours introduit auprès du collège de l’environnement puis du gouvernement n’a pas abouti puisque le gouvernement bruxellois n’a pas remis d’avis dans le délai imparti. Du coup, le permis est accordé et on comprend alors l’importance du jeu politique dans le projet.

En effet, les communes d’Uccle, de la Ville de Bruxelles et de Watermael-Boitsfort, ont toujours eu un discours très dissonant par rapport au projet. Si Uccle a rendu un avis favorable lors de la commission de concertation, cela n’a pas été le cas des deux autres. Et même à Uccle, tous les partis de la majorité de l’époque (MR-Défi-CDH) n’étaient pas d’accord. Le CDH et Défi s’étaient fortement opposés au projet, répondant ainsi aux craintes de nuisances sonores et de mobilité des riverains.

Et du côté de la Région, il se trouve que la ministre de l’Environnement qui devait donc délivrer le permis, n’est autre que Céline Fremault, membre de la majorité uccloise. Difficile donc pour elle de supporter d’un côté un projet porté par le gouvernement bruxellois et de l’autre de défendre les intérêts de ses électeurs locaux à quelques mois du scrutin communal.

La suspension du permis d’urbanisme n’arrange pas le seul PS

Aujourd’hui, la suspension du permis d’urbanisme arrange tous les partis excepté le PS qui porte le dossier à bout de sabots depuis des mois. Mais le ministre-président Rudi Vervoort a bien du mal à faire marcher au pas les membres de son gouvernement.

A la SAU, on dit vouloir aider le gestionnaire. « Nous l’accompagnons à chaque étape, explique la SAU. Ici, il est vrai qu’il s’agit d’une étape importante mais qui ne remet pas en cause les activités présentes sur le site. A présent, nous étudions l’arrêt du Conseil d’Etat afin de trouver des solutions. »

Michel Culot, lui, préfère ne pas se prononcer tant qu’il n’a pas eu de contacts plus approfondis avec la SAU et le ministre-président bruxellois. Il préfère analyser les différentes pistes mais celles-ci semblent de plus en plus sinueuses.

La seule chose certaine est que Drohme prend du retard. Et le temps, c’est de l’argent. Pour le moment, VO Group estime qu’il enregistre une perte de près de deux millions d’euros entre les retards dus aux recours et la suppression de ses activités payantes comme la patinoire. Il pensait en 2020 pouvoir ouvrir l’entièreté du site.

Comme la concession est liée à l’obtention des permis, il pourrait aussi décider de jeter l’éponge. Dans ce cas, qui serait candidat pour reprendre l’exploitation de ce site vu les difficultés ? Le risque de voir l’hippodrome retomber dans l’oubli en inquiète plus d’un.

Le paradoxe «Festen»

Par V.Lh.

Alors que Drohme n’a plus de permis, une des activités de l’été est nommée comme événement touristique nocturne par Visitbrussels. En effet, fin août, en collaboration avec le théâtre Le Public, Drohme a accueilli le chapiteau des Baladins du miroir pour que s’y joue la pièce Festen, inspirée du film du même nom. Quelque 9.000 spectateurs sont venus se restaurer ou simplement voir la pièce. Le succès était au rendez-vous aussi bien d’un point de vue artistique qu’organisationnel. « Je n’ai reçu aucune plainte de la part de riverains durant cette période, précise le bourgmestre d’Uccle, Boris Dilliès (MR). C’était très positif pour le sud de la capitale d’avoir ce type d’événements. J’espère que cela pourra se reproduire. »

 
 
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