Photovoltaïque: 59 millions en plus sur la facture des ménages wallons

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© Hatim Kaghat - Le Soir
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Le bras de fer s’annonce musclé entre le ministre wallon de l’Energie, Jean-Luc Crucke (MR), et le régulateur du secteur (la Cwape). Le sujet qui fâche ? Le « tarif prosumer ». A partir de janvier 2020, la Cwape veut changer les règles de tarification pour la distribution d’électricité. Le but : rendre le tarif plus équitable, en faisant mieux contribuer les propriétaires de panneaux photovoltaïques aux frais de réseau. Cela implique que les détenteurs de panneaux devront payer pour le réseau dès qu’ils y prélèvent de l’électricité. Sans ristourne possible quand le compteur tourne à l’envers.

Mais le ministre Crucke ne veut pas entendre parler de ce nouveau tarif. Il vient donc de faire passer -en première lecture- un projet de décret, pour exonérer les 150.000 ménages wallons détenant des panneaux. Seuls ceux qui installeront des panneaux dès juillet 2019 seront soumis au « tarif prosumer ». Ce qui a mis en pétard le régulateur… Il faut dire qu’il venait de boucler ses nouveaux tarifs, pour la période 2019-2023. Et que ceux-ci incluaient ce fameux « tarif prosumer ». « Les recettes générées dès 2020 par l’application du tarif prosumer sont estimées à 59 millions d’euros par an », explique Antoine Thoreau, directeur à la Cwape. Une manne financière nouvelle, qui permet de réduire le tarif des « sans panneaux » de 16 à 29 euros par an, selon les chiffres avancés par la Cwape.

16 à 29 euros par an

Mais ça, c’était avant que le ministre Crucke ne chamboule tout. Si son projet d’exonération à 59 millions aboutit, il faudra aller chercher ce montant dans la poche des « sans panneaux ». Qui devront débourser les 16 à 29 euros par an. Ce qui impliquerait une modification des tarifs des gestionnaires de réseau, qui viennent d’être approuvés.

Le régulateur ne compte pas se laisser faire. « Notre ambition est toujours de faire entrer ce tarif en vigueur dès 2020, d’autant plus qu’il a déjà été validé par la Cour de Cassation ; qu’il est encouragé par l’Europe ; et qu’il a été mis en place dans d’autres régions. Nous sommes convaincus que ces éléments permettront au gouvernement de reconsidérer sa décision », entame Stéphane Renier, président de la Cwape. Et si Jean-Luc Crucke persiste ? « Alors, la Cwape devra contester cette mesure devant la Cour Constitutionnelle, car le régulateur a une compétence exclusive en matière de tarif ». Ça chauffe…

Combien coûte le réseau électrique à un ménage wallon ? Quid de Bruxelles ? Notre dossier sur Le Soir+

Selon l’endroit où il vit, un ménage wallon paye parfois 170 euros de plus qu’un autre pour son réseau électrique: notre carte interactive

Les nouveaux tarifs toujours en discussion à Bruxelles

Par X.C.

La tarification des gestionnaires de réseau a été régionalisée, en 2014. La logique wallonne n’est désormais plus la même que celle de Bruxelles. Et les périodes où les tarifs sont « gelés » non plus.

Dans la région capitale, un ménage paie aujourd’hui (en 2019) 248,5 euros par an, hors TVA, à son gestionnaire de réseau Sibelga (pour une consommation de 1.600 kWh jour et 1.900 kWh nuit). Un montant inférieur à la moyenne wallonne. Mais il n’est pas encore possible d’avoir une vue sur le tarif 2020 (et suivants). La discussion sur les nouveaux tarifs entre Sibelga et son régulateur Brugel a commencé, pour la période 2020-2024. Et devra être clôturée d’ici la fin de l’année.

Le coût de la distribution d’énergie va (légèrement) baisser en Wallonie

Par Xavier Counasse

Si Ores ne parvient toujours pas à fusionner ses tarifs en un seul, l’écart s’est méchamment réduit.
Si Ores ne parvient toujours pas à fusionner ses tarifs en un seul, l’écart s’est méchamment réduit. - D.R.

Ils sont tout frais, ils sont tout chauds : Le Soir vous présente les nouveaux tarifs de distribution de gaz et d’électricité en Wallonie. Les « frais de réseau », pour faire simple. Des tarifs non négligeables, qui représentent aujourd’hui un gros tiers de votre facture. La bonne nouvelle, pour les ménages, c’est qu’il n’y a pas d’augmentation prévue de ces tarifs jusqu’en 2023. On prévoit même une légère baisse, dans certains cas. La mauvaise… c’est que cela pourrait rapidement être remis en cause, par un décret wallon en préparation.

Mais reprenons dans l’ordre. Le moment est rare, donc important. Le régulateur wallon de l’Energie (la Cwape) avait convoqué la presse ce vendredi pour présenter l’ensemble des nouveaux tarifs de réseau (de distribution). Une compétence régionale depuis 2014. Comme il n’existe qu’un seul réseau de distribution de gaz et d’électricité par commune, et qu’un ménage n’a donc pas le luxe de choisir son gestionnaire de réseau (GRD), cette activité monopolistique est régulée. Tous les cinq ans, chaque GRD doit rendre une proposition tarifaire à son régulateur. Qui l’analyse, en vérifiant les coûts. Et qui a le dernier mot.

Ici (avec un léger retard pour Ores), la Cwape vient de valider les nouveaux tarifs de distribution des GRD wallons, pour la période 2019-2023 (inclus). Ces tarifs sont « gelés » sur cette période (sauf événement exceptionnel). Ce qui permet déjà d’avoir une vue sur leur évolution. En Wallonie, il y a onze tarifs différents pour l’électricité, contre six pour le gaz. Tout dépend en fait de votre GRD (Resa, Ores…), donc de la zone géographique dans laquelle vous vous trouvez. Mais avant de regarder la situation GRD par GRD, analysons les grandes tendances. Qui donnent plutôt le sourire.

Pour le gaz, la moyenne des coûts de distribution en Wallonie, pour un ménage standard, diminuera de 5 % entre 2018 et 2023. En réalité, le coût global du réseau augmente (à peu près comme l’inflation), mais le nombre de clients raccordés au réseau de gaz naturel augmente lui aussi. Il y a donc plus de gens pour se répartir les frais de réseau, ce qui permet une diminution des coûts par ménage.

Pour l’électricité, c’est un peu différent. Entre 2018 et 2019, la facture annuelle du GRD (hors TVA) augmente, en moyenne, de 18 euros (+7 %), pour atteindre 284 euros (pour un ménage qui consomme 1.600 kWh jour et 1.900 kWh nuit). Mais elle redescend aussi vite en 2020, pour rester stable jusqu’en 2023. En cause : l’introduction d’un « tarif prosumer » à charge des détenteurs de panneaux solaires. Ici aussi, ce tarif permet d’augmenter le nombre de personnes qui « cotisent » pour le réseau. Donc de réduire le tarif d’un ménage. Le hic ? Le ministre wallon de l’Energie, Jean-Luc Crucke, veut supprimer ce tarif prosumer (ce qui causerait une augmentation des tarifs des GRD). La Cwape conteste, et se dit prête à aller en justice pour freiner les ardeurs du ministre. A suivre…

Wavre la plus coûteuse

Enfin, regardons à l’échelle plus locale. En 2018, les différences entre un gestionnaire de réseau allaient parfois du simple au double. Un ménage raccordé au réseau d’Ores (Mouscron) payait, pour 3.500 kWh, 197 euros par an hors TVA. Alors qu’à consommation identique, un ménage relié à Ores (Verviers) payait 367 euros. Soit 170 euros d’écart ! Cette non-harmonisation des tarifs de réseau est le fruit de l’histoire. Et même si Ores est née après fusion de huit intercommunales, la société n’est jamais parvenue à fusionner ses tarifs en un seul. Les Mouscronnois refusant de faire un cadeau aux Verviétois, pour caricaturer.

De tarif unique, il n’en est pas encore question. Mais, avec les nouveaux tarifs, l’écart s’est méchamment réduit… Chez Ores, l’écart entre le plus cher (qui reste Verviers) et le moins cher (qui est devenu le Brabant wallon) n’est « plus que » de 77 euros. « J’ai toujours plaidé pour une péréquation des tarifs, explique Fernand Grifnée, CEO d’Ores. Mais tout le monde n’est pas encore prêt à le faire. Ceci n’empêche pas de faire un pas dans la bonne direction ». Ores a donc uniformisé différentes parties de ses tarifs, notamment les frais de raccordement. La société a aussi récupéré quatre communes (Ellezelles, Celles, Mont-de l’Enclus et Comines-Warneton), anciennement logées chez le GRD flamand Gaselwest. Des communes relogées dans la zone tarifaire d’Ores Mouscron, ce qui a eu pour effet de faire grimper ce tarif vers le haut.

Ces décisions d’Ores ont quelque peu modifié le palmarès des GRD. En 2023, ce sera la régie de Wavre dont le tarif sera le plus coûteux (la commune du Premier ministre a toujours refusé de s’associer aux autres GRD). A l’inverse, celui de l’AIEG (Andenne et alentours) devient le GRD le meilleur marché. Avec une différence annuelle de 114 euros (hors TVA) entre les deux, pour un ménage standard.

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