Pont des Trous à Tournai: les journaux français s’emparent de la polémique

© Bureau Greisch
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Construit au XIII, le Pont des Trous est un pont en pierre qui enjambe l’Escaut à Tournai. Longtemps, ce vestige d’architecture militaire a joué son rôle à merveille : un goulot d’étranglement infranchissable des éventuels envahisseurs. Sept cents ans plus tard, l’édifice classé pour sa partie historique – les arches ont été détruites durant la guerre – est de nouveau au cœur d’une âpre bataille tant politique qu’économique.

©Coralie Cardon
©Coralie Cardon

L’évolution de la navigation fluviale et le projet Seine Escaut nécessitent de faire « sauter » ce goulot. Après de vifs débats, c’est l’option de l’élargissement des arches du pont qui a été retenue au détriment d’un petit ou d’un grand contournement, trop coûteux et trop impactant pour la ville.

Et c’est là que le bât blesse. Les Tournaisiens, très attachés à ce véritable emblème communal souhaitaient avoir leur mot à dire. Une consultation populaire a donc été organisée en octobre 2015. Le résultat était sans appel : de toutes les esquisses présentées, c’était celle représentant un pont quasi identique à celui existant qui a remporté les suffrages. Mais en réalité, les habitants étaient surtout invités à se prononcer sur le matériau utilisé pour le futur réaménagement.

Une polémique sur le nouveau plan

Ce quiproquo dans l’organisation même de la consultation populaire est à l’origine de la polémique qui éclate aujourd’hui autour du réaménagement du pont. Les Tournaisiens ont eu l’impression de se prononcer sur l’allure même du pont alors qu’en fait, on ne leur a demandé l’avis que sur le matériau. Or, le nouveau plan dévoile un design très contemporain et épuré avec trois arches fines… sans courtine.

© Bureau Greisch
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Un dessin abhorré par une frange de la population qui l’a rebaptisé le pont « Mc Donald ». D’autant plus que, si le pont tournaisien n’est pas reconnu par l’Unesco, le Beffroi et la cathédrale situés non loin, le sont. L’Unesco pourrait donc considérer que le pont se trouve dans le périmètre de classement.

Les médias français s’en emparent

La polémique, pourtant très locale, n’a pas échappé à plusieurs médias français qui se sont emparé du sujet.

Le Figaro le premier dénonce, mardi, la « destruction de l’un des chefs-d’œuvre de la ville ». L’auteur rappelle que les « associations culturelles crient au scandale », et qu’à moins « d’une menace de l’Unesco de déclasser la ville ou d’un repli de la région wallonne, le pont disparaîtra d’ici la fin de l’année. »

Pour le Parisien, c’est l’impact négatif sur le tourisme qui est mis en avant si l’Unesco venait à déclasser les monuments inscrits sur la liste du patrimoine mondial.

Actualité oblige, BFMTV indique que les gilets jaunes ont déployé une banderole dimanche pour « contester la destruction programmée par le gouvernement de Wallonie ».

Enfin, Le Point souligne le caractère historique et rare du pont. « On ne parle pas d’un bâtiment anodin pour la ville de Tournai. Le pont des Trous a nécessité 50 ans pour être construit. Il a résisté aux attaques d’Édouard III, roi d’Angleterre en 1340. Seule la Seconde Guerre mondiale en sera venue à bout. À l’heure actuelle, c’est l’un des trois seuls ponts militaires encore debout dans le monde. »

Stéphane Bern, fervent défenseur du patrimoine a également réagi sur Twitter, et en « appelle au bon sens ».

Les travaux, financés par la région wallonne et l’Union européenne débuteront dans l’année.

Poursuivez votre lecture sur ce(s) sujet(s) :Organisation internationale|Tournai (Hainaut)|Union Européenne
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