Dans les règles de l’or

Une petite bague toute simple, en or blanc, Boucheron (évaluée 600/700 euros), une panthère Cartier dans son écrin (2.400/2.800 euros) et, le clou, un bracelet en or jaune Van Cleef & Arpels serti de 405 brillants (6.000/8.000 euros)… En tout, 228 merveilles de joaillerie et autres objets comme cette veste en renard argenté, ce sac Christian Dior, cette montre Chopard, ce feutre Dupont en argent, dans sa boîte ou ce foulard Gaultier, en soie, partiront en vente publique le 16 février au Mont-de-Piété de la Ville de Bruxelles.

D’où viennent ces pièces ? Si, dans le marché de la mode, il est toujours bon d’avoir, en plus d’une griffe, une petite histoire derrière l’objet pour en faire grimper la valeur, ici, il n’en est pas question. « Nous ne pouvons absolument pas faire ça, explique Etienne Lambert directeur général du Mont-de-Piété. Nous sommes tenus à un devoir de confidentialité par rapport à l’origine du bien. Pas d’histoire, c’est vraiment la pièce pour la pièce. Ce sont des prêts sur gages, donc des personnes pour lesquelles le prêt se passe mal, et donc quand on vend, n’ont pas forcément envie qu’on fasse état de leur situation. »

400 ans en 2018

Située à deux pas du Sablon, cette institution publique créée en septembre 1618 pour lutter contre la voracité des banquiers lombards – qui pratiquaient des taux d’intérêt allant jusqu’à 150 % – revêt aujourd’hui la forme d’un micro-crédit se basant uniquement sur l’objet déposé et non sur les autres garanties que la personne peut apporter. On prête à tout le monde, pour peu que l’objet puisse garantir le prêt. Avec le temps, le Mont-de-Piété est, sans conteste, devenu une place de référence sur le marché du bijou. « S’il y a parfois des situations dramatiques, poursuit le directeur, il faut savoir que 95 % des gages sont récupérés par les clients. 5 % seulement partent en vente. Nous sommes un service public, nous n’avons aucun intérêt à ce que les bijoux des gens partent en ventes forcées. »

En 2019, 30 ventes normales de bijoux et objets divers (montres, argenterie, sacs…) y ont été programmées, en plus de 5 ventes spéciales. « La sélection des objets dépend de la quantité et de la nature des gages qui arrivent à échéance. Tout ce qui se trouve chez nous est déterminé par ce qui nous vient des clients. Quand un objet arrive à échéance, on écrit à son propriétaire en lui recommandant de se dépêcher. Trois mois plus tard, une vente est organisée. On ne maîtrise donc pas entièrement nos choix et nous ne faisons certainement pas du volume pour faire du volume. Par contre, autrefois, nous avions des ventes mixtes, tous objets confondus : maintenant, on catégorise les objets parce que celui ou celle qui est intéressé(e) par une bouteille de vin ne l’est pas forcément par une guitare ! »

Sur le site du Mont-de-Piété, la phrase « Ne vendez pas les biens qui vont sont chers » se faufile entre les catalogues des prochaines ventes et les prises de rendez-vous. Certains et certaines, pourtant, se seront séparé(e)s de véritables trésors. « Dans le bijou, quand on regarde les biens les plus bankables, explique Etienne Lambert, ce qui se vend surtout, c’est l’or et l’argent. Hormis le diamant, les pierres n’apportent pas beaucoup de plus-value. Sauf exception, même une petite émeraude n’ajoutera pas une grande valeur financière au bijou. » L’âge importe peu finalement. « Ce qui compte, c’est la façon. Un bijou ancien aura une forme un peu classique, travaillera exclusivement avec des métaux précieux, alors que le bijou contemporain est plus mixte au niveau des matières : on commence à voir du PVC, des poils d’éléphants, des écailles de tortue… »

Des pièces exceptionnelles

Lors des petites ventes du mardi (dites « normales »), les biens partent en majorité chez les professionnels qui les destinent assez massivement à la fonte. Dans la mesure où les prêts consentis par le Mont-de-Piété démarrent à 30 euros et que la moyenne se situe autour de 500 euros, la majorité des pièces qui y transitent sont de « petits bijoux ». Mais on y croise parfois des lots exceptionnels qui, eux, sont mis de côté et gardés pour les ventes du samedi (« spéciales ») qui appâtent les particuliers. « La différence entre ces deux types de ventes, c’est la qualité des bijoux. Nous avons monté une grande exposition entre avril et juin de l’année dernière avec les plus belles pièces passées par le Mont-de-Piété. Et il y en a eu ! Des montres grimpant à 70.000 euros, des bagues ou des bracelets de diamants pour 25-30.000 euros… Non, ce n’est pas la majorité des objets, mais ça arrive aussi chez nous ! »

Prochaine vente, mardi 12 février : exposition de 10 à 12 h et vente publique à partir de 13 h. Vente spéciale le samedi 16 février à partir de 13 h (exposition les jeudi 14 et vendredi 15 février de 10 à 15 h et le samedi 16 février de 10 à 12 h). Au Mont-de-Piété de la Ville de Bruxelles, 19-23 rue St-Ghislain, 1000 Bruxelles. 02-512.13.85. www.montdepiete.be/

 
 
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