Le livre ancien et de collection fait son marché

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Gravure de Bernard Picard, extrait de l'ouvrage « Cérémonies et coutumes religieuses des peuples idolâtres » (Amsterdam, 1723). Cette illustration est un clin d'oeil récurrent que la Librairie des Eléphants adresse aux fidèles, qui participent aux ventes publiques. Sur chaque publication annonçant une vente, figure chaque fois une représentation d'éléphant.
Gravure de Bernard Picard, extrait de l'ouvrage « Cérémonies et coutumes religieuses des peuples idolâtres » (Amsterdam, 1723). Cette illustration est un clin d'oeil récurrent que la Librairie des Eléphants adresse aux fidèles, qui participent aux ventes publiques. Sur chaque publication annonçant une vente, figure chaque fois une représentation d'éléphant. - D.R.

Spécialisée dans la vente publique de livres anciens et de collection(s), la Librairie des Éléphants organise des ventes publiques de livres aux enchères depuis 1981. Ces ventes ont lieu une fois par mois, le samedi après-midi dans la salle Laetitia (48, avenue des Grenadiers, à Ixelles). Entre 350 et 500 lots sont mis aux enchères. L’ambiance est très familiale. La plupart des participants se connaissent.

Qu’entend-on par livre ancien ? Un livre qui a du vécu, publié à partir du quinzième siècle. Traditionnellement, c’était un livre de plus de 200 ans. Mais la définition a évolué et englobe aujourd’hui des ouvrages beaucoup plus récents.

A la tête de la Librairie des Éléphants, installée place Van Meenen, en face de la maison communale de Saint-Gilles, Antoine Jacobs. Expert et organisateur des ventes publiques (il en a plus de 400 à son actif), l’homme est évidemment un grand amoureux des livres. Il en parle avec beaucoup d’affection, comme de vieux compères. « Les livres ont des choses à nous raconter. Ce sont des amis. Quand on les retrouve, on est parfois heureux. Ils ont parfois des vies multiples grâce aux différentes éditions dont ils font l’objet. »

Lors des ventes publiques de livres, la moyenne d’âge est très élevée, observe monsieur Jacobs. « Il y a des clients que je fréquente depuis plus de quarante ans. » Parmi eux, pas mal de collectionneurs, passionnés. Les collections connaissent différentes classifications : par auteurs, par lieu d’édition, par thématique, par reliures…

Tout comme la Grande-Bretagne ou les Pays-Bas, la Belgique est une terre de collectionneurs, assure Antoine Jacobs. Le Graal absolu pour le collectionneur type ? « Les livres inaccessibles. Comme la Bible de Gutenberg », sourit-il.

Certains livres se vendent jusqu’à quelques milliers d’euros. Un ouvrage surréaliste s’est envolé, jadis, pour 12.000 euros. Les atlas continuent de se vendre cher. Mais on peut aussi, lors de ventes publiques, dénicher quelques perles plus modestes autour de 150 à 200 euros. « Les livres illustrés du dix-neuvième siècle ne sont pas chers en ce moment. Les textes ne valent pas grand-chose, mais les illustrations sont magnifiques. »

L’expert avertit, cependant : « La spéculation, dans le marché du livre, ça n’a aucun sens. Les grands livres illustrés que l’on s’arrachait il y a vingt ans n’intéressent déjà plus personne. »

Ce qui marche bien en 2019 ? Des livres de contestation, liés par exemple à Mai 68, à la libération des mœurs, aux situationnistes. « Tous les ouvrages qui sont témoins de l’époque, reprend Antoine Jacobs. Mais aussi les livres qui permettent de se replonger dans sa jeunesse. »

L’ombre d’Internet

Antoine Jacobs a vu de nombreux confrères abandonner leurs librairies pour ne plus vendre que par internet.

A l’ère d’Amazon, les ventes publiques de livres anciens ont-elles pris un coup de vieux ? Si un collectionneur recherche un livre précis, il peut, certes, en quelques clics savoir dans quel coin du monde il pourra le trouver et à combien d’exemplaires.

Mais il y a des déconvenues, tempère Jacobs. « Parfois, l’état du livre acheté par internet se révèle déplorable. En ce domaine, rien ne vaut la consultation et le contact physiques avec le livre ancien. »

Il n’empêche : la clientèle du livre ancien et de collection prend de l’âge. Et se pose du coup la question, pour les libraires de livres de collection, du renouvellement des acheteurs. Antoine Jacobs se refuse néanmoins à céder au pessimisme. « Pas mal de mes confrères qui ont fermé leurs magasins pour aller vers la vente en ligne en reviennent. Je n’ai jamais vu autant de gens qui se séparaient de leurs livres. Alors qui sait ? Nous faisons peut-être un métier d’avenir… »

Prochaine vente publique de livres : samedi 23 février, 14 heures, salle Laetitia, avenue des Grenadiers 48, 1050 Bruxelles.

«Actuellement, le public est attiré par le visuel»

Par Julie Huon

60 dessins originaux signés Pierre Falké dans cette édition rare de la « Clairière » de Maurice Constantin-Weyer (1929).
60 dessins originaux signés Pierre Falké dans cette édition rare de la « Clairière » de Maurice Constantin-Weyer (1929). - D.R.

Evelyne Morel de Westgaver est, avec son époux Alain, à la tête de la librairie Morel de Westgaver, à Bruxelles, qui organise des ventes publiques de livres anciens, cartes postales, affiches, chromos, photos, estampes, cartes, autographes et objets de curiosité. Très « connectée » avec son époque, la maison – particulièrement active sur Instagram, avec des posts aussi réguliers qu’inspirants – prouve qu’antiquités et modernité riment plutôt bien.

Qu’est-ce qui « marche » aujourd’hui dans le livre ancien ?

Internet a bouleversé le marché. L’offre est pléthorique, ce qui a entraîné un tassement des prix en vente publique pour les livres plus communs et a poussé vers un certain élitisme en salles de ventes. Le public des ventes cherche donc des choses plus rares ou pointues, plus remarquables ou prestigieuses. D’autre part, il faut tenir compte de l’effet de mode et des goûts qui évoluent également. En littérature, on remarque que certains auteurs sont tombés dans l’oubli. Pour les gravures, il en va de même. Certains artistes ont vu leur cote s’effondrer tandis que d’autres prennent le relais. À l’heure actuelle, le public est très attiré par le visuel ou le côté graphique.

La vente publique fonctionne bien ?

En vente publique, lorsque la maison de vente propose une rubrique assez fournie sur un sujet particulier, cela entraîne évidemment une émulation et attire un public plus large ; il n’est pas toujours évident de réunir une belle quantité sur un même sujet. C’est l’effet de collection. En ce qui concerne certains livres, plus ils ont des caractéristiques propres, voire uniques (reliure signée, tirage restreint ou exemplaire de tête, illustrateur recherché, ajouts de dessins originaux de l’illustrateur, envoi de l’artiste ou de l’illustrateur), plus leur cote est élevée. Bien entendu, tous les collectionneurs ne disposent pas d’un budget très élevé, mais chacun dans son domaine (livres, cartes postales, gravures, cartes géographiques, BD…) essaye de trouver la (petite) perle qui manque à sa collection.

Vous avez eu des ventes avec de très belles adjudications.

Un exemple précis, en mars 2018, nous avons vendu un ouvrage de Maurice Constantin-Weyer, Clairière (1929) qui réunissait plusieurs des caractéristiques que j’évoquais : une édition originale, un des 10 Japon hors commerce (exemplaire nºIII imprimé pour Pierre Falké), une reliure signée par Geneviève de Léotard, 60 dessins originaux coloriés et signés, etc. Estimation : 2.500-3.000 euros. Adjugé à 4.800 euros. Pour certains, un tel budget n’est pas à portée, mais il y a des livres bien plus chers encore. Et d’autres moins. Comme Les chansons de Bilitis de Pierre Louys, illustrées de douze eaux-fortes originales gravées par Édouard Chimot (1925). Estimation : 600-700 euros. Adjugé : 1.000 euros. Ou cet ensemble de 118 cartes postales de gares belges, époques diverses estimé 200-250 et adjugé… 850 euros. Le côté « unique » ou « rare » a de plus en plus d’importance. Même pour de toutes petites choses.

Prochaine vente publique le 23 mars à 13 h, rue Henri Marichal 24, 1050 Bruxelles. www.book-auction-morel.com/

 
 
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