Batibouw 2019: construction et économie circulaire: du potentiel et des enjeux, mais le chemin est encore long

Dans cet article
L’économie circulaire repose notamment sur des systèmes constructifs permettant la réversibilité des bâtiments.
L’économie circulaire repose notamment sur des systèmes constructifs permettant la réversibilité des bâtiments. - Olivier Polet

Extraire les matériaux, les utiliser et ensuite s’en débarrasser en fin de vie. Jusqu’à présent, la construction fonctionnait essentiellement selon ce principe linéaire qui ne tenait pas compte des limites en matière de ressources et de possibilités de stockage. Or ce mode de fonctionnement n’est plus soutenable à l’heure actuelle, notamment pour des raisons écologiques. L’impact de la construction sur l’environnement continue à s’amplifier à l’échelle mondiale et, si l’on veut rendre le secteur plus vert, il ne suffit pas d’appliquer des principes écologiques durant la phase d’utilisation des bâtiments : il faut aussi s’intéresser à leur cycle de vie. De l’extraction des matériaux de construction jusqu’à la démolition éventuelle du bâtiment, de nombreuses étapes énergivores entrent en jeu et mobilisent des ressources. D’où l’idée d’une construction circulaire.

Mais de quoi s’agit-il au juste ? De manière générale, l’économie circulaire vise à limiter les déchets et à optimiser l’utilisation et la durée des ressources au travers de plusieurs moyens comme le réemploi, le recyclage, la réparation… Appliqué à la construction, le concept concerne principalement trois piliers, mis en évidence par le Centre scientifique et technique de la construction (CSTC). Il s’agit tout d’abord de « concevoir et construire des bâtiments flexibles à l’usage, adaptables aux besoins, qui ne deviennent pas obsolètes et qui permettent de récupérer les matériaux en fin de vie » (modularité et réversibilité des édifices). Le CSTC évoque ensuite la nécessité de « développer des solutions techniques pour extraire et valoriser les ressources matérielles disponibles dans les bâtiments existants  ». Enfin, le dernier pilier consiste à « imaginer de nouveaux modèles d’affaires qui encouragent la création et la préservation de valeur pendant tout le cycle de vie des bâtiments et des matériaux ».

Le champ d’action est donc large. L’utilisation de matériaux récupérés pose par exemple des questions d’un point de vue technique. « Les matériaux neufs suivent tout un processus de caractérisation et de certification qui compte plusieurs étapes et différents intervenants, illustre Ambroise Romnée, chef de projet au Laboratoire développement durable du CSTC. A l’heure actuelle, il n’existe pas (ou peu) de cadre à ce sujet pour les matériaux de réemploi. Or, comme ceux-ci peuvent être voués à remplir des fonctions identiques aux matériaux neufs, il est nécessaire de vérifier qu’ils remplissent toujours bien certaines caractéristiques techniques. »

La construction circulaire présente aussi d’autres énormes défis, notamment en matière de démolition, de récupération ou de recyclage des matériaux et éléments pollués par des contaminants (l’amiante par exemple).

Un autre défi se situe au niveau des mentalités. « Déconstruire un bâtiment réclame par exemple plus de temps que de le démolir, soutient Ambroise Romnée. Il faut aussi que les maîtres d’ouvrage adaptent leurs cahiers des charges et que les différents acteurs d’un chantier acceptent de travailler selon des approches plus collaboratives, comme le “bouwteam”. La construction circulaire inclut aussi de nouveaux business models plus axés sur le service que sur le produit – comme par exemple le leasing de matériaux – et cela peut être difficile à mettre en place car il faut une vraie confiance entre les partenaires des responsabilités qui s’étalent sur de nombreuses années. »

Une autre complexité de la construction circulaire est son morcellement. Les projets dans ce domaine sont, en effet, nombreux mais pas forcément coordonnés entre eux. Rien qu’en Belgique, les trois Régions appliquent chacune leur politique et leurs programmes spécifiques : le Green Deal Circulair Bouwen, le Vlaams Materialenprogramma et le plan Visie 2050 pour la Flandre, le Plan Marshall 4.0 pour la Wallonie et le Programme régional en économie circulaire (Prec) pour Bruxelles-Capitale.

Quelques collaborations existent toutefois, notamment à l’échelle de l’Europe avec le projet Interreg FCRBE sur la recirculation des éléments et matériaux de construction, ou encore avec le programme Bamb (Building As Material Banks) qui prône le partage d’outils et de connaissances entre quinze partenaires privés et institutionnels. Le projet Bamb s’est clôturé comme prévu début 2019, après quatre années ayant notamment débouché sur la réalisation de plusieurs outils et projets de construction circulaire qui devraient contribuer à développer la filière.

Projet: un test grandeur nature à la VUB

Par Marie-Eve Rebts

Le Circular Retrofit Lab explore les possibilités de rénovations réversibles.
Le Circular Retrofit Lab explore les possibilités de rénovations réversibles. - Olivier Polet

Réutilisation des matériaux, modèles économiques, systèmes de construction modulaires et réversibles… de nombreux pans de la construction circulaire font actuellement l’objet de projets pilotes dans plusieurs pays – y compris en Belgique. A la VUB, des architectes, chercheurs et ingénieurs ont en effet créé un laboratoire de rénovation circulaire qui s’inscrit dans le cadre du programme européen BAMB : le « Circular Retrofit Lab ». L’équipe a choisi comme objet d’étude l’une des nombreuses maisons d’étudiants du campus de la Plaine bâties dans les années 1970 par Willy Van Der Meeren. « Ces habitations ont été construites à la hâte car elles étaient vouées à être temporaires, mais au final la plupart sont restées, explique Stijn Brancart, membre de l’équipe de recherche du Circular Retrofit Lab. Leur destruction a été évoquée il y a quelques années, mais beaucoup s’y sont opposés car elles font partie du patrimoine du campus. En rénovant l’une de ces maisons, le Circular Retrofit Lab veut tester et démontrer les possibilités qui existent, notamment en matière de réversibilité et de modularité. »

Pour guider leurs travaux, les chercheurs ont imaginé quelles pourraient être les futures affectations de ce bâtiment d’un peu moins de 200 mètres carrés, qui jusqu’à présent accueillait huit chambres d’étudiants. Il a été choisi dans un premier temps de réserver le rez-de-chaussée à un espace d’exposition et de séminaires et l’étage à des bureaux. Les chercheurs ont également envisagé que, par la suite, le Circular Retrofit Lab soit transformé en bureaux puis en maison d’hôte écologique.

Eléments interchangeables

Sur le terrain, les premiers travaux ont consisté à démanteler le bâtiment pour ne laisser que la structure en béton des modules préfabriqués originaux. Les chercheurs ont en parallèle conçu et testé divers composants pour remplir cette ancienne structure avec des éléments modulables qui lui permettent aussi de répondre aux diverses normes actuelles en termes de sécurité, technique, etc. En collaboration avec divers fabricants, ils ont notamment mis au point des éléments de façade préfabriqués facilement interchangeables ou remplaçables selon les besoins. Il en existe de trois types (partiellement vitré, entièrement fermé ou totalement vitré), mais tous ont une taille standard qui permet de les utiliser à divers endroits du bâtiment.

L’aménagement intérieur est quant à lui réalisé à l’aide de plusieurs systèmes de murs démontables, comme des parois fixées par des velcros, des panneaux glissés dans des montants métalliques ou des profils en carton, ou encore des assemblages de poutres et colonnes en laminé fixés par des connecteurs en métal. Plusieurs de ces solutions s’appuient sur la transformation d’éléments utilisés depuis longtemps dans la construction comme, par exemple, le système porteur GIS de Geberit qui se base sur des profils en acier et permet de nombreux assemblages.

Les installations techniques ont elles aussi été pensées pour être aisément adaptées. Beaucoup d’entre elles sont par exemple insérées sous le plancher laissé brut et sont accessibles via des trappes.

Actuellement en cours, la rénovation du Circular Retrofit Lab devrait être terminée pour le mois de mars. Plus qu’un test, le projet est voué à servir d’exemple et de vitrine pour la rénovation circulaire : d’autres maisons similaires du campus pourraient en effet être modernisées selon les mêmes principes.

 
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