Didier Reynders était bien «à la manœuvre» sur les fonds libyens, selon plusieurs députés

Didier Reynders (MR).
Didier Reynders (MR). - Belga.

Les réactions politiques ne se sont pas fait attendre, mercredi, après la publication par Le Soir d’une lettre de Didier Reynders (MR). Dans cette missive à son homologue libyen datant de 2012, le ministre des Affaires étrangères évoquait pêle-mêle les enjeux du « dégel » éventuel de fonds libyens détenus dans des banques belges et le sort d’entreprises qui réclamaient un paiement. Parmi les huit sociétés se trouvait CK Technology, une entreprise de Visé qui construit des stands de tir, mais qui ne pouvait matériellement pas demander de l’argent à la Libye, comme révélé dans nos colonnes.

« M. Reynders a toujours déclaré ne pas être intervenu dans le dossier du dégel des fonds libyens, souligne le chef de file d’Ecolo à la Chambre, Georges Gilkinet. On voit pourtant avec son courrier aux autorités libyennes qu’il était au carrefour de la question. » Et de poser une série de questions : « Quel est le contenu des discussions qu’il a pu avoir avec les autorités libyennes préalablement à l’envoi de ce courrier ? Quelle a été la réponse apportée par le pouvoir libyen à ce courrier ? Les entreprises belges ont-elles in fine été remboursées ? Le dégel des fonds était-il une condition fixée par les Libyens pour ce faire ? »

La lettre de Didier Reynders interroge profondément Georges Dallemagne (CDH) : « On voit bien qu’il y a eu une démarche proactive du ministre. Il explique qu’il a joué le rôle d’une simple “boîte aux lettres”, pourtant il ne fait pas que remettre une liste d’entreprises belges : c’est lui qui attire l’attention des Libyens sur les avoirs détenus chez nous. » Le député humaniste « s’interroge également sur la chronologie »  : « La lettre date d’août 2012. C’est-à-dire qu’elle est antérieure de seulement 3 mois à la libération des intérêts des fonds libyens », une décision rendue possible par l’administration belge et aujourd’hui jugée illégale par un panel d’experts de l’ONU.

« On voit bien que c’est Didier Reynders qui était à la manœuvre sur ces questions », conclut Georges Dallemagne.

Paul-Olivier Delannois, pour le Parti socialiste, juge rudement « l’attitude scandaleuse » du ministre libéral : « Cela fait des mois qu’on lui demande ce qu’il a posé comme actes dans ce dossier. Et cela fait des mois qu’il nous répète qu’il n’y a rien dans le dossier. » M. Delannois vise également l’autre figure du MR : « Il y en a un autre qui se moque de nous, c’est Charles Michel. Il nous répète que le prince Laurent, qui cherche à se faire rembourser un investissement en vertu d’une décision de justice, est traité comme tout citoyen. Mais avec cette lettre on a la preuve que le prince n’est pas traité comme tout le monde : il est traité moins bien que les autres ! Et ce, quoi qu’on puisse penser du prince… »

Cette lettre de Didier Reynders est franchement « perturbante », pour le président de Défi, Olivier Maingain. « Elle démontre que le dossier des fonds libyens ne relevait pas d’une simple gestion purement administrative, comme on nous l’a souvent affirmé. » M. Maingain pose la question de savoir si « un ministre des Affaires étrangères prudent n’aurait pas dû, avant d’écrire cette lettre aux Libyens, prendre la précaution d’en référer aux Nations unies ? Car il ne s’agissait pas d’une notion anodine. M. Reynders a été très actif, tant sur le volet des entreprises belges qu’en Libye », constate le député fédéral amarante.

Le député fédéral PTB Marco Van Hees a choisi Twitter pour livrer son ressenti : « Pour libérer quelques millions à des sociétés belges, Didier Reynders a-t-il fait libérer quelques milliards à des milices libyennes ? »

Dirk Van der Maelen (SP.A) avait (comme d’autres élus) demandé à la Chambre si M. Reynders avait plaidé en faveur d’entreprises belges auprès des Libyens. « Il ne peut plus cacher qu’il n’a rien fait pour cela », a déclaré le socialiste flamand dans les colonnes du Morgen, qui publiait également le contenu de la lettre dans son édition du jour.

Les travaux se poursuivent à la Chambre

Les suites politiques ? La commission des Finances a acté ce matin la suite de ses travaux. Elle entendra le 15 mars les avocats et experts Robert Wtterwulghe (WATT Legal) et Jean-Pierre de Bandt (Linklaters), qui ont assisté le prince et son ex-ASBL dans sa quête de remboursement. Seront aussi invités à témoigner : Frans Godts, ex-responsable de la cellule embargos à la Trésorerie belge ; Alexandre De Geest, l’actuel administrateur-général de la Trésorerie, et – s’il accepte de revenir – son prédécesseur Marc Monbaliu à huis-clos.

Les députés ont finalement acté la « décision de principe » d’entendre les (ex-)ministres concernés, Steven Vanackere (ex-Finances, CD&V) et Didier Reynders. Mais à une date ultérieure.

 
 
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