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Des chercheurs appellent à la grève climatique mondiale: «Nos vérités sont difficiles à entendre»

Des scientifiques et des universitaires de diverses disciplines signent une tribune dans laquelle ils invitent à marcher pour le climat. Leurs travaux disent des vérités difficiles à entendre.

Carte blanche - Temps de lecture: 4 min

Nous sommes des scientifiques et universitaires de diverses disciplines. Depuis des années, nos travaux disent des vérités difficiles à entendre sur l’état de la planète et du monde, et en particulier sur la menace existentielle que représentent les bouleversements climatiques et la destruction de la biodiversité. Nous avons en premier lieu fait notre travail : investiguer et documenter, tester des hypothèses et construire des modèles, nourrir à partir de l’évidence scientifique des réflexions sociologiques, économiques, juridiques, historiques et philosophiques, toutes soucieuses des procédures démocratiques. Nous avons ressenti l’angoisse de chercheurs face à l’abîme auquel les confrontent des dangers inédits : ceux des effondrements en cours et probables de la civilisation thermo-industrielle et de l’épuisement de nos ressources naturelles. Alors, nous avons sensibilisé les décideurs. Nous nous sommes parfois faits conseillers du prince. Nous avons construit des ponts avec les forces organisées dans la société civile, sensibles à la cause écologique. Nous avons alerté mille fois l’opinion publique et les citoyens. Nous avons nourri le débat public, ouvert la science à l’expertise citoyenne. Nous avons tout essayé. Et pourtant…

Le péril ne cesse de croître, et se dérobe même ce qui sauve ! Jamais en effet l’abîme n’aura été si béant entre ceux qui tiennent le manche, décident de l’orientation à prendre, et ceux qui souffriront de l’obstination des premiers à ne pas voir l’effritement physique et biologique du monde autour d’eux. Figurent parmi les premiers les actuels détenteurs du pouvoir économique, ceux pour qui seul compte de vendre plus, quel que soit ce qui est vendu et ses conséquences ; ceux qui maintiennent des procédures biaisées d’évaluation du risque des pesticides et autres substances dangereuses ; ceux qui proposent des investissements juteux dans les produits fossiles. Y figurent encore moult dirigeants, ceux qui depuis des décennies ont bradé le pouvoir de régulation des États, ceux qui signent des accords commerciaux multilatéraux assortis d’une justice féodale à la solde de géants industriels ; ceux qui orientent la colère des foules vers des cibles trompeuses ou secondaires. A l’opposé se situent tous ceux qui pâtiront de l’obstination des premiers. Ce sont d’abord les lycéens et les étudiants qui suivent le mot d’ordre de grève climatique de Greta Thunberg ; et au-delà la jeunesse de la planète entière. C’est toute cette partie jeune de la population qui s’angoisse de l’effondrement et se mobilise sur ces sujets, qui voit la civilisation thermo-industrielle et le néo-libéralisme débridé les emporter vers le cauchemar climatique et l’effondrement du vivant.

Or, c’est devenu pour ceux qui possèdent une parcelle de savoir, un impératif moral et politique d’accompagner et d’encourager cette mobilisation de la jeunesse, de chercher avec elle et avec le plus grand nombre des réponses progressives et efficaces aux défis vitaux auxquels nous sommes désormais confrontés.

► Les membres de Youth for Climate appellent à une grève mondiale le 15 mars

Crier au scandale de la politisation du savoir

Nous entendons déjà ceux qui crieront au scandale de la politisation du savoir. Quelle hypocrisie et quel cynisme ! Depuis des décennies, via les technosciences, la production de savoir est trop souvent financée par des intérêts privés purement mercantiles, et quand ce n’est pas le cas, les produits de la recherche sont majoritairement voués à alimenter le seul marché, à empoisonner les écosystèmes et à détruire des emplois, etc. La seule vraie neutralité réside dans les instruments et les méthodes, ceux qui sont mis à profit par les empoisonneurs comme par les lanceurs d’alerte qui en dénoncent les agissements. Épouser et soutenir le mouvement d’une civilisation mortifère, c’est loin d’être neutre. Le dénoncer et le refuser nous paraît simplement constituer un acte citoyen.

C’est pourquoi nous rompons avec le devoir de réserve que nous nous sommes si souvent imposés. Nous soutenons et rejoignons les enseignants comme les chercheurs, femmes et hommes, qui s’engagent à des titres divers auprès de la jeunesse. Nous ferons nous aussi la grève scolaire pour le climat le 15 mars. Nous comprenons un mouvement de désobéissance civile comme Extinction Rebellion, dont la radicalité relève du réflexe de survie. Une radicalité bien faible face à celle de ceux qui veulent nous faire survivre hors sol, ou nous promettent de nous conduire sur Mars, c’est-à-dire sur une planète morte, après avoir rendu la nôtre impropre à la vie !

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12 Commentaires

  • Posté par Burniat Walter, jeudi 21 février 2019, 17:26

    "Science sans conscience n'est que ruine de l'âme"...Merci amis et collègues scientifiques et membres de ma famille. Cela fait plusieurs générations que nous sommes en militance pour une humanité justement partagée. Et pour la sauvegarde de notre planète bleue. Je co-signe volontiers. Docteur Walter Burniat. U.L.B.

  • Posté par Philippe Steemans, jeudi 21 février 2019, 8:20

    Où est cette pétition, qu'on puisse la signer?

  • Posté par Philippe Pasman, jeudi 21 février 2019, 7:48

    Au coup de sifflet les moutons se lèvent et marchent.

  • Posté par Byloos Dominique, jeudi 21 février 2019, 7:44

    Totalement d'accord avec ce texte. Actuellement, tout est tourné vers le productivisme à outrance et le gain à tout prix. Au nom de cette politique, nous consommons beaucoup trop de matières premières et nous détruisons notre planète, des sociétés produisent des biens néfastes à notre santé (peu importe cela rapportera de l'argent), des gens perdent leur emploi .... Dans notre société, l'argent domine tout. Il faut changer de réflexion et faire passer le bien être des gens avant tout autre considération. J'ai des enfants et je me demande s'ils trouveront encore du travail, s'ils pourront subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille, s'ils pourront vivre en bonne santé. Il n'y a pas pire prédateur pour l'homme que l'homme lui-même.

  • Posté par François Van Ghyseghem, jeudi 21 février 2019, 6:29

    La solution est dans le respect des lois qui régissent l'Economie de Marché : les coûts externalisés DOIVENT être intégrés au prix des produits sinon il s'agit de dumping. Un mécanisme d'Ecomalus (Eco pour économie & écologie) qui n'est pas une taxe mais un rééquilibrage économique, doit intégrer le prix des produits externalisant leurs coûts (pollution, social, risque financier, etc...) pour diminuer les prix des produits apportant un bénéfice externalisé - Ecobonus - (train, hydrogène, vélo, pistes cyclables, taxi, etc...). C'est en justice que se trouve la solution pas au niveau politique, il s'agit que les associations concernées se fédèrent pour faire respecter les lois de l'économie de marché devant la justice.

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