Vous avez dit fatale?

On ne présente plus Philippe Berthet. L’auteur franco-belge de la célèbre série « Pin-Up », cosignée avec Yann aux éditions Dargaud depuis le début des années 1990, expose une centaine d’œuvres chez Marc Breyne et Alain Huberty, au cœur du quartier du Châtelain, dans le vaste espace exploité par la galerie française depuis septembre dernier.

Une exposition « bilan », qui dévoile aussi bien des planches originales que de nombreux crayonnés et des œuvres inédites librement inspirées par l’héroïne de « Pin-Up », mais pas que. Berthet a en effet poussé ses recherches bien au-delà de la mise en scène de Dottie, son personnage principal. Outre une cinquantaine de planches originales, les amateurs sont invités à découvrir des croquis, des illustrations en couleur et des toiles d’héroïnes potentielles, en couleur comme en noir et blanc, ainsi qu’une série de « Bad Girls » mettant en scène ces nouvelles femmes fatales imaginées dans des scénarios parfois dangereux.

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Pin-Up, Ote-toi de mon soleil
», encre de Chine et de couleur sur papier, 32 x 24 cm, pièce unique, signé en bas à droite, vendue.
« Pin-Up, Ote-toi de mon soleil », encre de Chine et de couleur sur papier, 32 x 24 cm, pièce unique, signé en bas à droite, vendue. - Hubertybreyne

Biberonné au film noir et au polar, Berthet puise son inspiration aux sources du glamour fifties pur jus. Dans la grande tradition des photographes comme Peter Gowland, Andre de Diennes, Howell Conant ou encore Bunny Yeager, il parvient à mettre en scène de charmeuses et charmantes figures féminines en évitant toute faute de goût. Ces femmes sont fières, sûres d’elles, de leurs atours comme de leurs atouts. Leurs poses sont pensées, étudiées et justifiées.

« Dessiner des pin-up, pour moi, c’est comme une deuxième vie, une respiration. Je n’ai pratiquement plus besoin de sources d’inspiration même si je feuillette encore des revues de mode des années 1950 pour m’imprégner de l’époque et renouveler formellement mes propositions. Pour cette exposition, j’ai passé trois mois à faire de nouvelles images, dont un certain nombre sont tirées du personnage principal de la série, mais j’ai voulu enrichir le thème avec le pendant négatif de la pin-up, en présentant une autre facette de la femme fatale, dangereuse, plus dure. Dès que je mets un mec dans l’image, ça marche moins bien en termes de vente, je ne peux pas le cacher ! »

Histoires possibles

Désireux de sortir du format habituel de la planche BD, Berthet effectue toujours des crayonnés de petite taille, puis passe au plus grand format, à l’acrylique ou à l’huile – pour les effets de flouté, qui ajoutent un côté plastiquement plus vaporeux. Collaborant avec sa compagne depuis trente ans, il lui laisse toute liberté dans le choix des couleurs. « C’est un thème qui ne nécessite pas vraiment de décor : il suffit d’une attitude ou d’une tenue vestimentaire pour ouvrir la porte à l’imaginaire. Dans les tableaux en grand format, je voulais qu’il y ait davantage de narration, que l’image dégage quelque chose de plus, qu’on puisse imaginer une histoire possible, un scénario potentiel. D’où ma recherche sur les cadrages, les accessoires. »

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Pin-Up, A la déloyale
», acrylique sur toile, 80 x 80 cm, pièce unique, signé en bas à droite, 10.000 euros.
« Pin-Up, A la déloyale », acrylique sur toile, 80 x 80 cm, pièce unique, signé en bas à droite, 10.000 euros. - Hubertybreyne

Travaillant sans trait, sans cerne noir, Berthet s’affranchit là de sa pratique habituelle, s’éloigne de la BD, expérimente… Pour le plus grand bonheur des fans de la série, qui suivent de près son évolution graphique : « Mon trait évolue avec la maturité, l’expérience. Ma vision de l’espace s’est affinée, mais c’est complètement intuitif : je ne le gère pas du tout consciemment. Pour certains agrandissements d’images issues des albums, j’ai essayé de ne pas retoucher le trait même si je sais qu’aujourd’hui je ne dessinerais plus ces détails comme ça. »

Jouant le jeu des références, l’artiste s’est en outre amusé à titrer ses œuvres en créant des correspondances avec les innombrables romans noirs et albums des années 1950. Une Valda pour Cendrillon est sans aucun doute l’œuvre phare de cette série, qui comprend aussi de fausses couvertures de « pulps » réalisées en collaboration avec sa fille. Et si l’on en croit le nombre de crayonnés vendus dès le soir du vernissage, la démarche a du succès !

« Philippe Berthet. Pin-up », jusqu’au 23 mars, Huberty & Breyne Gallery, du mardi au samedi de 11 à 18 h, 33 place du Châtelain, 1050 Bruxelles, 02-893.90.30. www.hubertybreyne.com

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