Batibouw 2019: l’Ordre veut défendre la place de l’architecte

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Les architectes ne voient pas d’un très bon œil l’expansion des constructeurs clé sur porte, c’est peu de le dire...
Les architectes ne voient pas d’un très bon œil l’expansion des constructeurs clé sur porte, c’est peu de le dire... - Pierre-Yves Thienpont.

La progression de la construction clé sur porte en Belgique est lente mais régulière. Il n’existe pas encore de chiffres permettant de la quantifier, mais elle prend notamment naissance en 2008 lors de la crise.

Les secteurs de la construction et de l’architecture connaissent alors une phase descendante. Depuis, la formule « all-in » séduit un large public et sait se montrer attractive en incluant les différents postes intervenant dans la construction d’un bien.

C’est justement ce qui titille l’ordre des architectes. « Le fait d’intégrer dans certaines offres de prix de clé sur porte la construction mais aussi les bureaux d’étude, l’architecte, le coordinateur de sécurité, etc., est une formule très pratique pour le maître d’ouvrage mais, de notre point de vue, ça veut dire que l’architecte perd de son indépendance, explique Philippe Meilleur, le président de l’Ordre. Du coup, on a un lien plus important entre le promoteur et son architecte qui ne va pas pouvoir défendre correctement les intérêts du client final. »

Sous l’apparence d’une formule classique où se retrouvent d’une part l’entrepreneur (dans ce cas le promoteur clé sur porte), d’autre part l’architecte et au final le client, le secteur donne une illusion occultant le lien de subordination existant entre le clé sur porte et l’architecte défavorable à l’acquéreur.

Pour Philippe Meilleur, la formule du clé sur porte est très opaque. « Pour tel montant, tout est compris. Quel est le coût réel de l’architecte ? On n’en sait rien. Ça pose un vrai problème sur la quantification de la mission. Il y a le risque de la banalisation de l’architecture, le manque d’indépendance et la non-maîtrise des coûts. »

Le président de l’Ordre est critique sur le produit du clé sur porte qui est, pour lui, de l’architecture de catalogue. « On choisit des modèles qui sont prédéterminés, il y a une banalisation dans ce genre d’architecture même si on note une légère amélioration dans les réalisations. On n’est certainement pas dans une architecture personnalisée comme certains le prétendent. On entend des publicités vendre ce principe mais c’est faux, on reste dans quelque chose de standardisé. Si un client veut une architecture qui va coller à ses envies, ses inspirations et son budget, il a tout intérêt à aller trouver un architecte », tranche sans détour Philippe Meilleur.

Frédéric Lapôtre, secrétaire général de l’Ordre, dénonce quant à lui une ambiguïté dans le lien existant entre l’acquéreur et l’architecte : « Le client pense que c’est son architecte, mais ce n’est pas le cas, c’est celui de l’entreprise. Le clé sur porte crée cette confusion. »

Dans une relation classique, la réflexion se construit par le dialogue et la communication entre l’architecte et son client, notamment sur l’évolution potentielle de la famille et de ses besoins. Dans le cas d’une réalisation clé sur porte, l’habitant doit apprendre à s’adapter à son bien.

Et Frédéric Lapôtre d’ajouter : « Pour moi, le clé sur porte a sans doute sa place dans le domaine de la construction parce qu’il permet à certains d’accéder à la propriété alors que dans d’autres circonstances ils ne le pourraient pas. Mais le clé sur porte est pour moi au départ un rêve brisé. Qui a envie d’acheter une maison clé sur porte ? Personne. La différence, c’est que dans ce segment d’activités, c’est l’acquéreur et sa famille qui doivent s’adapter à la maison. Alors qu’en réalité, ça devrait être l’inverse : c’est la maison qui doit s’adapter à la famille et à son évolution… »

Quantifier le travail

Par Nina Closson

L’ordre des architectes a élaboré une grille de calcul dont l’objet est de donner une estimation en heures de prestation par l’architecte selon le projet. Les heures sont données phase par phase. Cela permet au particulier de comprendre le travail de l’architecte. On peut aller plus loin en estimant son tarif horaire. Cet outil est à disposition du grand public et disponible sur le site de l’ordre des architectes. Une version destinée aux architectes est en cours d’élaboration.

 
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