Procès de Mehdi Nemmouche: la défense soutient «qu’un deuxième homme serait le tueur»

Sébastien Courtoy parlant avec son client Mehdi Nemmouche © Belga/Dessin d’Igor Preys
Sébastien Courtoy parlant avec son client Mehdi Nemmouche © Belga/Dessin d’Igor Preys

C’est le moment de vérité ce jeudi pour la défense de Mehdi Nemmouche. Elle va tenter de convaincre le jury de la cour d’assises de Bruxelles que celui-ci n’est pas le tueur du Musée juif. Les avocats sont attendus au tournant, après avoir fait miroiter depuis le début du procès une démonstration implacable de l’innocence de leur client. Six heures de plaidoiries ont été annoncées. La sécurité a été même renforcée.

Sébastien Courtoy est le premier à prendre la parole pour défendre son client. Il soutient qu’un mystérieux « deuxième homme » serait le véritable tueur du Musée juif et que la revendication filmée de l’attentat est « bidon ». L’avocat va jusqu’à prétendre que son client n’est pas antisémite car Nemmouche « porte des chaussures Calvin Klein ».

L’ex-otage français Henin d’avoir menti

Me Courtoy, conseil de l’accusé Mehdi Nemmouche, a continué jeudi sa remise en cause des éléments à charge de son client. L’avocat a pointé le témoignage du journaliste français Nicolas Hénin, qui était venu devant la cour d’assises désigner Mehdi Nemmouche comme son geôlier.

Le dossier concernant la prise d’otage de quatre journalistes en Syrie sera plaidé en France, a rappelé Me Courtoy. Deux d’entre eux étaient venus dire devant la cour qu’ils avaient reconnu l’accusé comme étant l’un de leurs tortionnaires.

« Si le fait d’avoir été détenu par les dingues de l’État islamique fait de vous une victime, cela ne vous donne pas le droit de venir mentir pour faire condamner un innocent », s’est emporté l’avocat.

Ce dernier a principalement fait référence aux auditions du journaliste Nicolas Hénin, en mai et juin 2014, soit avant et après les faits.

Selon Me Courtoy, un procès-verbal de la DGSI du 30 mai, soit le jour de l’arrestation de Mehdi Nemmouche, indique que les enquêteurs savaient déjà qu’il était le djihadiste connu sous le nom d’Abou Omar. Pourtant, il a été dit que c’était grâce au témoignage du journaliste, le 2 juin, que ce lien avait été fait, a relevé le pénaliste.

Lors de cette audition, Nicolas Hénin, qualifié d’« expert ès mensonge » par l’avocat de la défense, aurait affirmé que Mehdi Nemmouche lui avait dit en Syrie qu’il allait « buter une Israélite ». Il n’aurait donc pas employé le terme « fumer » qui a été souligné par l’accusation comme étant un mot utilisé à plusieurs reprises par l’accusé. Ce terme n’aurait été évoqué que dans une audition suivante, le 3 juin, pour « coller » aux thèses des enquêteurs, selon Me Courtoy.

Le journaliste n’avait par ailleurs pas évoqué cette annonce de Mehdi Nemmouche lorsqu’il a été entendu début mai, soit trois semaines avant les faits, a dénoncé l’avocat.

« Traitez-moi de nazi, de complotiste… tout ce que vous voulez, mais moi je ne manipule pas les dossiers », a-t-il insisté.

Pour Me Courtoy, l’absence de revendication invalide la thèse d’un attentat

Me Courtoy estime aussi que l’absence de revendication prouve que la tuerie du Musée juif de Belgique n’était pas un attentat, mais bien une «exécution ciblée d’anciens agents du Mossad», à savoir les époux israéliens Emanuel et Miriam Riva.

Lorsque l’Etat islamique commet un attentat, elle le revendique dans la foulée, comme à Paris et Bruxelles, a martelé Me Courtoy lors de sa plaidoirie jeudi matin.

Les djihadistes de Paris ont eu des articles à leur gloire dans le magazine de propagande de l’EI, mais «Mehdi Nemmouche, qui a quand-même bien ’mouillé le maillot’, lui, n’a pas eu droit à une ligne, quelle ingratitude!», a ironisé son avocat.

Le but de l’EI, c’est de terroriser, a-t-il insisté, soulignant que même si son «agence de presse» n’existait pas encore, l’organisation disposait des canaux de diffusion suffisants, ce qui lui avait permis de recruter des milliers de candidats au djihad à travers le monde.

Me Courtoy a aussi balayé des arguments avancés par certains de ses confrères, comme le fait que l’absence de revendication pourrait s’expliquer par une volonté de ne pas perturber la potentielle ligne de défense d’un suspect. Pour les attentats de Paris et Bruxelles, il y a des dizaines de personnes en détention, et cela n’a pas empêché l’EI de revendiquer immédiatement, a relevé l’avocat.

L’organisation - à l’époque Etat islamique en Irak et au Levant - n’était par ailleurs pas en pleine déliquescence, mais simplement en mutation, a-t-il ajouté.

Selon Me Courtoy, les vidéos de revendication évoquent Bruxelles - qui serait mise «à feu et à sang» par une série d’attaques - pour détourner l’attention de la véritable cible de la tuerie, à savoir les époux Riva. Il estime également que si Mehdi Nemmouche était l’auteur des faits, il serait étonnant qu’il ait fait preuve de«distraction» en oubliant de glisser une référence aux juifs dans ses revendications, alors que le Français de 33 ans est dépeint comme un «antisémite notoire».

Lors d’une matinée où il a été le seul à prendre la parole, l’avocat a pointé ce qui constitue à ses yeux un «concours de hasards extraordinaires». Il a, à ce titre, notamment visé l’alarme désactivée du musée, deux hommes à l’accent étranger qui se trouvaient à proximité ou encore les parcours des époux Riva et d’Alexandre Strens.«Que de coïncidences!», a-t-il fustigé.

Mehdi Nemmouche et Nacer Bendrer sont accusés devant la cour d’assises de Bruxelles d’être auteur et coauteur de l’attentat commis au Musée juif de Belgique le 24 mai 2014, qui avait coûté la vie à quatre personnes.

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