Energies renouvelables: loin de ses objectifs, la Belgique parmi les mauvais élèves

Avec seulement 9,1
% de l’énergie consommée qui provient du renouvelable, la Belgique est parmi les mauvais élèves au classement européen. © D.R.
Avec seulement 9,1 % de l’énergie consommée qui provient du renouvelable, la Belgique est parmi les mauvais élèves au classement européen. © D.R. - D.R

En matière d’énergies renouvelables, la Belgique doit encore faire un effort. Un gros effort. C’est ce qui ressort des statistiques publiées par Eurostat sur la consommation finale d’énergie d’origines renouvelables dans les 28 pays de l’Union. Pour rappel, l’UE s’est fixé un objectif : que l’énergie solaire, éolienne, hydraulique ou encore géothermique représente 20 % du total de l’énergie consommée par les citoyens et les entreprises européens d’ici à 2020. En 2017, on a atteint les 17,5 % (contre 17 % en 2016). Une progression constante que la Commission européenne juge « positive ». « Ce développement a été rendu possible par les objectifs contraignants d’augmentation de la part d’énergie provenant de sources renouvelables » imposés aux États membres.

Et c’est là que ça coince pour la Belgique. En 2017, le renouvelable pesait 9,1 % de l’énergie consommée chez nous, contre 8,6 % en 2016. Une progression en ligne avec la moyenne européenne (+ 0,5 %), mais insuffisante puisque la trajectoire prévoyait d’atteindre 9,5 %. Ce qui fait de notre pays le quatrième plus mauvais élève de la classe européenne, seulement suivi par Malte (7,2 %), les Pays-Bas (6,6 %) et le Luxembourg (6,4 %). Surtout, la Belgique risque de manquer son objectif pour 2020, fixé à 13 %. Pour l’atteindre, la trajectoire commande en effet d’augmenter le renouvelable de plus de 1 % par an sur les trois dernières années. Pas gagné, d’autant que depuis 2004, le rythme annuel de progression dans notre pays n’a dépassé 1 % qu’à une seule reprise (2009). Faute d’y arriver, la Belgique pourrait être sanctionnée, sauf à acheter la part de renouvelable manquante à un autre pays en surplus, via un accord de coopération.

La Suède sur la première marche

Car d’autres pays font évidemment beaucoup mieux que nous. Sur la première marche du podium, on retrouve la Suède qui consomme 54,5 % d’énergie renouvelable, un pourcentage qui dépasse déjà l’objectif fixé ce pays pour 2020 (49 %). Parmi les autres bons élèves, on retrouve également la Finlande (41 % de renouvelable), la Lettonie (39 %), le Danemark (35,8 %) et l’Autriche (32,6 %). Au total, onze pays de l’Union ont d’ores et déjà atteint ou dépassé leur objectif pour 2020.

« Il y a des chances importantes qu’on n’atteigne pas l’objectif des 13 %, déplore Fawaz al-Bitar, conseiller éolien chez Edora, la fédération belge des entreprises actives dans la transition énergétique. Ça ne veut pas dire qu’on n’y arrivera pas d’office, mais ça veut dire qu’on a intérêt à prendre vraiment le problème à bras-le-corps et à accélérer le déploiement des renouvelables. » Pour le spécialiste, il ne s’agit pas tant d’un problème d’investissement (« I l y a beaucoup de projets dans le pipeline », note-t-il) que « de freins et d’incertitudes juridiques à l’installation ». « Surtout, la Belgique doit se doter d’une véritable vision énergétique, insiste Fawaz al-Bitar. Et c’est là que le bât blesse. On voit par exemple toutes les tergiversations liées à la sortie du nucléaire. Elles sont impactantes pour le secteur renouvelable. On ne sent pas la Belgique investie d’une mission en termes de transition énergétique. Il faut aussi penser au juste prix de l’énergie, et se lancer sans tabou dans la tarification carbone. C’est important d’avoir un véritable tax shift environnemental, où on va vers une logique de pollueur-payeur qui rend le renouvelable plus attractif. »

Dans ces conditions, on ose à peine évoquer l’objectif suivant, celui de 2030. Dans le « Pacte national Energie Climat », l’Etat fédéral et les Régions ont placé la barre à 18,3 %. La Commission, de son côté, l’a fixé à… 27 % de renouvelable à l’échelle de l’Union européenne. Mais la distribution des efforts à faire par pays n’a pas encore été arrêtée.

Objectif « volontariste »

De son côté, la ministre fédérale de l’Energie, Marie-Christine Marghem (MR), rappelle que les pays qui présentent les meilleurs bilans sont notamment ceux qui bénéficient des « potentialités » topographiques ou hydrographiques les plus importantes. Mais elle n’en défend pas moins le bilan du gouvernement. « Le fédéral est compétent pour les éoliennes off shore, pour lesquelles nous avons un bilan assez positif en termes d’installations sous cette législature, détaille la ministre. Nous avons concrétisé un cadre régulatoire pour les trois derniers parcs d’ici à 2020, où nous aurons une puissance installée de 2.2000 MW. De ce point de vue-là, on est très bien classés ». Et si elle souligne que des matières telles que l’efficacité énergétique ou l’éolien on shore dépendent des Régions, elle n’en pointe pas moins « des politiques régionales intéressantes, comme l’audit énergétique en Wallonie, qui conditionne l’obtention de primes pour l’isolation ».

Quant à atteindre l’objectif des 13 %, la ministre préfère l’adjectif de « volontariste » à celui d’« optimiste », reconnaissant que « le délai est court et qu’il y a encore beaucoup d’efforts à faire ». La ministre insiste sur le fait que « le pourcentage d’énergie renouvelable est exprimé par rapport à un dénominateur, qui est la consommation finale . Parce que c’est ça qui va jouer un rôle considérable : la meilleure énergie, c’est celle qu’on ne consomme pas. Je suis certaine qu’avec la volonté concrètement exprimée par les politiques et la sensibilisation générale qui traverse toute la société sous l’impulsion des marches pour le climat, il y a tout à fait moyen de diminuer la consommation », conclut-elle.

 
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