La protection du patrimoine national

Dans cet article
Avant de l’exporter, le propriétaire doit examiner si l’œuvre doit être accompagnée d’une autorisation de l’Etat.
Avant de l’exporter, le propriétaire doit examiner si l’œuvre doit être accompagnée d’une autorisation de l’Etat. - Shutterstock

D’emblée, la question de départ apparaît étrange à l’oreille d’un collectionneur. Après tout, il dispose du droit le plus absolu sur ses créations, à savoir un droit de propriété. Comme pour tout autre objet, ce droit implique que le propriétaire puisse jouir de l’œuvre comme il l’entend : l’exposer, la prêter ou l’utiliser comme caution, mais aussi et surtout : la revendre.

Ce principe doit pourtant être tempéré par un ensemble de règles qui limitent plus ou moins fortement ce droit de propriété.

Protection européenne

La matière est fixée au sein du règlement relatif à l’exportation de biens culturels. Les considérants de ce texte nous éclairent sur le but recherché.

Il est notamment précisé qu’«  afin d’entretenir le marché intérieur, il est nécessaire d’avoir des règles concernant les échanges avec les pays tiers pour assurer la protection des biens culturels. Il est nécessaire de prendre des mesures, notamment pour assurer un contrôle uniforme des exportations de biens culturels aux frontières extérieures de la Communauté (européenne, NDLR). Un tel système devrait exiger la présentation d’une autorisation délivrée par l’État membre compétent préalablement à l’exportation de biens culturels. À cet effet, il est nécessaire d’avoir une définition claire du champ d’application desdites mesures et de leurs modalités d’application. La mise en œuvre du système devrait être aussi simple et efficace que possible ».

Dans la pratique, le règlement a prévu un listing qui vise à préciser les catégories de biens culturels qui doivent faire l’objet d’une protection particulière lors des échanges avec les pays tiers.

Tous les biens culturels ne sont évidemment pas visés et n’impliquent pas forcément d’obtenir une autorisation d’exportation (sortir de l’UE) ou d’expédition (sortir du pays au sein de l’UE). Un seuil financier est applicable en fonction du type de bien et de sa valeur. Les seuils varient entre 15.000 euros (par exemple pour les mosaïques, les photographies, les dessins) et 150.000 euros pour les tableaux. Le seuil est de 50.000 euros pour les statues, les voitures de collection et les livres notamment.

Autorisation d’exportation

Le règlement précise que l’exportation de biens culturels hors du territoire douanier de la Communauté est subordonnée à la présentation d’une autorisation préalable.

L’autorisation d’exportation est délivrée sur demande du propriétaire par une autorité compétente de l’État membre sur le territoire duquel le bien culturel en question se trouve.

En Belgique, ce sont les communautés qui sont compétentes pour les questions culturelles (1). Le règlement ne manque pas d’ajouter que l’autorisation d’exportation peut être refusée lorsque les biens culturels sont couverts par une législation protégeant les trésors nationaux ayant une valeur artistique, historique ou archéologique dans l’État membre concerné, ce que la Fédération Wallonie-Bruxelles n’a pas manqué de mettre en œuvre.

Biens classés et trésors nationaux

En Belgique francophone, la matière est donc complétée par un décret relatif aux biens culturels mobiliers.

Celui-ci prévoit de quelle manière des objets culturels peuvent être classés ou désignés en tant que trésor national : le gouvernement procède, en vue de leur protection, au classement des biens culturels mobiliers présentant un intérêt remarquable en raison de leur valeur historique, archéologique, ethnologique ou scientifique.

Les motifs justifiant le classement sont de plusieurs ordres, au moins deux devant être réunis : l’état de conservation, la rareté, le lien que présente le bien avec l’Histoire ou l’histoire de l’art, l’esthétique, la grande qualité de conception et d’exécution, la reconnaissance du bien par la communauté en tant qu’expression de son identité historique, esthétique ou culturelle, ou encore l’intérêt de l’ensemble ou la collection dont le bien fait partie.

Une fois classés, les objets concernés ne peuvent plus être expédiés ou exportés de manière définitive hors de la FWB.

En conséquence, de grandes collections peuvent être impactées par ces règles lorsqu’il s’agit de les valoriser à l’étranger pour le compte du propriétaire.

Avant de l’exporter, le propriétaire doit examiner si l’œuvre doit être accompagnée d’une autorisation de l’Etat.

(1) Voy. http://www.patrimoineculturel.cfwb.be

Droit de l’art

Jusqu’ à la fin de l’année scolaire, nous orienterons les analyses de cette chronique vers des aspects techniques habituellement incompris par les acteurs du marché de l’art : la TVA et ses exceptions dans le secteur culturel (droit d’auteur, exonérations), le régime de l’article 1bis dans le cadre d’une activité artistique, le fonctionnement des bureaux sociaux pour artistes, le nouveau droit des successions appliqué à des œuvres d’art...

A lire tous les premiers mercredis du mois.

Alexandre Pintiaux

Alexandre Pintiaux.

Alexandre Pintiaux est avocat au barreau de Bruxelles et maître de conférences en droit appliqué au champ culturel à l’Université libre de Bruxelles (ULB) dans le cadre du master en gestion culturelle. Il publie régulièrement des articles et ouvrages sur le droit de l’art en Belgique.

 
 
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