Le contrôle technique immobilier est né

Pierre-Louis Firre
: «
On achète bien une voiture d’occasion avec un CarPass. Alors pourquoi ne pas systématiser la vente d’un bien immobilier avec un document de contrôle similaire
? »
Pierre-Louis Firre : « On achète bien une voiture d’occasion avec un CarPass. Alors pourquoi ne pas systématiser la vente d’un bien immobilier avec un document de contrôle similaire ? » - DR

Les idées naissent parfois des mauvaises expériences. Il y a quelque temps, un jeune trentenaire, Pierre-Louis Firre, cherche un bien à acheter. Il tombe sur un appartement à aménager au sein d’une ferme. La précaution est prise de vérifier l’affectation à la commune. Et là, surprise : « Du logement n’était pas accepté à cet endroit, se souvient-il. Or, le propriétaire et l’agence ne m’avaient rien dit ! J’ai failli être trompé. Et pourtant, je suis ingénieur civil des constructions. Des candidats avec moins de connaissances que moi pouvaient risquer bien davantage. C’est pour les aider que j’ai décidé de créer l’ImmoPass… »

ImmoPass ? Il s’agit d’une sorte de contrôle technique global des bâtiments. Cette inspection peut s’appliquer à une maison, un appartement ou à un immeuble. « On achète bien une voiture d’occasion avec un CarPass, argumente l’entrepreneur. Alors pourquoi ne pas systématiser la vente d’une bien immobilier avec un document de contrôle et d’identification similaire ? Quelque chose qui puisse apporter de la rationalité dans la transaction. Quelque chose qui soit plus sérieux qu’une simple visite en compagnie d’un ami ou d’un parent. Vu les sommes en jeu, cela semble logique. »

En octobre 2018, il monte donc une société en compagnie d’un cadre venu du secteur bancaire, Marc Guilmot. Ils s’installent sur le zoning de Gosselies. Une méthode d’analyse des bâtiments est arrêtée. Un site internet est mis en ligne. En janvier, les opérations commencent vraiment. La Wallonie et Bruxelles sont visés dans un premier temps.

Comment ça marche ?

Concrètement, les inspections sont réalisées soit par le cofondateur, soit par des architectes indépendants. Ceux-ci doivent avoir passé au préalable un « examen de compétences » afin de s’assurer qu’ils travaillent aux normes du label. L’examen sur place dure entre 1 h 30 pour un appartement à 3 heures pour une demeure.

Pas moins de 80 points sont passées en revue : enveloppe externe (murs, toits, châssis, etc.), pièces intérieures, pathologies éventuelles (humidité, mérule, amiante, etc.), abords, équipements techniques (chauffage, égouts, etc.). Les certifications obligatoires (PEB, électricité, cuve à mazout, etc.) sont également recherchées de même que les prescriptions urbanistiques.

Les résultats sont présentés dans un rapport qui, dans le cas d’une vente, peut être rédigé dans les 24 heures. Celui-ci prend la forme d’un listing de tous éléments analysés. A chaque fois, il est indiqué s’ils satisfont ou s’ils constituent un problème mineur, ou s’ils posent un problème grave. L’ensemble fait une vingtaine de pages avec photos, certificats et données d’urbanisme.

Trois usages différents

L’ImmoPass s’adresse d’abord aux acheteurs. « Aujourd’hui, nous les ciblons davantage, poursuit Pierre-Louis Firre. Pour eux, le bénéfice est d’être rassurés avant un achat. Pour nous, cela réclame d’agir le plus vite possible car lors d’une vente, le temps manque souvent. Surtout si plusieurs candidats sont en lice. A défaut, ce que nous conseillons, c’est de remettre une offre avec une clause suspensive comparable à celle de l’obtention d’un crédit. On peut par exemple la rédiger comme suit : “ sous réserve d’une certification ImmoPass positive”. »

La démarche est aussi valable pour les vendeurs même si la réponse de ce côté du marché est actuellement moindre qu’espérée. « Pour un vendeur, un ImmoPass permet de conclure plus rapidement la vente et/ou d’obtenir un meilleur prix. C’est en effet un gage de qualité qui est donné aux candidats acquéreurs. Si l’ImmoPass identifie des problèmes à la maison, c’est également intéressant : le propriétaire peut procéder aux réparations avant la mise en vente. Et s’éviter ainsi des contestations par la suite. »

Une inspection est encore proposée aux copropriétés qui, par exemple, souhaitent réaliser un audit et connaître les travaux à entreprendre dans les prochaines années. Ici, l’intervention se fait en dehors de tout processus de vente. L’intérêt du marché semble assez prometteur à ce niveau.

Au bout du compte, l’ambition de la start-up est d’imposer son ImmoPass comme un standard. Pour ce faire, elle tente actuellement de se faire connaître par un maximum de professionnels de l’immobilier : agences, architectes, notaires et même banquiers. L’enjeu ? « Si une reconnaissance arrive, cela pourra pousser le nombre de demandes à la hausse et avoir un effet d’entraînement. »

Sur le même sujet
IngénierieImmobilier
 
À la Une du Soir.be
  • Le Sheraton Parco de Medici, à Rome.
    Lena

    Italie: bienvenue à l’hôtel coronavirus!

  • rod-long-ml2f5o0nlh8-unsplash
    Consommation

    Fêtes de fin d’année: comment bien choisir le jouet de son enfant?

  • 0108_1917-3
    Cinéma

    Cinéma: les 20 meilleurs films de 2020

À découvrir sur Le Soir +
 

Vos réactions

Règles de bonne conduite / Un commentaire abusif? Alertez-nous

Le choix de la rédaction
  1. Dans les rues commerçantes de Bruxelles, les magasins se sont déjà mis à l’heure des décorations de Noël.

    Coronavirus: l’Europe déconfine peu à peu, la Belgique se tâte toujours

  2. Willy Borsus veut rendre les outils wallons plus efficaces.

    Willy Borsus au «Soir»: «Pour la relance, il faut doter la Wallonie d’une force de frappe de très haut niveau»

  3. US-HEALTH-VIRUS

La chronique
  • «La lettre d’Ivan De Vadder»: La cicatrice flamande

    Sur la deuxième chaîne de la VRT, Canvas, en hiver, la soirée se clôture avec la rubrique « Winteruur » (« L’Heure d’Hiver »), où le cabaretier Wim Helsen invite des Flamands connus et inconnus à présenter un texte qui les a frappés ou touchés. Comme la rubrique ne dépasse jamais les dix minutes, il s’agit d’un petit moment de réflexion avant de se coucher. Cette semaine, la rubrique passait pour la 400e fois à l’antenne, et la journaliste Joyce Azar était une des invitées. Joyce est une journaliste bilingue, qui travaille à la VRT et à la RTBF, inspiratrice aussi du site daardaar.be qui traduit des textes de la presse flamande en français. Comme elle a des racines libanaises, elle présentait un extrait du dernier livre de l’écrivain libanais Amin Maalouf, Les identités meurtrières, en traduction néerlandaise, mais aussi en version originale française.

    Dans ce livre, Maalouf examine la notion « d’identité », et Azar cite un extrait dans lequel Maalouf explique comment une langue – dans son cas l’arabe...

    Lire la suite

  • Donner une perspective: le seul luxe permis dans ce cauchemar de la crise covid

    Pas de restaurants avant le 20 janvier (oui le 20 janvier !), pas de bars avant on ne sait pas quand, pas de rassemblements publics, la prolongation du couvre-feu (sauf la nuit du 24 et du 31 décembre), des fêtes en famille avec peu d’adultes dans une même pièce en même temps, la poursuite du télétravail. Que nous a appris le président Emmanuel Macron que les Belges francophones mais aussi néerlandophones ont regardé religieusement ce mardi soir ? Que le retour à la normale n’est pas pour demain, que tout...

    Lire la suite