Gilets jaunes: Macron interdit certaines manifestations

Emmanuel Macron est longuement revenu lundi soir sur la crise des gilets jaunes et les casseurs, au cours d’un débat à l’Elysée avec 64 intellectuels qui l’ont interrogé sur sa politique : «On ne peut pas s’arrêter à la tyrannie d’une irréductible minorité».

Lors de cette soirée coorganisée avec France Culture, tout en fustigeant les «émeutes de casseurs», le chef de l’Etat a tenté d’expliquer la «démocratie délibérative» qu’il souhaite bâtir à l’issue du grand débat, rejetant à la fois le «référendum permanent» et les seuls rendez-vous électoraux.

«Il faut bâtir une forme de consensus démocratique, de délibération-décision, qui ne soit pas seulement dans le temps de l’élection. Ni l’épuisement de toute forme de décision dans une démocratie représentative, ni la démocratie directe permanente, mais une démocratie délibérative qui suppose, si le consensus est estimé, qu’on prend la décision», a-t-il argumenté.

«Derrière les gilets jaunes les plus radicaux, il y a la volonté de nier toute forme de légitimité et d’autorité. C’est l’individu qui ne se reconnaît dans aucun sens collectif», a-t-il regretté, en estimant que «toutes les paroles ne se valent pas au même moment sur tous les sujets».

«Les corps intermédiaires qu’on m’a accusé de marginaliser, s’ils avaient été structurés et forts, je ne serais pas là devant vous», a-t-il aussi jugé, en réponse aux critiques sur son pouvoir «vertical». «La démocratie s’est exprimée en dehors de leur cadre, il a pu y avoir une émergence impossible et complètement baroque», a-t-il ajouté, en allusion à son élection.

Il a aussi souligné qu’il avait tenu à maintenir ce débat avec les intellectuels malgré les violences de samedi.

Répondant à l’écrivain Pascal Bruckner, qui réclamait le retour de l’ordre public, Emmanuel Macron a expliqué que si le droit de manifester était protégé, les violences du samedi étaient le fait d’«émeutes de casseurs, qui ne savent plus pourquoi ils sont dehors sauf détruire». D’où la décision du gouvernement d’interdire de manifester sur les Champs-Elysées et dans certains centres-villes en cas de présence d’«ultras».

Il a aussi répondu sur la création d’un revenu universel, la taxation des plus aisés, le creusement des inégalités, la réforme de la loi de 1905 ou encore la transition écologique, en défendant ses choix politiques, comme celui d’aider les entreprises pour créer des emplois ou de refuser l’idée de «décroissance».

Je ne souhaite pas qu’on change la loi de 1905. Je ne veux pas qu’on croie modérément, je m’en fiche mais je veux que chacun respecte la loi de la République. « On a un sujet avec l’islam » en particulier des organisations qui ont une vision politique de l’islam pouvant être incompatible avec les lois de la République. « On ne doit rien céder », notamment à l’école, mais « on doit pacifier cette relation », a-t-il ajouté.

Parmi les invités figuraient le psychologue Boris Cyrulnik, les économistes Philippe Aghion, Jean Pisani-Ferry, Yann Algan et Daniel Cohen, les sociologues Luc Boltanski et Michel Wieviorka, les philosophes Frédéric Worms et Monique Canto-Sperber, le climatologue Jean Jouzel, le député LREM et mathématicien Cédric Villani ou encore le physicien Claude Cohen-Tannoudji. Certains intellectuels de gauche avaient refusé, comme l’économiste Frédéric Lordon, très critique de la politique d’Emmanuel Macron.

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