Les spectacles à ne pas manquer cette semaine

«
L’empreinte du vertige
». Photo Serge Gutwirth.
« L’empreinte du vertige ». Photo Serge Gutwirth.

Amitiés sincères

Jusqu’au 23 mars au Centre culturel d’Uccle, du 26 au 31 mars au Centre culturel d’Auderghem

Les surprises et révélations se bousculent au portillon d’une pièce qui bascule subtilement de la comédie à l’émotion. Mise en scène par Michel Israël, elle carbure à toute allure, boostée par un duo de choc. D’un flegme souverain, Daniel Hanssens prouve que la comédie ne se joue pas forcément dans l’excès mais peut aussi être une affaire de savante retenue. Face à lui, Alain Leempoel est tout aussi savoureux, révélant un écorché vif derrière ses airs fanfarons. Leur évidente complicité sur scène rend ces amitiés d’autant plus sincères.

Ashes to ashes

Jusqu’au 24 mars à la Courte Echelle (Liège)

Gros coup de cœur pour ce spectacle ou comment raconter le sort terrible des «  sonderkommandos ». Pour donner corps à ce récit terrifiant, Simon Wauters a eu la brillante idée de manipuler de la terre glaise. De cette argile, il tisse un théâtre agile. Quelle meilleure métaphore que cette matière proche de la boue pour évoquer l’enfer dans lequel furent englués des millions de déportés ?

Calimero

Jusqu’au 30 mars au Théâtre des Tanneurs (Bruxelles)

On aurait tant aimé être séduite par cette pièce à la démarche louable et enthousiasmante ! On portait tant d’attentes sur ce spectacle dans lequel trois hommes nous promettaient de se regarder en face, d’analyser leurs privilèges et d’interroger ces mécanismes qui leur donnent d’emblée un carré d’as dans la main, tandis que les minorités dominées – non-mâles, non-blanches, non-cisgenres – doivent souvent se débrouiller avec une paire de deux. Racisme, religion, décolonisation, ghettoïsation des théâtres : Transquinquennal ouvre des tas de portes sans vraiment prendre le temps de creuser ce qu’il y a derrière. Superficiel et nonchalant, Calimero donne surtout l’impression de se débiner. A l’image des poussins en couveuse sur le plateau, ils ont brisé un minuscule bout de leur coquille mais ne volent pas encore dans les plumes d’une basse-cour régie par les vieux coqs.

Cats

Jusqu’au 24 mars au Palais 12 (Laeken)

Si on a du mal à se passionner pour le livret, un peu tarabiscoté, on est ravi par l’originalité d’un spectacle qui mêle sur fond de baroque kitsch un zeste de glam-rock, un chouïa de l’esprit des Muppet Show et une cuillerée de sentimentalisme. On est conquis par la qualité exceptionnelle des artistes, danseurs et chanteurs – les Anglais sont des maîtres en la matière. On est aussi séduit par la partition musicale, aussi insolite que disparate, faisant place à du jazz (le divin « Macavity »), à du classique et même à une touche de mélo.

Je suis un poids plume

Jusqu’au 3 avril au Théâtre Blocry (Louvain-la-Neuve)

Fraîchement séparée, une jeune femme découvre l’univers de la boxe et va s’y plonger pour se reconstruire. Mise en scène par Daphné D’Heur, Stéphanie Blanchoud (qui a écrit le texte) est époustouflante de justesse, tant dans l’émotion intime de la séparation/reconstruction que dans les séquences physiques qui se mêlent de plus en plus au récit jusqu’à l’explosive séquence finale.

Hamlet

Jusqu’au 27 mars au Théâtre Jean Vilar (Louvain-la-Neuve)

Délicieusement troublant, le chanteur pop-rock Mustii incarne Hamlet dans une mise en scène d’Emmanuel Dekoninck. Introduction jazz, incursions chez David Bowie, accès de rage punk, pauses plus mélancoliques et classiques : les artistes, sur le plateau, manient aussi bien la batterie ou le violon que les vers du grand Will. Si la mise en scène se disperse un peu, l’emballage musical donne une texture puissamment charnelle à la pièce.

L’abattage rituel de Gorge Mastromas

Jusqu’au 6 avril au Théâtre de Poche (Bruxelles)

Dans ce conte très faustien, où l’on ne pactise pas avec le diable mais avec des investisseurs sans scrupule, ce sont surtout les abats de l’ultra-libéralisme qui passent sous le hachoir. Avec une morale appuyée et une intrigue interminable, la pièce du Britannique Dennis Kelly dépiaute le parcours de Gorge Mastromas, enfant intègre qui, à l’âge adulte, vendra son âme aux rapaces financiers pour faire partie, enfin, du camp des vainqueurs.

Le journal d’Anne Frank

Le 22 mars au centre culturel de Tubize, les 26 et 27 mars au Centre culturel d’Ottignies-Louvain-la-Neuve

Dans la mise en scène de Fabrice Gardin, l’histoire d’Anne Franck n’a pas pris une ride. Au contraire ! Avec un naturel confondant et une joie de vivre bouleversante, Juliette Manneback fait vivre l’une des jeunes filles les plus célèbres au monde, retraçant les quelques mois passés à vivre recluse et cachée, auprès de sa famille, avant d’être finalement déportée. Fluide, la pièce est surtout terriblement humaine.

Les histoires de la baraque

Jusqu’au 30 mars au Boson (Ixelles)

La bande à Thierry Lefèvre compte huit comédiens formidables diseurs (et régisseurs, bruiteurs etc.), des voix aux couleurs de timbres et de rythmes différents, qui tous captivent. Ils se partagent en alternance quatre histoires de trente minutes chaque soir, dans la baraque construite par André Meurice et La Fabrique de théâtre. Moments rares, magiques, où le temps s’abolit.

L’empreinte du vertige

Jusqu’au 31 mars au Théâtre des Martyrs (Bruxelles)

Accompagnée sur scène par le musicien Jérémy David, Angèle Baux-Godard aborde un sujet tabou : le vaginisme. Tantôt rageur, tantôt onirique, son récit remue souvenirs, traumatismes, doutes, honte et espoir. Avec une courageuse impudeur, la comédienne raconte la pathologie dont elle souffre mais soulève aussi de passionnantes questions sur le rapport aux autres ou les diktats du plaisir. Beau et fort !

L.U.C.A.

Du 21 au 30 mars au Théâtre National (Bruxelles)

Comédiens belges d’origine italienne, Hervé Guerrisi et Grégory Carnoli croisent leurs trajectoires familiales avec celle des flux migratoires et des mutations biologiques. Il vaut donc mieux accrocher sa ceinture dans ce fabuleux périple où la généalogie n’est plus un arbre aux ramifications statiques, mais un confluent de fleuves ou de ruisseaux qu’on remonte pour découvrir que nous sommes tous cousins. Drôle et terriblement humain.

Pourquoi Jessica a-t-elle quitté Brandon ?

Jusqu’au 23 mars à l’Atelier 210 (Etterbeek)

Dans un café Starbucks, Jessica prononce cette phrase terrible : « Brandon, ou bien tu me parles, ou bien je te quitte. » Ne fuyez pas ! Ce mièvre résumé est un trompe-l’œil, tout comme la pièce d’ailleurs, qui s’avère une formidable imposture. Ce puzzle fascinant d’Emmanuel de Candido et Pierre Solot commence comme une conférence gesticulée anecdotique et finit en une fable poignante sur les digital natives, la notion de « guerre propre » ou encore les lanceurs d’alerte.

Toutes les choses géniales

Le 22 mars à la Ferme de la Dîme (Wasseiges), le 23 mars au Centre culturel de Welkenraedt

Pour aider sa mère dépressive, son enfant se met à lister toutes les choses géniales de la vie. Avec humour et bienveillance, François-Michel van der Rest fait participer les trois quarts du public, plus ou moins activement, à son récit. Ce qui crée une puissante communion.

À la Une du Soir.be
À découvrir sur Le Soir +
 
 
 

Vos réactions

Règles de bonne conduite / Un commentaire abusif? Alertez-nous

Le choix de la rédaction
  1. Jean-Pierre et Luc Dardenne

    Pourquoi les films des frères Dardenne sont faits pour Cannes

  2. Le 4 août 1981, Reagan convoqua la presse à la roseraie de la Maison-Blanche...

    Quand décolla le «reaganisme»

  3. Le retour de Farage au cœur de l’échiquier politique britannique souligne l’exaspération du peuple du Leave devant l’impasse du Brexit.

    Brexit: le retour de Nigel Farage ou le spectre de 2014

  • Notre-Dame: la générosité ne garantit pas l’indulgence

    Dans 500 ans – si la planète est toujours là –, les visiteurs de la nouvelle cathédrale de Notre-Dame de Paris s’interrogeront sur l’identité de cette gargouille et de cette guivre à tête humaine qui orneront peut-être la partie restaurée du bâtiment : « Mais qui sont ces gens ? » On leur répondra : les donateurs de l’époque. Lorsque Notre-Dame a brûlé, deux hommes, François Pinault et Bernard Arnault, ont cassé leur tirelire pour permettre à ce monument de reprendre le cours de sa longue vie et au peuple de...

    Lire la suite