Une collection typique des années 2000

En en faisant un événement médiatique, Christie’s a tenté de faire passer George Michael pour un collectionneur avisé. Force est de constater que ses achats étaient plutôt communs pour un homme riche qui souhaitait s’entourer d’œuvres d’artistes britanniques célébrés à l’époque de ses velléités d’acquisition. Le chanteur a en effet presque exclusivement jeté son dévolu sur les « Young British Artists », un groupe d’artistes qui a émergé dans la décennie qui a précédé ses achats. A en croire les provenances renseignées, George Michael faisait surtout ses emplettes chez quelques fournisseurs seulement, parmi lesquels les galeries White Cube et Gagosian…

« Another Time III » par Antony Gormley fut vendu 431.250 livres sur la base d’une estimation raisonnable de 180.000 à 250.000 livres.
« Another Time III » par Antony Gormley fut vendu 431.250 livres sur la base d’une estimation raisonnable de 180.000 à 250.000 livres. - DR

Excellent timing

La vente en soirée du 14 mars a permis à Christie’s d’engranger près de 9,3 millions de livres sterling, tandis que la vente online a permis de récolter un peu plus de 2 millions de livres. Si George Michael n’était pas David Bowie et, si ce qu’il reste de son aura n’aura pas suffi à faire des miracles pour les artistes vraiment tombés en désuétude, certains des artistes qu’il a achetés demeurent à l’affiche et c’est ce qui sauve cet ensemble très peu personnel. Aidées par des estimations très modestes, de nombreuses pièces se sont échangées à un niveau bien plus élevé. Et lorsqu’il s’agit d’artistes qui connaissent actuellement un « revival » comme Tracey Emin, les prix se sont envolés.

Notons ce très beau résultat pour une sculpture bien caractéristique d’Antony Gormley qui ouvrait la vente en nocturne le 14 mars dernier à Londres, estimée entre 180.000 et 250.000 livres cet homme nu en fer corrodé de 191 cm de haut changea de main contre 431.250 livres. De beaux résultats furent également observés pour une peinture de Cecily Brown (791.250 livres, à plus du double de son estimation basse), ainsi que pour une photographie abstraite de Wolfgang Tillmans (près de 300.000 livres avec une estimation courant entre 150.000 et 250.000 livres). D’autres artistes ont également obtenu de belles enchères.

« Selfish in Bed I » de Sarah Lucas, pour laquelle on paya 15.000 livres.
« Selfish in Bed I » de Sarah Lucas, pour laquelle on paya 15.000 livres. - DR

Damien Hirst

La pop star avait surtout privilégié les artistes de sa génération et il n’a bien entendu pas pu résister à Damien Hirst, alors au faîte de sa gloire. « The Incomplete Truth », une colombe naturalisée dans une position évoquant le Saint Esprit et capturée dans du formol, estimée entre un et un million et demi de livres, a eu du mal à trouver preneur. Elle s’est échangée contre 911.250 livres, vraisemblablement au prix de réserve… Christie’s, qui l’avait illustrée en couverture de son catalogue, a dû en éprouver une certaine déception. Tout comme pour « Saint Sebastian, Exquisite Pain », une œuvre estimée de manière aussi optimiste et qui ne trouva amateur que contre 875.250 livres. Cette fois, la victime n’était plus une colombe, mais un agneau, percé de flèches comme il se doit, baignant dans du formol.

D’autres œuvres de très mauvaise qualité figuraient dans la vente de Christie’s, mais la maison de King Street avait alors été excessivement prudente dans ses estimations, de sorte que celles-ci furent dépassées. Les frères Chapman, Tim Noble & Sue Webster, Sam Taylor-Jonhson et Sarah Lucas purent ainsi sauver la mise. Bref, cette vente ne risque pas de demeurer dans les annales pour son importance (pas une enchère à sept chiffres), ni pour sa qualité et George Michael restera plus célèbre pour ses chansons que pour ses goûts artistiques.

Le 14 mars, une livre valait 1,1718 euro.

 
 
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