Quand la gestion de l’eau devient objet du patrimoine

L'installation de la SPGE à Verviers, c'est une obligation wallonne. En 2001, elle faisait l'acquisition de l'ancienne école d'infirmières, rue des Ecoles. Aujourd'hui, les choses bougent enfin!
L'installation de la SPGE à Verviers, c'est une obligation wallonne. En 2001, elle faisait l'acquisition de l'ancienne école d'infirmières, rue des Ecoles. Aujourd'hui, les choses bougent enfin! - D.R.

Inaugurée en 1876, l’Ecole moyenne des filles fit la fierté des Verviétois pendant de longues années. D’abord pour son côté précurseur en matière d’éducation, ensuite pour l’architecture novatrice de son bâtiment. « L’école a été fondée en 1865 pour accueillir et éduquer les filles, explique Catherine Bauwens, archéologue à l’Agence wallonne du patrimoine. Imaginez comme c’était novateur pour l’époque de se préoccuper de leur situation ! Sans compter qu’on est un an avant la création de l’école de Léonie de Waha à Liège ! »

Sur le bâti en lui-même, là aussi, l’innovation est de rigueur, en témoignent les matériaux utilisés lors de sa construction. « Le XIXe siècle est l’époque où l’on invente un peu tout, explique notre guide On a recours au verre, au fer, que ce soit dans la construction de gares, de prisons ou d’écoles. On commence également à établir des normes. Prenons l’aspect surveillance, il est ici bien représenté quand on regarde le préau autour duquel les classes s’organisent. La lumière est omniprésente grâce à cette magnifique verrière qui couvre la cour intérieure, l’ensemble est également bien aéré. »

L’école des demoiselles déménagera bien des années plus tard, rue des Wallons. L’édifice abritera alors l’école d’infirmières de Verviers jusqu’en 1998. Racheté en 2001 par la Société publique de gestion de l’eau, c’est pourtant à l’abandon que l’école se retrouvera, se dégradant chaque jour un peu plus.

Il faudra attendre octobre dernier pour qu’un état sanitaire et une sécurisation des lieux soient opérés. « Vu les nombreuses infiltrations d’eau, la mérule s’était installée, explique Coralie Allard du bureau d’architecture Henri Garcia en charge de la rénovation des lieux. On a donc stoppé le chantier pendant un mois pour le sécuriser, car la majeure partie du bâtiment est en bois, il y avait de réels risques d’effondrement. »

Une fois à l’intérieur, le contraste est saisissant car il ne reste quasiment plus rien. Tout a été désossé. De l’emblématique verrière, il ne reste que la structure et c’est une imposante bâche qui couvre le patio. Les planchers tout comme les portes et les châssis ont été démontés.

Et c’est bien là toute la spécificité de ce chantier, une grande partie du patrimoine est classé. Tout ou presque doit donc être conservé et restauré en l’état. « C’est vraiment un travail de fourmi, reconnaît notre experte. On est actuellement en phase de démolition et de reconstruction. Deux équipes travaillent en même temps et c’est un travail minutieux qui est effectué, il faut abîmer le moins possible car tout ou presque doit être conservé. En clair, tout ce qui est impossible à conserver car trop démoli, il nous faudra le recréer à l’identique ! »

Les spécialistes du patrimoine se sont basés sur une période précise de l’école. « Nous allons rendre jusqu’à l’origine la couleur des murs, la forme des menuiseries ou encore des quincailleries, c’est vraiment un chantier qui a une âme », sourit Coralie Allard.

On notera tout de même que le nouvel ensemble sera énergétiquement performant et qu’un grand parking sera aménagé à l’arrière à la place d’une ancienne salle de gymnastique qui sera, elle, entièrement détruite.

A terme, ce sont des bureaux et des salles de réunion qui prendront forme autour du lumineux patio.

Ils accueilleront, enfin, les membres du personnel de la Société publique de gestion de l’eau, voire d’autres locataires. « C’est encore en discussion, mais nous avons effectivement fait en sorte que les plans permettent une modulation de l’espace, révèle Laurent Dumont, coordinateur du chantier à la SPGE. Il est prévu que l’on garde une antenne technique à Namur, mais oui, je vous le confirme, la SPGE s’installera bien à Verviers dans le courant du premier semestre 2020. »

Une bonne nouvelle, assurément, qui devrait mettre fin à une saga vieille de vingt ans. Et qui permettra au moins à une prestigieuse vieille dame de retrouver son lustre d’antan…

 
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