Zaventem Ateliers, la maison de Lionel Jadot

Lionel Jadot se sent comme un poisson dans l’eau à Zaventem. Un lieu qui lui rappelle son enfance.
Lionel Jadot se sent comme un poisson dans l’eau à Zaventem. Un lieu qui lui rappelle son enfance. - D.R.

Ce n’est pas très écologique de l’écrire, on l’avoue, mais les embouteillages ont parfois du bon. Et ce n’est pas Lionel Jadot qui dira le contraire.

Lionel Jadot.
Lionel Jadot. - Lydie Nesvabda.

Un beau jour, l’homme se retrouve coincé sur le ring de Bruxelles à hauteur de Zaventem. Pas moyen de mettre une voiture devant l’autre, la circulation est à l’arrêt. C’est alors que le designer bruxellois, sans doute perdu dans ses pensées, aperçoit au loin les toits en pyramide d’un vaste bâtiment industriel visiblement en mauvais état. « A l’époque, mes bureaux étaient installés à Tervuren, mais je cherchais un nouvel endroit, se souvient-il. Je suis tombé par hasard sur cette ancienne papeterie du XIXe siècle. Je suis sorti du ring pour aller la voir de près. J’ai eu le coup de foudre. Après des recherches, j’ai appris qu’elle était à l’abandon depuis 40 ans et qu’une partie avait brûlé. Mais surtout, elle venait d’être vendue… »

Les mois passent mais Lionel Jadot ne lâche pas le morceau. Il entreprend auprès du nouvel acquéreur un travail de sape qui finit par aboutir. « Je lui ai racheté l’ensemble au bout d’un an, rigole-t-il. Evidemment, l’endroit était trop grand pour n’y installer que mes bureaux car on parle tout de même d’un espace de 6.000 m2. En une nuit, j’ai alors élaboré un plan B… »

L’homme imagine un hub créatif avec des studios qui réunirait des créateurs, des designers et des artisans. Avec l’aide d’investisseurs dont il tait à la fois le nom et les montants injectés, Lionel Jadot entreprend la rénovation des lieux et y crée 30 ateliers d’une superficie de 40 à 400 m2. Il installe son bureau au premier des trois étages dans un espace de 350 m2, un vrai petit chef-d’œuvre de style industriel où se côtoient matériel de récupération et objets chinés ou fabriqués sur place.

« Il a parfois fallu gratter les murs pour retrouver la structure originelle et conserver l’âme brute du bâtiment, raconte l’initiateur du projet. J’ai récupéré une quantité infinie de radiateurs auprès de fournisseurs avec lesquels je travaille et ai acheté 350 luminaires chez Rotor. La terrasse a été construite à l’aide de panneaux de coffrage. Les seuls éléments neufs sont trois ascenseurs en forme d’élévateurs pour permettre le transport de matériel qui peut peser jusqu’à deux tonnes. Au final, je suis très fier d’avoir conservé le bâtiment quasiment comme il était car un promoteur l’aurait complètement rasé pour y construire des logements ou autre chose. »

Inauguré en septembre dernier, Zaventem Ateliers, le nom (pas franchement original mais on ne peut plus explicite) donné au nouveau projet, rencontre un franc succès. Sur les 30 ateliers disponibles, seuls 3 sont encore libres. « On ne parle pas ici de location mais bien de mise à disposition d’espaces avec des contrats de service sans durée précise, insiste Lionel Jadot. Chaque atelier est indépendant en matière de consommations et l’occupant reçoit le wifi et le parking. Il a également accès à des espaces communs comme la cuisine, la terrasse, la cafétéria ou encore les différents salons qui servent à recevoir des gens. Chaque vendredi après-midi, on se réunit autour du feu ouvert dans le grand hall, la pièce centrale du bâtiment, pour boire une bière et échanger nos expériences… »

L’ambiance est à la collaboration et à l’émulation. Les lieux servent aussi à l’organisation d’événements, mais pas n’importe lesquels. « Chaque jour, je reçois des demandes pour une soirée, un mariage ou toute autre cérémonie privée, mais je refuse catégoriquement, expose le designer. Zaventem Ateliers est et doit rester un lieu de production et de création centré autour du design. Chaque année, on travaille avec un curateur invité qui orchestrera une série d’événements, comme les “show-cases” bimestriels où les membres présentent leurs pièces, ou un “import/export” annuel où l’on invitera des artistes et designers étrangers. »

Agé de 49 ans, Lionel Jadot est né dans un atelier, celui créé en 1895 par Jean Van Hamme, le plus ancien tapissier de Bruxelles, où ses parents ont longtemps travaillé. Sa fibre artistique vient de là.

Aujourd’hui, il s’apprête à franchir le cap de la cinquantaine avec l’âme (et l’énergie) d’un gamin de vingt ans. Zaventem Ateliers est le projet d’une vie, la sienne, riche en créations en tous genres.

Récemment, il a mis le pied à l’étrier de l’immobilier belge en décorant dans un style on ne peut plus éclectique qui lui est propre le centre de coworking Silversquare au boulevard du Triomphe. Une réalisation unanimement appréciée et qui en appellera sûrement d’autres. « Quand je me suis lancé dans l’aventure de Zaventem Ateliers, tout le monde m’a pris pour un fou, conclut-il. On se demandait surtout pourquoi j’allais m’enterrer dans cette commune alors que le centre du village est beaucoup plus sympa qu’on le croit. Et puis, on est à un jet de pierre de l’aéroport et à 5 minutes à pied de la gare. Aujourd’hui, grâce au bruit des machines, je me sens pour ainsi dire à la maison ! »

Welcome home…

 
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